Que tout change pour que rien ne change

Elections présidentielles : François Hollandel'air du changement, voilà ce que peut chanter un candidat sans parole. En 1969, le futur président Pompidou nous présenta
" le changement dans la continuité ". En 1974, le candidat Mitterrand arracha à Rimbaud la formule magique " changer la
vie ". En 2007, Sarkozy exalta " la rupture ". En 2012, Hollande lance " le changement, c'est maintenant ". Face à l'aspiration
des millions qui veulent dégager Sarkozy, Hollande semble avoir repris à son compte la formule de l'auteur du fameux roman, Le
guépard : " Il faut que tout change pour que rien ne change " Hollande décline son programme en 60 engagements. Quel
en est le contenu ? Analyse.
Piochons au hasard : " je veux faire
des PME ma priorité ". Question :
" c'est quoi, les PME ? ". Les
PME sont une masse d'entreprises
sous-traitantes des grands groupes dits
" industriels " et de la construction. Les
salariés y sont en général plus malpayés,
y ont moins de garanties
collectives. Le droit syndical y est
bafoué, le travail dissimulé, non-déclaré
y est monnaie courante. Il existe, certes,
encore quelques petites entreprises à
caractère artisanal qui résistent encore
à ce maillage d'entreprises soustraitantes
qui, pour Hollande, sont la
priorité.


l'impôt saigne




Il y a plus grave : Hollande veut
fusionner l'impôt sur le revenu et la
CSG " dans le cadre d'un
prélèvement simplifié sur le
revenu ". Il précise " une part de
cet impôt sera affectée aux
organismes de sécurité sociale ".
Ce n'est " technique " qu'en
apparence. Question : quelle part
de cet impôt serait versée à la
sécu ? Mystère. Pour mémoire, la
CSG imposée il y a vingt ans par le
gouvernement Mitterrand-Rocard
consistait en un transfert d'une
partie des cotisations sociales vers
un impôt à la source. Ce fut un
premier pas vers la fiscalisation de
la Sécurité sociale qui était, dans
son principe, une institution
indépendante. Hollande veut
franchir un second pas vers cette
fiscalisation : l'intégrer
complètement et définitivement au
budget de l'Etat qui décidera seul
de la part à reverser à la Sécu.
Nous avons tout à craindre !


Le bâtiment




Sur la question du Logement, Hollande
nous enfume : il promet la construction
de 2,5 millions de logements au cours
du prochain quinquennat. Ce qui fait :
500 000 logements par an. A toutes les
nouvelles constructions, il veut appliquer
la règle dite des trois tiers : un tiers de
logements sociaux locatifs, un tiers de
logements pour l'accession dite
" sociale " à la propriété, un tiers de
logements " libres ". Ce qui fait : un peu
plus de 800 000 HLM sur 5 ans, soit
160 000 par an. Quant à l'accession
" sociale ", elle va toucher des familles
qui vivent depuis longtemps en HLM et
qui, dépassant le plafond de ressources
du fait des augmentations de salaires
dues à l'ancienneté ou à la technicité,
doivent payer un surloyer. Mais là n'est
pas le plus grave : Hollande n'a rien à
dire sur les expulsions, rien à dire en
faveur de l'application de l'ordonnance
de 1945 sur les réquisitions de
logements vides. Rien à dire non plus à
propos des promoteurs et des
spéculateurs immobiliers. Comme quoi,
là encore, tout ce qui brille n'est pas d'or.
La notion même de " droit au logement "
n'est pas au programme !

Il n'y a là rien qui puisse satisfaire les
besoins des trois millions de mal-logés
et des onze millions de personnes qui
vivent au-dessous du seuil de la
pauvreté.


Le droit au travail et à la vie



Sur le chômage et les licenciements :
s'agit-il d'interdire aux patrons de jeter à
la rue les salariés, dans les entreprises,
qu'elles fassent ou non des bénéfices ?
Rien de rien dans son programme,
comme de bien entendu. S'agit-il
d'abroger la loi scélérate contre les
retraites de décembre 2010 ? Pas
question. De revenir sur le
déremboursement des milliers de
médicaments ? D'en finir avec le
forfait hospitalier ? l'asphyxie des
hôpitaux ? La privatisation des
services publics ? Pas un mot.


Nous avons bien lu, ce sont des
engagements " pour la France ",
pas pour la population laborieuse.



Ces engagements qui n'ont rien de
prometteur se situent dans le cadre
de cette Union européenne des
capitalistes et des banquiers. Aux
militants socialistes qui nous
disent : " la priorité est de chasser
Sarkozy ", nous répondons : " Oui,
il faut chasser Sarkozy et toute sa
politique ". Or, François Hollande a
déjà rassuré la droite aux abois sur
un point-clé : il ne reviendra pas sur
les réformes anti sociales et antiimmigrées
de Sarkozy. Cela n'a
pourtant pas empêché Mélenchon
d'affirmer, le 4 mars dernier sur le
plateau d'Europe n°1 que " Hollande est
sur le bon chemin ". Ce chemin-là n'est
certainement pas le nôtre.




Daniel Petri et Pedro Carrasquedo
Modifié le mardi 24 avril 2012
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