Explosions spontanées et débouchés politiques

Toute la situation porte en elle les germes d’une crise révolutionnaire. Sous les coups de butoir de la lutte de classes, la Ve République, ses institutions, ses partis, sont dans un état de décomposition irréversible. Depuis trois ans, les grèves contre les plans de licenciements, contre les fermetures d’entreprises et de liquidation des services publics, le mouvement en Gilets Jaunes, la « grève du vote », ont révélé la profondeur de la crise politique, autant qu’ils l’ont accélérée.

Les masses ne considèrent plus seulement les partis institutionnels de droite et de gauche comme « incapables » de répondre à leurs besoins et aspirations. Elles les rendent responsables, à juste titre, des maux et difficultés dont elles souffrent. Ainsi, les premières explosions spontanées auxquelles nous assistons sont l’expression de l’absence de « débouché politique » dans le cadre des institutions existantes. C’est donc un pas en avant qui est réalisé par les masses sur le chemin de la rupture avec ce régime foncièrement anti-ouvrier et anti-démocratique.

Bien sûr, l’instrumentalisation de la crise sanitaire pour sauver les taux de profit capitalistes est au centre des enjeux. Car c’est bien la crise du capitalisme qui a fait le lit de la crise sanitaire. Pas l’inverse.

Pendant que les capitalistes ont bénéficié de plus de 500 milliards d’euros de prêts, crédits, reports, subventions et exonérations en tous genres, il reste aux salariés et leurs familles le chômage, la précarité, la pauvreté. Les desseins de Macron ne trompent personne, il est le meilleur allié du virus. L’utilisation le 14 mars 2020 de l’article 49-3 pour imposer la réforme des retraites, juste avant le premier confinement, est en soi un aveu. Tout autant que l’est son annonce, le 12 juillet 2021, de mise en œuvre de la réforme scélérate de l’assurance chômage (à partir du 1er octobre) et d’une possible application de tout ou partie de la contre-réforme des retraites dans les prochains mois. Face à ses oukazes, les directions confédérales syndicales ont répondu par la désertion.

Même désertion face aux conséquences de l’annonce de l’extension du passe sanitaire et de l’obligation vaccinale pour certaines professions (médecins, infirmières, aides-soignantes, pompiers, travailleurs médico-sociaux…) Les premières suspensions de contrat de travail et de salaire ont eu lieu le 15 septembre 2021, notamment dans le secteur hospitalier et médico-social. Les licenciements secs ne vont pas tarder.

Contre Macron, contre les bureaucraties syndicales, les masses ont pourtant trouvé dans la lutte de classes les ressources nécessaires pour se mobiliser. Au cœur de l’été, chaque samedi à partir du 17 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté sur tout le territoire pour exiger le retrait du passe sanitaire et l’abandon des réformes anti-sociales de Macron. C’est sans précédent. Comme lors du surgissement du mouvement en Gilets Jaunes, les appareils syndicaux expliquent leur absence par le caractère soi-disant « fasciste » des manifestations. Bien sûr qu’il y a des éléments réactionnaires, des « antivax », des complotistes dans les rangs des manifestants. Mais il y a tous les autres, l’ultra-majorité, faite de simples salariés, chômeurs, précaires, retraités, étudiants. Évidemment que Philippot, Dupont-Aignan et Martine Wonner manœuvrent pour récupérer un mouvement dont ils ne sont pas à l’initiative. Tout comme Macron et ses lieutenants syndicaux manœuvrent pour le discréditer. Pour le moment, force reste aux masses.

Le calendrier de division syndicale de la mobilisation est maintenant largement connu : le 14 septembre, veille de la mise en œuvre de l’obligation vaccinale, la fédération CGT de la Santé appellera seule les agents à la grève, la revendication du retrait du passe sanitaire apparaîtra à la 8e position des 9 revendications portées par le préavis ; le 23 septembre, l’intersyndicale FSU-CGT-FO-SUD de l’Éducation nationale appellera à une journée de grève « carrée » de 24 heures pour un plan d’urgence fourre-tout ; le 5 octobre, soit 4 jours après la mise en application de la réforme de l’assurance chômage, l’intersyndicale CGT-FO-FSU-SUD et les organisations de jeunesse UNEF–FIDL–MNL–UNL appelleront les salariés et les jeunes à une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles « pour obtenir de meilleurs salaires, pour leurs emplois et leurs droits et une meilleure protection sociale ».

La révolte, la colère, le refus gagne toute la population travailleuse et pauvre. Gageons que la classe ouvrière saura mettre en échec ces manœuvres de division. Gageons que, par la lutte de classes, par le « Tous ensemble », par la grève générale, les masses trouveront les moyens de réaliser la nécessaire rupture avec Macron et obtenir le retrait de toutes les réformes de destruction sociale. Qui en doute ?

16 septembre 2021

Modifié le mardi 14 décembre 2021
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