De l’état d’urgence sanitaire à l’État policier

État d’urgence, confinements, couvre-feu, attestations de sorties, interdictions de rassemblements, la restriction des droits et libertés publiques est l’unique ordonnance que Macron et son gouvernement savent prescrire pour « lutter » contre le COVID-19. Après 9 mois de crise sanitaire, deux « vagues » épidémiques, officiellement plus de 62 000 morts et 1 million de nouveaux chômeurs, le virus se porte bien. Tellement bien que la « deuxième vague » n’est pas terminée que la « troisième » est déjà annoncée pour janvier prochain. Au fond, cette prévision illustre la débâcle de la politique de Macron-Castex-Véran.

De l’état d’urgence sanitaire à l’État policier

Deux repas, deux mesures

En attendant, la culpabilisation des masses bat son plein : s’il y a reprise, c’est évidemment que la population ne respecte plus les gestes barrières ! Pour le démontrer, des reportages sur l’organisation de fêtes clandestines, d’apéritifs sauvages, de soirées familiales ou amicales à « plus de 6 convives », tournent en boucle. Évidemment, les transports en commun, les lieux de travail ou d’étude sont exclus des situations à risque ; le lieu de tous les dangers serait la cellule familiale. Qu’en dit Macron qui a été contaminé au COVID au cours d’une conférence européenne ? Qu’en disent Castex, Ferrand et les 11 personnes, toutes « cas contact », qui ont dîné avec Macron à l’Elysée ? Ah, ce n’est pas pareil, le chef de l’Etat ne mange pas, il travaille en mangeant … Ce « dîner de travail » a dû finir bien après le début du couvre-feu qui, chacun le sait, s’applique aux gueux et non pas à ceux munis d’un « ausweis » présidentiel !

De l’état d’urgence au vaccin obligatoire

Mais les jours meilleurs arrivent, le vaccin est là et notre salut viendra de lui. Enfin presque... Car si le vaccin est prêt, la population, elle, ne semble pas l’être. Les sondages sont sans appel : plus de 60 % des personnes interrogées expriment leur refus ou leur réticence à se faire vacciner. C’est que personne n’a oublié les mensonges éhontés sur l’absence de masques ou de tests de dépistage au mois de mars. Le vieil adage se vérifie : « La vérité d’un menteur est encore un mensonge ». Face à la fronde, le gouvernement tente de rendre la vaccination obligatoire : le 21 décembre, un projet de loi « instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires » est présenté en Conseil des ministres en ce sens ; il prévoit que dans les territoires où l’état d’urgence est déclaré, le Premier ministre pourrait « subordonner les déplacements des personnes » à « la présentation des résultats d’un test de dépistage négatif » ou « au suivi d’un traitement préventif, y compris à l’administration d’un vaccin ». En clair, les personnes qui ne seraient pas munies d’un passeport vaccinal seraient jetées dans un apartheid social à peine masqué. Le jour même, la levée de boucliers est unanime, immédiate, forçant le gouvernement à reculer dès le lendemain et à renvoyer à « plus tard » l’examen du texte…

Le COVID comme prétexte

Macron avait prévenu en mars : « Nous sommes en guerre ». Mais la guerre de Macron n’est pas menée contre la crise économique, le chômage ou le COVID-19 : Macron et son gouvernement sont en guerre contre la classe ouvrière, pour la préservation du régime antidémocratique de la Ve République, pour la défense du taux de profit. La crise sanitaire n’étant qu’un prétexte lui permettant, même temporairement, de contenir la colère populaire qui gronde depuis des années. L’affrontement est pourtant inéluctable, à peine sera-t-il différé. De ce point de vue, réduire les droits et libertés démocratiques qui fondent les relations sociales depuis plus d’un siècle est un préalable avant la création d’un État policier. La lutte contre le COVID-19 est donc le cheval de Troie permettant l’instauration sans limites de l’état d’urgence ; la remise en cause de la loi de 1881 sur la liberté de la presse ; la remise en cause de la loi de 1901 sur la liberté d’association ; la remise en cause de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Le projet de loi dit « sécurité globale » et celui « confortant les principes républicains » (anciennement « de lutte contre les séparatismes ») en sont des démonstrations éclatantes. Cela va de l’instrumentalisation de l’odieux assassinat de Samuel Paty qui a permis la libération d’une voix raciste et islamophobe au plus haut niveau de l’État, jusqu’à la protection des fonctionnaires de police qui doivent pouvoir réprimer, mutiler, matraquer en toute impunité. Mais toutes ces manœuvres ont leur limite et la réalité revient comme un boomerang.

« La police partout …

La brutale évacuation des réfugiés de la Place de la République ou le lynchage de Michel Zecler (plus de 170 jours d’ITT !) ont rappelé à tous le véritable visage du pouvoir autoritaire et répressif de Macron. Ainsi, le 5 décembre, ce sont plus de 500 000 manifestants qui ont défilé pour exiger le retrait de la loi « sécurité globale » et dénoncer les violences policières. La colère est tellement profonde que Macron, s’il réfute le terme de violences policières, reconnaît le 4 décembre devant Rémy Busine (journaliste à Brut et lui-même victime de violences policières en manifestation) qu’« il y a des policiers violents ». Sur la question des contrôles au faciès, Macron concède un racisme policier latent : « quand on a une couleur qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé ». Et Darmanin d’admettre qu’il existe des « problèmes structurels » dans la police. Autant dire que les « syndicats » policiers se sentent lâchés alors qu’ils ne font qu’obéir aux ordres … Un appel « intersyndical » à un mouvement de grève des contrôles d’identité est lancé, des manifestations sauvages en uniforme, avec armes, véhicules, gyrophares et sirènes hurlantes, sont organisées.

… la justice nulle part »1

Le divorce entre le pouvoir et ses hommes de main est annoncé ? Rien du tout ! Les agresseurs de Michel Zecler sortent de prison à peine un mois après y être entrés et bénéficient de la protection fonctionnelle que leur a accordée le Préfet Lallement. En d’autres termes, le contribuable va devoir payer les frais de justice et d’avocat de ces nervis. Pour enterrer un problème, rien de mieux qu’un comité Théodule. Comme le « grand débat » pour étouffer le mouvement en Gilets Jaunes, comme le « Ségur de la santé » pour éteindre la colère des personnels hospitaliers, Darmanin annonce l’organisation en janvier 2021 d’un « Beauvau de la sécurité », déjà boycotté par les syndicats corporatistes et majoritaires Alliance et UNSA. Dès le 12 décembre, les mêmes policiers sous les ordres des mêmes kapos, chargent, matraquent, gazent le cortège parisien soi-disant infiltré par 4 000 black blocs. La manifestation aura duré moins d’une heure. Idem le 19 décembre : comme en 2016 et 2017, le cortège est physiquement encerclé de CRS et de gendarmes mobiles ; matraquer, gazer et scinder le cortège pour empêcher la manifestation, tout est bon, même les rafles. Cette journée se terminera par 142 interpellations réalisées au hasard. C’est qu’il faut faire du chiffre, montrer que le gouvernement soutient ses séides et qu’il est ferme avec les black blocs. Pour Darmanin, cette « nouvelle » stratégie est un succès. Pendant ce temps, le Conseil d’État, saisi par la Ligue des Droits de l’Homme et la Quadrature du Net, rend un avis interdisant à la Préfecture de police d’utiliser des drones pour surveiller les manifestations. Il n’y a pas de petites victoires.

Un régime aux abois

Quelques jours après le 50e anniversaire du décès de De Gaulle, la mort de Valéry Giscard d’Estaing vient marquer la fin d’une époque. Que n’a-t-on pas entendu : Giscard, un Kennedy à la française ; Giscard, un visionnaire en avance sur son temps. Foutaises, Giscard restera l’homme de la France-Afrique, l’ami de Bokassa et de ses diamants, celui qui a fait mettre en berne les drapeaux à l’annonce de la mort du dictateur Franco. Evidemment, la Ve République n’est pas morte avec Giscard. Mais c’en est fini de l’époque où la mise en examen d’un chef d’Etat était… inimaginable : Nicolas Sarkozy, traduit devant un tribunal correctionnel pour financement illégal de sa campagne électorale de 2007, est menacé d’une peine de 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ans fermes ! Sarkozy en prison ? C’est peu probable, certes, il n’empêche que le réquisitoire est déjà en soi une condamnation qui sonne le glas de la prochaine disparition du régime corrompu de la Ve République. Née du coup d’État de 1958, la Ve République est aujourd’hui aux abois et montre sa nature profondément antidémocratique, autoritaire et anti-ouvrière. Sous toutes les formes, ce régime se prépare à l’explosion et à l’affrontement avec les masses : restriction des droits et libertés démocratiques, militarisation de la société, répressions judiciaires et policières... Pour se maintenir, il ne lui reste plus que la matraque. Macron prévient : « Peut-être que je ne pourrai pas être candidat, peut-être que je devrais faire des choses dans la dernière année, les derniers mois, qui seront dures parce que les circonstances l'exigeront et qui rendront impossible le fait que je sois candidat, je n'exclus rien. »2

Nous non plus !

Wladimir Susanj
29 décembre 2020

1. Formule célèbre de Victor Hugo, rédigée pour qualifier le gouvernement du président de la Seconde République, Louis-Napoléon Bonaparte, lors d’un discours à l’Assemblée nationale le 8 avril 1851.

2. Interview d’Emmanuel Macron par Rémi Busine pour Brut, 4 décembre 2020.

Modifié le mardi 12 janvier 2021
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