Chômage, précarité et misère : un été meurtrier !

Chômage, précarité et misère : un été meurtrier !

La crise économique et sociale s'installe durablement. Pour la classe ouvrière, tous les signaux sont au rouge. Pour les « investisseurs », tout au contraire, la France est parmi les pays les plus attractifs en 2021. Ceci explique cela. Jusqu'où Macron ira-t-il et jusqu'où les partis et organisations syndicales oseront-ils aller dans l'accompagnement des régressions sociales ? Etude des symptômes d'« un été meurtrier » ...

Niveau de vie et logement

« La pauvreté démultipliée », tel est l’intitulé d’un rapport officiel remis en mai dernier au premier ministre. Les rapports se suivent et se ressemblent. De plus de 9 millions de personnes en 2018, vivant au-dessous du seuil de pauvreté à 1063 euros nets, on s’achemine vers 12 millions en 2021. Avec plus de la moitié en-dessous de 30 ans. Fin février dernier, plus de 2 millions de foyers percevaient désormais le RSA (Revenu de Solidarité Active, (565 euros pour une personne seule, 848 euros pour un couple), soit un nombre de bénéficiaires en augmentation de 5% sur un an. 300 000 personnes sont à la rue. A la fin de l’année dernière, les demandes d'aides alimentaires avaient augmenté de plus de 30 %.

Après un report de la trêve hivernale, le 1er juin verra exploser le nombre d’expulsions locatives, 30 000 procédures étant déjà en cours, soit deux fois la moyenne annuelle. Loin de les stopper, le gouvernement en prépare la reprise, avec le concours de la force publique, « de manière échelonnée » et « maîtrisée », en cette année de campagne électorale.

Emploi

Côté emploi, c’est une baisse massive du nombre de CDD et des jobs les moins qualifiés. Fin mars 2021, le nombre de demandeurs d’emplois inscrits dans la catégorie A (sans activité) dépasse les 3,5 millions, en hausse de 7% sur un an. Fin 2020, sur les plus de 6 millions d’inscrits à Pôle Emploi, seuls 2,6 millions percevaient une allocation. D’après les données fournies par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du minsitère du Travail (DARES), on comptabilise plus de 104 000 ruptures de contrats de travail dans le cadre de plans de licenciements, un tiers dans l’industrie manufacturière, mais aussi dans le commerce et le transport.

Fin 2020, du fait des aides publiques massives, notamment les prêts garantis par l’Etat aux entreprises (135 milliards versés à plus de 645 000 entreprises à fin février), le nombre de faillites était en recul de plus de 39% sur un an. Le dispositif de chômage partiel pour plus de trois millions de salariés, avec un reste à charge de l’ordre de 15% pour l’employeur, supporté par les finances publiques dépasse les 32 milliards d’euros. Et, depuis le décret du 30 septembre et jusqu’au 30 juin 2022, « si les perspectives d’activité se sont dégradées », le patron peut licencier le salarié au chômage partiel de longue durée (APLD) sans avoir à rembourser les aides perçues !

Salaire différé et assurance chômage

Reports et exonérations de cotisations sociales se multiplient en conséquence, dépassant les 30 milliards d’euros.

L’application au 1er juillet de la nouvelle réforme de l’assurance chômage entraînera la baisse des allocations pour plus d’un million de chômeurs, baisse d’en moyenne 17% selon l’UNEDIC et qui pourra aller jusqu’à 40%. Concrètement, pour un salarié au SMIC ayant travaillé pendant 8 mois sur la période de référence (24 mois), cela veut dire 300 euros de perte mensuelle de salaire, l'allocation-chômage passant de 985 euros à 227 euros ! Les travailleurs les plus touchés seront les plus précaires, ceux alternant CDD et chômage, les temps partiels, les intérimaires. Avec la réforme, les congés maladie, congés maternité et périodes de chômage partiel seront considérées comme périodes non travaillées. Alors même que la politique de sanctions et radiations a repris, poussant ainsi à revoir les critères de recherche (niveau de salaire, nature de l’emploi) et à accepter des offres « raisonnables ».

Temps de travail

Tout naturellement, en reprenant la rengaine selon laquelle la France « est déjà un des pays où l'on travaille le moins » en Europe, est de nouveau reprise l'offensive sur le temps de travail. Conséquence de la loi de transformation de la fonction publique d'août 2019, l'augmentation du temps de travail à 1607 heures annuelles (merci Martine Aubry !) venant rogner tous les acquis des luttes sociales aboutit à une perte importante de jours de congés. Ainsi, après de nombreux autres agents territoriaux ayant combattu la réforme, les agents de la ville de Paris luttent actuellement pour ne pas perdre huit jours de congés en passant de 1550 heures à 1607 heures annuelles. En augmentant ainsi le temps de travail, il s'agit de supprimer des postes budgétaires. La loi serait déclinée dans toute la fonction publique.

Et les confédérations syndicales dans tout ça ?

Suite aux récentes élections professionnelles dans les Très Petites Entreprises (TPE), le cumul des scrutins organisés depuis 2017, avec une participation d'à peine 40%, a confirmé le maintien de la CFDT de Berger (27%) et le lent déclin de la CGT de Martinez (23%), deux centrales syndicales parfaitement intégrées aux rouages de décisions économiques. Les grands messes se ressemblent et se succèdent avec « les partenaires sociaux » sur toutes les régressions sociales, avec un art consommé dans l'accompagnement des réformes et l'étouffement de la contestation.

La France, premier pays d'Europe pour les « investisseurs » en 2020

C'est ce que vient de révéler le baromètre 2021 du cabinet Ernst & Young : elle a accueilli en 2020 985 projets d'investissement, chiffre dépassant pour la 2e année consécutive l'Allemagne et le Royaume-Uni. Et Bercy de vanter les réformes passées et à venir (réforme du marché du travail, loi Pacte de 2019, réduction de l’impôt sur les sociétés, Crédit Impôt Recherche déductible de l’impôt sur les sociétés et en constante augmentation depuis 2003, réforme des retraites ...) comme ayant permis ces investissements internationaux qui déboucheraient à terme sur des créations d’emplois. L’exploitation de la force de travail est donc libérée de contraintes et de droits protecteurs pour les salarié.e.s. Les aides publiques vont aux dirigeants d’entreprises et actionnaires au détriment des salarié.e.s et de la population.

Et malgré la chute de 55% des profits des groupes du CAC 40 pour 2020, ceux-ci (notamment Total, Sanofi, Axa,…) verseront plus de 51 milliards de dividendes à leurs actionnaires, en hausse de près de 22% par rapport à 2020.

Notamment pour les grandes entreprises, la crise est une opportunité pour restructurer et réduire drastiquement leurs effectifs et accroître leurs profits. On le voit dans le secteur de l’automobile qui se sépare de toutes les fonderies, sous couvert d’enjeux écologiques. Les plans de licenciements s’accumulent, rejetant, « quoi qu’il en coûte », des milliers de familles dans l’extrême précarité.

« Un été meurtrier » ? 

Le 3 juin dernier, en déplacement de campagne dans le Lot, Macron a déclaré se moquer d’être décrit comme « le président des riches ». L’assumant totalement, il en a profité pour ajouter, fidèle à son mandat, « devoir prendre des décisions, certaines difficiles » au cours de l’été. Le report à 64 ans de l'âge minimum pour l'ouverture des droits à retraite et l'augmentation de la durée de cotisation à 43 ans sont actuellement relayés par les medias pour tester l'opinion publique. La docilité des appareils syndicaux permet à Macron et à son gouvernement d'envisager de boucler son programme avant 2022. C'est pourquoi il prévoit pour cet été une grande concertation avec les Français, voire un sommet social avec patronat et syndicats pour abonder le plan de relance.

Les gifles et les enfarinages de la campagne électorale pour les régionales risquent de perturber l'ambiance cordiale de ces conférences et sommets sociaux entre le président, ses patrons et ses dirigeants syndicaux …

Pour la classe ouvrière, les solutions ne viendront ni des élections, ni des conférences sociales. C’est par et dans la lutte des classes que l’issue sera trouvée. Sans attendre, il faut un plan d'urgence contre le chômage, la pauvreté et Macron !

11 juin 2021

Retrouvez ici le plan d'urgence proposé par La Commune en janvier 2021 :

www.lacommune.org/PU2021

« Le plan d’urgence n’est la propriété de personne. Le plan d’urgence est construit à partir des exigences que les travailleurs mettent en avant eux-mêmes dans les grèves. »

Plan d'urgence contre le chômage, la pauvreté et Macron :

- pour en finir avec les licenciements, pour abolir le chômage et la précarité

- pour abolir la misère et la vie chère

- pour la défense et développement des services publics

- pour la gratuité des soins, défense de la sécurité sociale et du modèle 1945

- pour le droit à l’éducation

- pour le droit au logement pour tous

- pour l'égalité des droits

- pour la défense des droits et libertés démocratiques

Modifié le mercredi 30 juin 2021
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