Une voie royale à droite

Candidature PS à l'élection présidentielleC'est désormais chose faite : le 16 novembre dernier, Ségolène Royal a été désignée pour être candidate à l'élection présidentielle par 60,65 % des militants du PS, battant ainsi à plates coutures Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, les deux autres candidats à l'investiture du Parti Socialiste. Un résultat qu'on est légitimement tenté de rapprocher du vote de 60 % des militants du PS en faveur du Traité Constitutionnel Européen, six mois avant le triomphe du non, le 29 mai 2005. Où va le Parti socialiste ?Sans aucun doute, sur le fond, rien ne distinguait les trois compétiteurs de cette course à l'investiture. Cela dit, dans l'art et la manière d'illustrer une politique de droite au sein du PS, Ségolène Royal aura été la championne. Et ce n'est pas Sarkozy qui nous contredira, lui qui, le 14 novembre, déclarait aux journalistes qui l'accompagnaient en Algérie se sentir proche de S. Royal d'un point de vue idéologique, ajoutant qu'elle risquait de ne pas rassembler son camp en raison même de cette idéologie voisine de la sienne.



l'état inquiétant de la base



Cette victoire est un symptôme inquiétant de l'état de la base militante du PS elle-même qui, dans sa grande majorité, a voté pour les idées ouvertement réactionnaires et, on l'a vu, proches de Sarkozy, de cette candidate propulsée par les média depuis plus d'un an. Ils ont acquiescé aux " idées neuves " de mise au pas des enseignants, d'encadrement militaire des jeunes délinquants en lieu et place de la protection judiciaire de la jeunesse. Ils ont voté pour les " idées neuves " de la décentralisation-régionalisation au service de l'Union européenne ainsi que pour la suppression de la carte scolaire, etc.

C'est à croire que la base militante du PS s'est elle-même coupée de la base sociale originelle de ce vieux parti social-démocrate dont la décomposition vient de connaître une nette accentuation. Ainsi, la plus grande fédération du PS n'est plus celle du Nord ou du Pas-de-Calais mais la Fédération de Paris où prédominent les " bobos ". Avec l'afflux de 70 000 militants au PS, adhérents de l'internet à 20 euros, la composition sociale du corps militant s'est encore " embourgeoisée ", ce qui a favorisé S. Royal.

La victoire de Ségolène Royal a été encore facilitée par le soutien que lui ont apporté les caciques du PS : Pierre Mauroy, Georges Frêche (qui vient encore de se signaler par des propos ouvertement racistes), Jack Lang le rallié, Montebourg dans le rôle de la caution de " gôche " issu des tenants du non.



DSK, proche de l'UDF ?



Mais cette victoire haut la main résulte tout autant de l'absence de démarcation, sur le fond, des deux autres prétendants à l'investiture. Ainsi, Hervé Morin, député UDF, estime que " ceux qui soutenaient DSK pourraient être tentés de rejoindre François Bayrou " (entretien à 20 Minutes, 17/11/06). Ce n'est pas une parole en l'air quand on sait que l'ancien Premier ministre Michel Rocard a participé à l'Université d'été de l'UDF et prône depuis longtemps un rapprochement entre UDF et PS. Chacun se souvient des déclarations ampoulées de Strauss-Kahn lors du premier " débat " entre les trois compères (le 17 octobre) pour donner la priorité à la réduction de la dette publique, c'est-à-dire la réduction des dépenses sociales de l'État, puisqu'il n'est pas question de toucher au budget militaire.



Fabius, à gauche ? Mon oeil !



Quant à Fabius, il n'a montré aucune velléité de rompre en quoi que ce soit avec l'Europe de Maastricht et ses directives. Son radicalisme de façade se ramenait à proposer une taxe à la délocalisation, selon le principe " délocalisateur payeur " qui sera au mieux un couteau sans lame et, de toute façon, une manière de s'engager par avance devant la bourgeoisie à ne rien faire qui puisse empêcher des charrettes de licenciements. Fabius, à gauche ? Mon oeil ! se disent les salariés, goguenards lorsqu'ils entendent celui qui vantait, lors d'un débat télévisé avec Madelin il y a peu, la mise en concurrence des services publics..

Toute honte bue, Fabius et Strauss-Kahn appellent au rassemblement derrière Ségolène. Royal ! Il y a fort à parier que de nombreux élus " fabiusiens " et " strauss-kahniens " d'hier vont devenir d'ardents " ségolistes ". Défendre sa mangeoire est à ce prix, et les uns et les autres n'en sont plus à un reniement près. C'est même devenu, chez Mélenchon et ses amis par exemple, qui traînent un peu les pieds, pour la forme, une seconde nature. Pendant ce temps, le fossé entre le PS et la population ouvrière se creuse davantage.
Modifié le mardi 28 novembre 2006
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