2020 : Unité nationale, patriotisme et lutte contre le séparatisme islamiste

Il n'y a rien à attendre des partis politiques et des syndicats français. Depuis le 27 février dernier où, réunis à Matignon, ils ont répondu à l'appel d'union nationale du premier ministre Philippe, ils n'ont fait que défendre leurs intérêts et soutenir le gouvernement en place. Ne voulant reporter en aucun cas le premier tour des municipales, ces partis ont soutenu le
gouvernement et voté à l’unanimité le 23 mars la loi d’urgence sanitaire et ses 400 milliards d’aides et d’exonérations fiscales et sociales.

2020 : Unité nationale, patriotisme et lutte contre le séparatisme islamiste
(Photo : AFP/Philippe Desmazes)

Unanimité pour soutenir le plan de relance de l'Union européenne

Cette belle unité nationale s'est reformée comme un seul homme à l'occasion du plan de relance européen qu'aucun de ces partis n'a remis en cause et qu'ont même soutenu des confédérations syndicales comme la CGT. Dès mai 2020, dans une tribune publiée dans Le Monde, Hoffmann, président du DGB, Berger de la CFDT, Martinez de la CGT, Veyrier de FO, Chabanier de la CFTC et Escure de l’Unsa écrivent ainsi : « Nous avons besoin d’une stratégie de relance efficace, qui doit aller au-delà des 500 milliards d’euros annoncés par la France et l’Allemagne. Le plan de relance doit être accompagné d'un nouveau cadre financier pluriannuel ambitieux porté à au moins 2% du PIB européen. »

Aucun des syndicats ni des partis politiques ne demande la rupture avec l'UE. Aucun ne pointe que ce plan de relance est avant tout un plan anti-ouvrier. Encore une fois les autres pays, et particulièrement l'Allemagne, sont désignés par Mélenchon comme les ennemis ... tout comme les capitalistes français qui ne viennent pas au secours de la patrie !

La patrie en danger

En effet, le 23 juillet, à l'Assemblée nationale, Mélenchon en appelle au patriotisme des capitalistes français. Si tout va mal c'est parce que « nos » entreprises françaises ont été bradées : « Regardez comment, quand STX a été mis en vente, il a fallu compter sur le capital italien. Il n’y a pas d’argent dans ce pays ? (…) Qu’est-ce que cette classe capitaliste parasitaire incapable de venir à la rescousse de la patrie quand la patrie a besoin d’eux, a besoin des efforts de tout le monde pour remettre en route la machine ? ». Comme s’il existait un bon capitalisme tricolore et un méchant capitalisme apatride ? Mêmes saillies nationalistes de Roussel du PCF à propos de la fermeture de l'usine Bridgestone à Béthune, le 17 septembre dernier sur France 2 : « Il faut savoir dans quelle France nous voulons vivre. (…) Le peuple français, les travailleurs français doivent être respectés. On ne peut pas laisser des actionnaires, à Tokyo, rayer d’un trait le site de Béthune ».

Cocorico : on relocalise et on demande aux capitalistes français d'être responsables et solidaires, c'est ça l'idée ?

Le marché des alliances pendant les universités d'été

En fait, les partis politiques français ont surtout l’œil rivé sur les prochaines élections, régionales et présidentielles.

Chez LR, tous les « présidentiables » se poussent du col pour exister : Dati, Bertrand et Pécresse sont déjà sur la ligne de départ, Baroin ayant déclaré forfait et Sarkozy étant convoqué au tribunal.

À « gauche » toutes les combinaisons sont possibles.Les débats/rencontres/convergences des universités d’été l’ont prouvé . Citons les têtes d’affiches de l'université d'été de LFI, Besancenot (NPA), Lacaze (PCF), Monod (Génération.s) ; à l'université d'EELV, c'est Mélenchon (LFI) qui vient à la rencontre de Piolle, le maire de Grenoble dont les prétentions présidentielles rivalisent avec celles de « l'insoumis » ; ou encore l'université du NPA, où est accueilli Coquerel (LFI) qui assure à tous les présents que « le camp de la révolution peut remporter la présidentielle […] par les urnes »...

Les rivalités sont exacerbées : Mélenchon/Ruffin/Autain (LFI) ; Piolle/Jadot (EELV) … Au PS, l'ancien patron de Libération, Joffrin, lance pendant l'été un appel « Engageons-nous » pour une « recomposition » de la gauche, en réalité remettre en selle Hollande. Valls est aussi en embuscade dès lors qu'il s'agit de vilipender les « sauvageons » et louer notre police nationale !

Quant au parti au pouvoir qui erre dans la crise sanitaire, la navigation à vue et très personnelle de Macron a achevé de renvoyer tous les députés face à leur ambition déçue : n'ayant finalement que peu en commun, le parti à l’Assemblée est désormais scindé en plusieurs groupes.

Tout le monde aime la police

Quoi qu'il en soit des chances de gagner des uns et des autres, tous ont armé leur discours électoral d'une partie consacrée à la sécurité. Les partis dits « de gauche » travaillent ardemment sur ces questions alors même qu'il faudrait interroger la pertinence du sentiment d'insécurité dans les sondages 1 . Cormand, eurodéputé EELV, estime « qu'il faut arrêter d'avoir des complexes et reprendre la bataille sur ce sujet-là auss i » ; pour Bernalicis de LFI, qui dit s'inspirer de Joxe et de Chevènement, « on doit se réapproprier les sujets de sécurité, en faire un thème central, discutable ». Sans oublier Batho, ex PS : « Les questions régaliennes seront au cœur de la campagne de 2022 ». Au PCF c'est le premier secrétaire Roussel qui est à la manœuvre : « Face à l'ampleur prise par le trafic de drogue, on ne peut plus tenir les mêmes discours qu'il y a vingt ans. Au lieu de déconstruire les discours sécuritaires, on doit se saisir de ce sujet qui nous a d'ailleurs souvent mis en difficulté dans les villes qu'on gérait et qu'on a perdues ». Sa référence, c'est la maire communiste de Vénissieux qui a muni de tasers ses policiers municipaux et équipé les rues de sa ville de caméras de surveillance : « Ça a donné de bons résultats » ! 2

Le séparatisme comme thème de campagne, les étrangers et les musulmans comme ennemis déclarés

Dans ces conditions, plus rien ne s'oppose à ce que les thèmes chers au Front national deviennent des enjeux essentiels à deux ans de la présidentielle : le danger du « séparatisme islamiste » impose à Macron et son gouvernement de légiférer sur le sujet. Darmanin parle d'« ensauvagement » des banlieues ; il produit circulaires et arrêtés pour combattre les fléaux nationaux que sont les étrangers présents sur le sol français : à Calais, le 10 septembre dernier, un arrêté préfectoral interdit la distribution de repas aux réfugié.e.s dans le centre-ville ; le 29 septembre, à la suite de l'attentat dans la rue qui abritait autrefois les locaux de Charlie Hebdo, Darmanin adresse à tous les préfets une instruction relative à l'éloignement des étrangers ayant commis des infractions graves ou représentant une menace grave pour l'ordre public.

L'audition par la commission d'enquête COVID de la vice-présidente de l'UNEF, Maryam Pougetoux, devient un débat national, savamment entretenu par les différents partis qui ont tous un avis sur la tenue vestimentaire de la représentante syndicale des étudiants. Des députés LR et une élue LREM quittent la salle en raison du voile porté par la représentante syndicale. Chacun.e y va de son petit couplet islamophobe : pour Royal qui, si elle avait été encore députée, aurait quitté la salle, Pougetout agit par « provocation » ; Martinez de la CGT, s'indigne : « Il y a le droit de pratiquer, mais la laïcité reste essentielle dans notre pays. »

Mélenchon qui, en 2018, avait fustigé Pougetout ( « c'est comme si j'arrivais avec une énorme croix ») veut passer en 2020 pour un vieux sage et donne la leçon en s'indignant du départ des député.e.s et en conseillant Macron à propos de la loi sur le séparatisme : « La France a eu trois siècles de guerre de religion, il ne faut pas mettre le doigt là-dedans, il ne faut pas ranimer cela, si peu que ce soit. On a besoin que tout le monde soit au coude à coude pour faire face à la crise sanitaire. S’il y a des dingos on saura les arrêter ». L'ancien enfant de chœur en appelle encore une fois à l'union nationale pour lutter contre le COVID et… l’islam. Indécrottable !

Face aux plans de licenciements, aucun appel à la grève générale

Les mêmes qui ont appelé le plan de relance de leurs vœux demandent aujourd'hui des contreparties !!!

Berger de la CFDT déclare sur France Inter que le plan de relance «coche un certain nombre de cases », mais déplore l'absence de « contrôle social sur les aides qui sont données aux entreprises ». Il félicite le gouvernement : « depuis plus de 6 mois, la puissance publique est là pour soutenir l’économie », mais a quelques regrets « pour les plus pauvres ».

Même musique chez Veyrier de FO et Martinez de la CGT. Au journaliste de France 2 qui demande à Martinez si ce plan de relance « se trompe de cible », le secrétaire général de la CGT répond : « Je n’ai pas dit cela, j’ai dit qu’il faut de l’argent, mais que cet argent doit être conditionné à l’emploi, aux conditions de travail, à la relance des salaires ».

Avec des représentants syndicaux pareils, pas étonnant que le nombre de chômeurs ait augmenté de près d'un million avec la crise COVID, pas étonnant que l'appel du 17 septembre à la mobilisation n'ait été lancé que pour amuser la galerie. Comme le dit si bien Roussel du PCF sur Sud Radio le 28 septembre 2020 : «je ne vais pas appeler à la désobéissance civile ». En effet, on avait bien compris !


Isabelle Foucher
13 octobre 2020




1. En effet, les données chiffrées montrent clairement une baisse globale et continue de la violence depuis trente ans.

2. https://www.mediapart.fr/journal/france/160920/securite-les-gauches-veulent-eviter-le-piege-en-2022

Modifié le dimanche 18 octobre 2020
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