Front National : En crise, comme un vulgaire parti institutionnel !

Comment comprendre la crise explosive du FN ? Ceux qui pensaient il y a peu que le clash entre Jean-Marie Le Pen et la direction du « parti » était un leurre  sont contraints de se rendre à l’évidence : la crise est bien réelle et profonde. Il n’y a rien de personnel et Marine Le Pen paie le prix de sa tentative de mutation génétique visant à transformer le FN en parti «  respectable » digne des institutions de la Vé République. Et elle se serait bien passé des frasques de son père.

De ce point de vue, on ne peut rien comprendre si on ne met pas cette crise en rapport avec la situation politique que connaît la France et en particulier la crise politique du régime, la crise de la représentation politique de la bourgeoisie.

Lorsque l’on soutient que le FN est un « parti d’extrême-droite », on a tout dit et on n’a rien dit. Comme l’a rappelé un « connaisseur », le sieur Gollnisch en personne, le FN a toujours été un conglomérat de différentes factions de l’extrême droite avec ses royalistes, ses catholiques traditionalistes, ses différentes gammes de fascistes, ses déçus du gaullisme, ses anciens SS « aux couleurs de la France ».

A défaut de « monter », le FN est parvenu à s’enraciner électoralement, tirant profit de la crise explosive de l’UMP.

Le FN : un électeur sur 10

Des années durant, de savants politicologues de toutes obédiences nous avaient expliqué que le FN avait capté une partie de « l’électorat ouvrier » et, singulièrement des anciens électeurs du PCF. L’analyse des résultats électoraux, ville par ville, en chiffres réels, d’élections en élections montre mille fois qu’il n’en est rien. Globalement, le FN dispose d’un électorat, majoritairement rural qui, auparavant livrait son stock de voix à l’UMP-RPR. Soit, au bout du compte, un électeur sur 10. (À moins de faire comme si les millions et millions d’abstentionnistes étaient morts).

Or, malgré cet enracinement électoral incontestable, le FN connaît une crise qui a pris à revers tous les commentateurs patentés, tous les Nostradamus du monde des sondages et de la chronique télévisée, mais aussi les anticapitalistes discount qui depuis plus de 30 ans crient à « la montée du fascisme ».

Situation pré-révolutionnaire

Cette crise naît en partie d’une contradiction, entre d’une part l’audience électorale du FN (sans commune mesure avec les 0,75% de 1981) et son incapacité à susciter des manifestations et meetings à caractère de masse, à la hauteur de ce que les « ligues factieuses » étaient capables d’orchestrer dans les années 30, en France. Ce qui se traduit également avec un nombre très limité de cadres politiques, de militants « actifs ». Cet état des choses démontre le caractère artificiel de la montée du FN, dans une situation que nous, nous qualifions de pré-révolutionnaire.

« La manipulation sadique de l’effet Le Pen »

A cette étape, les cercles dirigeants du capital financier se satisfont de ce que Serge July avait appelé « la manipulation sadique de l’effet Le Pen », comme moyen de tenir en respect la population, en lui transmettant à peu près ce langage : « il vaut mieux que les mesures anti-sociales, anti-ouvrières, anti-immigrés soient prises par des socialistes et des républicains. Si ce n’est pas nous, ce sera le FN ». Mais, ces cercles dirigeants de la bourgeoisie française ne sont pas prêts à jouer la carte FN à cette étape (en le finançant grassement, par exemple). Une telle promotion du FN, lui permettant de payer, de nourrir des « militants » comme le fit le parti nazi en temps de crise sociale, ne ferait que jeter de l’huile sur le feu, précipitant l’explosion sociale et ouvrant la crise révolutionnaire…

Poussé à s’intégrer au « système » de la Vè République

Dans ces conditions, le FN est poussé à s’intégrer au « système », y compris à son corps défendant, à prendre la forme d’un parti « de gouvernement », sous peine de mourir. Ce qu’une partie de l’aile fasciste (Gollnisch- Le Pen) ne peut accepter, de peur que le FN ne devienne un parti institutionnel liant son sort au régime et bien vite sclérosé. Le FN est donc enfermé dans un dilemme. Cela ne signifie pas dire que l’on en a fini avec ce « parti » raciste, xénophobe, anti-ouvrier, même s’il se doit de donner à ses électeurs (et aux électeurs de droite) des gages de respectabilité. A cette étape, le combat contre cette noire réaction passe par le combat contre le gouvernement Valls-Hollande et sa politique destructrice, sur le terrain de la lutte de classes, dans la perspective de la grève générale. L’ennemi principal, c’est le gouvernement, fauteur de contre-réformes et de mesures anti-ouvrières et anti démocratiques, c’est l’Union européenne et ses institutions.

Daniel Petri
28 août 2015

Modifié le jeudi 03 septembre 2015
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