Discrimination syndicale à la Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration

Smaïl Bessaha, représentant CGT du personnel de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, situé dans le Palais de la Porte Dorée, a accepté de répondre à nos questions sur la situation de discrimination syndicale qu'il subit dans cet établissement emblématique du ministère de la Culture.

1. Peux-tu nous résumer les attaques que tes camarades et toi avez subies et subissez encore, notamment en termes de discrimination syndicale ?

Le point culminant de ces attaques a été atteint lorsque nous avons découvert la suppression du poste que j’occupe (depuis près de 10 ans) en consultant les documents qui nous avaient été adressés pour la réunion du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) qui devait se tenir quelques jours plus tard, le 26 septembre 2019. Imposée de manière caricaturale et au forceps, la restructuration de la Médiathèque y était à l’ordre du jour et signifiait sa fermeture.

Mon poste avait « mystérieusement » disparu du nouvel organigramme dont nous prenions connaissance. La direction nous signifiait ainsi sa décision de ne pas renouveler mon détachement sur contrat. Ma surprise était d’autant plus grande que lors de mon entretien professionnel du mois de mai 2019, rien ne m’avait été annoncé dans ce sens, au contraire les objectifs à venir et de nouvelles missions avaient été fixés et discutés avec mon évaluateur.

Une telle méthode est d’une rare violence et elle est à l’image de la politique autoritaire de la direction du Palais. Ainsi, elle n’a de cesse de commenter et dénigrer nos expressions écrites avec toute la mauvaise foi possible, et cela malgré nos recadrages et les preuves que nous lui opposons.

Totalement décomplexé et méprisant, dans une réponse écrite à l’un de nos comptes-rendus, le secrétaire général de l’établissement a ainsi conseillé au personnel de « laisser braire...», tout en faisant clairement entendre que la direction avait parfaitement connaissance des propos échangés lors des assemblées générales. Manière de dissuader les collègues d’y participer, ce que nous avons malheureusement pu constater dès la réunion suivante. Décomplexée, la direction n’a pas hésité à ouvrir et prendre connaissance d’un courrier de l’Inspection Générale qui nous était adressé. On pourrait multiplier de tels exemples. Tous les moyens sont bons pour entraver notre intervention (communication en retard de documents incomplets, etc.), nous placer devant le fait accompli. Le tout marqué par une forme de harcèlement, de propos déplacés et méprisants, de comportement brutal.

2. Quel est l’objectif poursuivi par cette direction en t’éliminant ?

Il s’agit de faire un exemple, un précédent, de déstabiliser l’action de notre section CGT, de faire peur aux collègues en nous tapant dessus au maximum, afin de dissuader toute velléité de contestation, de désaccord ou d’opposition.

3. Comment cette attaque éclaire sa ligne politique et celle du ministère ?

L’Établissement Public de la Porte Dorée (EPPD) est en quelque sorte un laboratoire au sein du ministère de la Culture. Avant du supprimer la médiathèque qui est un service public de lecture publique au sein du Musée National de l’Histoire de l’Immigration, il y a eu la suppression de la librairie et cela (nous l’avons compris plus tard) pour faire place à une très grande toile de l’exposition universelle de 1931 représentant le plan de l’exposition coloniale!

Il ne s’agit plus de construire un lieu d’échanges et de transmission des savoirs mais de développer une sorte de parc d’attractions. Pour le Palais, il s’agit de tout miser sur l’esthétique du bâtiment, avec la volonté de « glamouriser » le colonial et le projet du musée. L’ancien directeur de l’établissement, Luc Gruson, le disait sans détour : « L’immigration ce n’est pas glamour. On doit innover dans notre rapport au public... » L’actuelle direction assume pleinement cette orientation. L’exposition du créateur de chaussures de luxe Christian Louboutin qui a eu lieu en 2020, en est le plus bel exemple. On fait dans le strass et les paillettes.

D’un côté il y a le discours d’intention du projet scientifique, le développement d’une vision objective critique, qui sert de prétexte et d’enrobage, mais de l’autre il y a la réalité des salariés précaires, la suppression d’un trait de plume de la médiathèque Abdelmalek Sayad, la course aux ressources propres avec notamment la mise en location des espaces (forum, aquarium, ateliers, galerie, « une équipe dédiée au service de vos événements : à votre écoute, nous répondons à toutes vos questions sur les nombreuses possibilités d’exploitation de nos espaces») en vantant l’esthétique coloniale du Palais.

Comment pourrait-on avoir une vision critique de l’histoire avec une telle pratique focalisée sur les recettes et la précarité ? Alors que l’on est censé avoir un projet au long cours, les missions sont confiées à des salarié.e.s précaires (CDD, vacataires, stagiaires, services civiques, apprentis, sous-traitants, etc.)

Les valeurs mises en avant dans les beaux discours sont en totale contradiction avec la manière dont la direction traite les salarié.e.s.

4. Où en est le combat pour le maintien de ton affectation au sein de l’établissement du Musée National et ta protection en tant que secrétaire de la section CGT ?

Avec le syndicat national de la CGT-Culture, outre un communiqué de presse, nous avons lancé plusieurs recours hiérarchiques.

Dernièrement le bureau confédéral de la CGT est intervenu auprès du cabinet de la ministre Roselyne Bachelot. Un rendez-vous a également été sollicité auprès du tout nouveau directeur de l’EPPD, Pap Ndiaye, qui vient d’être nommé par décret du 11 février dernier.

De mon côté, j’ai fait un recours gracieux dont le délai est arrivé à son terme à la fin février. J’ai également saisi le défenseur des droits.

Pour la réintégration de Smaïl Bessaha à la Porte dorée

Non à Action Publique 2022

Non aux privatisations

Non à la précarité

Pour la défense d’un réel service public !

Modifié le mercredi 24 mars 2021
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