LUR BERRI dans l'oeil du cyclone

article tiré du bulletin Resistances N° 37 publié par le NPA Pays Basque | Scandale des viandesUne fois n'est pas coutume la plus importante coopérative du Pays Basque, Lur Berri ( terre nouvelle en langue basque ), a, ces derniers temps, fait la "une" de nombreux médias nationaux. Et pour cause.
La coopérative en question est en effet la maison mère de Spanghero, le négociant en viande de Castelnaudary, accusé d' avoir, par un jeu d'étiquettes, transformé de la viande de cheval venant de Roumanie en viande de boeuf.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Lur Berri est impliqué dans un scandale de ce type. En 2008 une autre de ses filiales, la coopérative Arcadie, avait déjà été mise en examen pour "tromperie sur les qualités substantielles et sur l'origine d'un produit, tromperies aggravées sur les risques pour la santé humaine" et "mise en vente de denrées corrompues".

Créée en 1971 par la fusion de deux petites coopératives locales, Lur
Berri fut portée sur les fronts baptismaux par le sénateur Jean Errecart, figure locale de la démocratie chrétienne et conseiller général sans interruption du canton basque de Sant-Palais (où se trouve son siège), de 1945 à 1971. Depuis sa naissance la coopérative a d'ailleurs toujours été une forteresse et une poire pour la soif pour les politiciens centristes locaux. Elle fut présidée un temps par Jean - Jacques Lasserre, ancien président du Conseil général des Pyrénées-
Atlantiques devenu depuis lors sénateur ; et Barthélémy Aguerre, son actuel vice-président et président de Spanghero, est le suppléant pro - Boorlo de Jean Lassalle, seul député du MODEM de François Bayrou élu en Métropole. La coopérative d'aujourd'hui ne ressemble plus beaucoup à celle des origines et les 5 000 agriculteurs qui en sont membres (dans leur immense majorité des petits éleveurs) n'ont plus guère leur mot à dire dans sa gestion. Au fil des années elle a pris le contrôle d'Arcadie Sud Ouest (abattage, découpe) qui contrôle sept abattoirs puis l'an dernier celui du groupe Alfesca dont les produits, allant des canards gras en passant par le saumon fumé et les blinis,
sont vendus sous des marques connues nationalement comme Delpeyrat et Labeyrie. Enfin elle s'est aussi investie dans la vente
d'équipements pour gavage, les jardineries (Gamm Vert) et le bricolage (M. Bricolage).

Le groupe Lur Berri réalise aujourd'hui un chiffre d'affaire de plus d'un milliard d'euros par an et emploie plus de 6 000 salarié-e-s... dont la plupart sont payés au lance-pierres. D'ailleurs celles et ceux de la maison mère sont en procès depuis de nombreuses années avec la direction qui cherche à leur faire rembourser des primes d'intéressement qu'elle leur aurait versées "à tort".

La coopérative n'a plus grand chose à voir avec la prétendue "économie sociale". Elle n'hésite pas, par exemple, à fermer des abattoirs localement - ce qui aggrave les problèmes des éleveurs basques - tout en important massivement, dans le même temps, de la viande des pays de l'Est qui fait concurrence à celle produite par ses propres adhérents.

Bref Lur Berri est devenue une entreprise capitaliste quasiment comme une autre qui n'a en tête qu'une seule logique : faire un profit maximum en pressurant toujours plus les petits paysans locaux, ses propres salarié-e-s et en prenant parfois (bien entendu à son corps défendant, comme le soutient sans rire Barthélémy Aguerre qu'on est prié de croire sur parole) des libertés certaines avec la législation sanitaire en vigueur.

Et si certain-e-s se battent pour faire revenir Lur Berriaux "valeurs" de ses origines, il ne faut pas être grand clerc pour voir qu'il s'agit d'un simple rêve qui se heurte de plein fouet à la concurrence acharnée que se livrent, à l'échelle européenne et mondiale, les grands groupes de l'industrie agro-alimentaire.
Modifié le jeudi 07 mars 2013
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