Pour le Parti des Travailleurs et Lula, la conciliation de classes vaut mieux que chasser Bolsonaro !

Trois mois après le début de la mobilisation contre le gouvernement du président Bolsonaro, La Commune a souhaité donner la parole à Verónica O'Kelly, l'une des porte-parole d'Alternativa Socialista, section brésilienne de la Ligue Socialiste Internationale (LIS) afin de faire le point sur la situation, les différents acteurs et les défis qui attendent la classe ouvrière brésilienne.

Pour le Parti des Travailleurs et Lula, la conciliation de classes vaut mieux que chasser Bolsonaro !

1. Depuis le 29 mai 2021, des millions de travailleurs et de jeunes brésiliens envahissent les rues pour exiger le départ du réactionnaire Jair Bolsonaro. Où en est la mobilisation ?

Tout d'abord, il faut dire qu'il s'agit d'une mobilisation massive qui s'est déroulée d'un bout à l'autre du Brésil, dépassant toutes les prévisions politiques de gauche et de droite. Le « 29M » (29 mai) est né de la pression exercée par un secteur d'organisations politiques et sociales de gauche sur les directions bureaucratiques et de centre-gauche qui empêchaient l'avancée de la mobilisation. Et ce fut une grande mobilisation qui a été suivie d'autres plus importantes encore les « 19J » (19 juin), « 3J », « 13J », « 24J » (3, 13 et 24 juillet) et « 18A » (18 août). Le « 7S » (7 septembre) sera le prochain appel.

Il y a un désaccord avec les directions bureaucratiques, comme le Parti des Travailleurs (PT), qui cherchent à « refroidir » la situation pour éviter un débordement du processus de mobilisation. Son intention est de le contrôler et de placer l'année prochaine, date à laquelle il devrait y avoir des élections présidentielles, « Lula 2022 » au centre de toute sa politique, tissant de larges alliances électorales qui vont de la droite traditionnelle à la gauche, comme le PSOL (Parti SOcialisme et Liberté).

Nous sommes donc à ce moment où il n'y a toujours pas de clarification, mais où il y a une pression évidente des masses pour lutter contre le gouvernement criminel de Bolsonaro. Il s'agit d'un gouvernement fortement affaibli et isolé au niveau national et international qui se maintient grâce à un accord avec la bourgeoise, mais également par l'absence d'un processus qui dépasse la politique de casse de la mobilisation par le centre-gauche. Nous mettons au centre de notre politique la nécessité de construire une grève générale, tout en renforçant l'unité la plus large dans les rues contre le gouvernement et son programme anti-populaire.

2. Quelle est l’action du PT de Lula et de ses alliés dans le mouvement réel des masses ? Quels sont leurs objectifs ?

Le PT a régné pendant 12 ans au service du capital, favorisant la concentration économique, l'agrobusiness, les banquiers, les entreprises nationales et multinationales. Cela a généré une grande déception dans les masses qui, à la fin des années 90 et au début des années 2000, avaient placé leur confiance et leurs attentes dans ce projet qui prétendait être en faveur des travailleurs et des pauvres. En 2013, cette déception a commencé à s'exprimer lorsque, principalement par la jeunesse, un processus de mobilisation de masse a commencé contre le gouvernement du PT, à l'époque avec Dilma Rousseff à la présidence. Ce fut le début du divorce des masses avec le PT et le début d'une nouvelle émergence sociale, la droite radicale représentée par Bolsonaro.

Aujourd'hui, Lula est à nouveau une option gouvernementale face à l'échec du projet « bolsonariste ». Et il revient avec la même recette pour un large front avec la bourgeoisie et les partis de gouvernement. Toute la politique de Lula et du PT se concentre sur les échéances électorales de l'année prochaine : l'enjeu est, pour affaiblir Bolsonaro, de le laisser gouverner et terminer ses politiques anti-ouvrières pour arriver, avec "Lula 2022", comme le sauveur.

3. Le 7e congrès du PSOL a été réuni. Le courant Alternativa Socialista a déclaré « refuser vouloir faire partie du dernier wagon du train du PT de la conciliation de classes » pour les élections présidentielles de 2022. Quelle est la position du PSOL ? Quelles perspectives pour Alternativa Socialista ?

Eh bien, dans la lignée de ce que je vous disais tout à l'heure, le projet du PT est un large front de conciliation de classes. Contrairement à ce qui se passe dans le monde et en Amérique latine en particulier, où il y a une montée des masses qui mènent de grands processus de mobilisation et de révoltes, le PT propose un nouveau projet pour discipliner les masses, en s'appuyant sur le « moindre mal » d'un gouvernement progressiste avec la bourgeoisie.

Cela ouvre des débats en général, comme au PSOL, qui est un parti de tendances et de courants avec beaucoup de diversité, et où il y a des positions centristes et d'autres plus à gauche. Aujourd'hui, la direction majoritaire du PSOL est représentée par des courants centristes ouverts au projet de conciliation de classes proposé par le PT, sous prétexte d'un « moindre mal » face à la terreur néofasciste de Bolsonaro. Je le répète, Bolsonaro est affaibli et ne représente aucun danger fasciste même si son discours reste radical à droite. En fait, la réalité est que, jour après jour, Bolsonaro perd ses soutiens et sa base sociale et chute dans les sondages. Aujourd'hui, tous les sondages électoraux indiquent que Bolsonaro perd dans tous les scénarios possibles.

Nous sommes donc dans ce débat, dans ce désaccord profond avec les secteurs qui revendiquent un PSOL assimilé au projet de conciliation de classes. Avec Alternativa Socialista, nous militons pour l'unité de toute la gauche socialiste du PSOL, en formant le Movimiento de Izquierda Radical (Mouvement de la Gauche Radicale), avec un accord politique large pour que le parti ait sa propre candidature sur la base d’un programme radical du gauche.

Dans ce scénario, Alternativa Socialista, la section brésilienne de la Ligue Socialiste Internationale (LIS), avance dans sa construction. Nous avons fait des avancées importantes dans la construction du parti révolutionnaire et sommes optimistes pour les temps à venir. La lutte des classes nous fournira des occasions de nous renforcer, en contribuant à la tâche indispensable de construire l'internationale et de continuer à renforcer la LIS aux quatre coins de la planète.

Propos recueillis le 23 août 2021

Modifié le mardi 14 décembre 2021
Voir aussi
La Commune n°129

La Commune n°129

mardi 14 septembre 2021 Téléchargez le journal

La chute de Kaboul : où va l’Afghanistan ? « Dehors Duque et tout son gouvernement ! ». Pour le Parti des Travailleurs et Lula, la conciliation de classes vaut mieux que chasser Bolsonaro ! Il y a quelque chose de pourri au royaume de Macron Le Rassemblement National Daniel Petri (1960-2021) : un militant trotskyste Explosions spontanées et débouchés politiques Bloc-notes la Commune...

Figure dans les rubriques
Journal bimestriel
Bloc-notes la Commune n°129

Bloc-notes la Commune n°129

mardi 14 décembre 2021

Touche pas à mon flic Le 28 mai, le colonel Eric Steiger a été condamné pour violences physiques et psychologiques commises sur son épouse. Le 8 juillet, il a été promu numéro un de la gendarmerie en Nouvelle-Calédonie. Malgré sa condamnation qui, à la suite de sa demande et sur décision du tribunal, ne figurera pas sur son casier judiciaire, il n’a fait l’objet d’aucune...

Figure dans les rubriques
Bloc-notes
La chute de Kaboul : où va l’Afghanistan1 ?

La chute de Kaboul : où va l’Afghanistan1 ?

mardi 14 décembre 2021

La fuite du président afghan Ashraf Ghani, sans opposer de résistance, et la prise de Kaboul par les talibans, sans tirer un coup de feu, ont refermé vingt années d’un chapitre cruel de l’histoire de l’Afghanistan et ouvert un nouveau chapitre plein d’incertitude, de confusion et de possibilités. Ce nouveau chapitre s’ouvre avec le retrait des forces impérialistes américaines et...

Figure dans les rubriques
Afghanistan
« Dehors Duque et tout son gouvernement ! ».

« Dehors Duque et tout son gouvernement ! ».

mardi 14 décembre 2021

La grève nationale du 28 avril 2021 en Colombie s'est transformée en véritable révolte. La classe ouvrière, les jeunes en tête, s'est soulevée contre la réforme fiscale du gouvernement d'Iván Duque et l'a obligé à la retirer. La mobilisation massive dans tout le pays a contraint les centrales syndicales réunies dans le CNP(Comité Nacional de Paro, Comité National de Grève) à...

Figure dans les rubriques
Colombie
Pour le Parti des Travailleurs et Lula, la conciliation de classes vaut mieux que chasser Bolsonaro !

Pour le Parti des Travailleurs et Lula, la conciliation de classes vaut mieux que chasser Bolsonaro !

mardi 14 décembre 2021

Trois mois après le début de la mobilisation contre le gouvernement du président Bolsonaro, La Commune a souhaité donner la parole à Verónica O'Kelly, l'une des porte-parole d'Alternativa Socialista, section brésilienne de la Ligue Socialiste Internationale (LIS) afin de faire le point sur la situation, les différents acteurs et les défis qui attendent la classe ouvrière brésilienne.

Figure dans les rubriques
Brésil
Il y a quelque chose de pourri au royaume de Macron

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Macron

mardi 14 décembre 2021

Un pouvoir en marche pour sa réélection qui n’en finit pas de traîner des casseroles judiciaires … Une classe politique en décalage total avec la clairvoyance des masses … la fin de régime est proche !

Figure dans les rubriques
Lettre de la Commune - Chronique Hebdo
Le Rassemblement National

Le Rassemblement National

mardi 14 décembre 2021

Du coup d’État militaire de 1958 à Alger jusqu’à ce jour, l’histoire de l’extrême droite est intimement liée à celle de la Ve République. Soutien indéfectible des pouvoirs dans la lutte contre le prolétariat, elle est aussi un parfait alibi pour faire voter des lois toujours plus anti-ouvrières, anti-démocratiques, anti-immigrés, anti-jeunes. Alors, existe-t-il un danger...

Figure dans les rubriques
France
Daniel Petri (1960-2021) : un militant trotskyste

Daniel Petri (1960-2021) : un militant trotskyste

mardi 14 décembre 2021

C’est avec tristesse que nous avons appris, ce dimanche 29 août 2021, le décès de Daniel Petri à son domicile à l’âge de 61 ans. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses amis et ses proches. Nous souhaitons saluer ici la mémoire d’un camarade, d’un ami, d’un militant ouvrier, qui pendant près de 25 ans a milité sans jamais compter son temps ni son...

Figure dans les rubriques
Les nôtres

Explosions spontanées et débouchés politiques

mardi 14 décembre 2021

Toute la situation porte en elle les germes d’une crise révolutionnaire. Sous les coups de butoir de la lutte de classes, la Ve République, ses institutions, ses partis, sont dans un état de décomposition irréversible. Depuis trois ans, les grèves contre les plans de licenciements, contre les fermetures d’entreprises et de liquidation des services publics, le mouvement en Gilets Jaunes,...

Figure dans les rubriques
Editoriaux


HAUT