Les gardes-frontières de « La Sociale »*

Pour mémoire, Jacques Cotta est réalisateur de télévision et Denis Collin, professeur de philosophie. Ce sont aussi des polémistes. Ensemble, ils animent le site « La Sociale », au titre prometteur. Mais son contenu nous corrige bien vite. L’encre qui y est déversée est islamophobe 1 et chauvine. Et lorsque ces deux compères abordent la question des réfugiés, nous réalisons bien vite que nous avons affaire à des gardes-frontières.

Cédric HerrouCédric Herrou
(photo : AFP/ Valery HACHE)

Monsieur Collin aime à s’abriter derrière des « principes politiques ». Pour lui, il ne serait être question de « refouler » les réfugiés ou « immigrants ». Féru de philosophie, il glose : « Le droit cosmopolitique kantien exige seulement « l’universelle hospitalité » laquelle consiste à traiter tout homme qui se présente à la frontière comme un humain et non comme un ennemi ». Mais - car il y a toujours un mais chez ces bons apôtres - « sans que cette hospitalité soit un droit pour l’immigrant ». En fait, nous n’avions pas bien lu les lignes qui précèdent : « la souveraineté nationale suppose que chaque nation ait le droit de décider qui elle accueille sur son territoire ».

« La Sociale », fabrique de parias

Ainsi, à la faveur des principes politiques du professeur Denis Collin, les « immigrants » ne seront pas chassés mais ils n’auront aucun « droit à l’hospitalité ». Ce qui veut dire, dans un langage plus simple : pas de papiers, pas de régularisation pour ceux dont la demande d’asile est rejetée.

Ce palier étant franchi, il peut avoir les coudées plus franches et relayer un discours mille fois ressassé par les xénophobes en tout genre (lui, bien sûr, n’est pas xénophobe, mais …)

« Il est également clair que la classe dominante – qui n’accueillera pas un seul migrant dans ses hôtels particuliers et ses villas de luxe – voit d’un bon œil ces « flux migratoires ». Le patronat allemand n’en avait pas fait mystère et le PDG d’Airbus Industrie vient de déclarer qu’il faut assouplir le code du travail pour intégrer mieux les migrants ! » (Il ajoute, comme pour se couvrir : « Dresser les ouvriers français contre plus malheureux qu’eux, c’est une bonne vieille stratégie, souvent utilisée pour remplir les poches des actionnaires . »). Eh oui, privés du « droit à l’hospitalité », privés de la carte de résident, ils ne peuvent accéder aux mêmes droits, garantie et salaire que les salariés qui sont « sur place ». Ils pourront servir de bouc-émissaires, en restant des parias.

Vœu pieu d’un philosophe bien rangé

Collin lâche alors : « La seule solution à terme est que ces femmes, ces enfants, ces hommes puissent vraiment retourner chez eux, c’est-à-dire que le pays redevienne vivable ». Un vœu pieu puisqu’il admet lui-même : « la responsabilité majeure repose sur les grandes puissances, la prétendue « communauté internationale » qui se révèle une fois de plus comme une « caverne des brigands ». Ils organisent le chaos et se lavent les mains des conséquences . »

« C’est une affaire qui ne doit être laissée ni aux « no border », ni aux exploiteurs de la haine et de la xénophobie » conclut-il. Pour notre part, nous ne laisserions en aucun cas le sort des réfugiés entre les mains de contorsionnistes chauvins dans son genre.

Cotta « légitime » la répression

Du côté de Cotta, les choses se gâtent tout autant : « Sentant les limites objectives de l’aide humanitaire qu’ils apportent –accueil, hébergement notamment- des bénévoles ont décidé de réquisitionner un centre de vacances désaffecté. L’expérience aura duré moins de 48 heures, le temps pour les gendarmes d’évacuer les lieux et d’interpeller quatre bénévoles présents au milieu des migrants. L’application de la loi tout compte fait légitime (notamment concernant un local sans sanitaire) n’a en l’espèce pas pris beaucoup de temps. »

Rappelons les faits : « La justice reproche à Cédric Herrou l’installation, en octobre 2016, sans autorisation, d’une cinquantaine d’Erythréens dans un centre de vacances SNCF désaffecté, à Saint-Dalmas-de-Tende. L’occupation de ce centre, dénoncée avec force par les élus locaux Les Républicains, avait pris fin avec l’intervention des forces de l’ordre au bout de trois jours . » 2

Sans prononcer son nom, Cotta parlait de Cédric Herrou, condamné quelques semaines après son article par la justice pour délit d’hospitalité, c’est-à-dire pour avoir appliqué le « droit cosmopolitique kantien » !!!! Cotta avait donc approuvé l’évacuation des locaux et l’interpellation des bénévoles. A gerber !

Nous sommes pour notre part du côté de Cédric Herrou et des bénévoles et non du côté des matraques et des plumitifs qui les légitiment, qui plus est, au nom de « La Sociale » qu’ils souillent de leur chauvinisme. Nous sommes du côté de toutes et ceux qui aident les réfugiés et non du côté de ces gardes-frontières bien logés et bien nourris.


Luciano Menzi,
28 février 2017


* La Sociale : « Analyses et débats pour le renouveau d'une pensée de l'émancipation » http://la-sociale.viabloga.com/

1. Voir sur notre site : http://www.lacommune.org/Parti-des-travailleurs/La-commune/Lettre-d-infos-Chronique-Hebdo/OU-CONDUIT-L-ISLAMOPHOBIE-INTELLECTUELLE-de-gauche-i1503.html

2. http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/01/04/huit-mois-avec-sursis-requis-contre-un-agriculteur-juge-pour-avoir-aide-des-migrants_5057818_1653578.html

Sources :

Jacques Cotta : http://la-sociale.viabloga.com/news/migrants-refugies-urgence-humanitaire-la-charite-ne-regle-malheureusement-rien-la-solution-sera-politique-ou-ne-sera-pas Jeudi 03/11/2016

Denis Collin : http://la-sociale.viabloga.com/news/principes-politiques-et-crises-migratoiresVendredi 04/11/2016

Modifié le dimanche 12 mars 2017
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