l'enfer de Kirchner

Argentine : après le transfert de la dépouille de PerónLe mois qui vient de se terminer a été le pire pour le président Kirchner depuis son élection en mai 2003. Les fantômes qui l'angoissent ne cessent de se manifester l'un après l'autre. La disparition de Jorge Julio López,Jorge Julio López est un ouvrier maçon retraité âgé de 76 ans enlevé et torturé pendant la dictature, principal témoin lors du procès d'un de ses tortionnaires, le commissaire Etchecolatz de la police de Buenos Aires, condamné à la prison à perpétuité. Il a disparu depuis le 18 septembre. les agressions de nervis contre les travailleurs de l'Hôpital Français et la bataille rangée entre deux fractions de la bureaucratie mafieuse de la CGT lors du transfert du corps de Perón sont autant de faits qui marquent un nouveau tournant dans la situation politique en Argentine.Avec la garde présidentielle et quelques ministres près de l'hélicoptère chargé de le conduire à l'endroit où il devait accueillir les restes du général Perón, Kirchner a décidé de ne pas s'y montrer. Les scènes violentes diffusées par la télévision en direct du lieu choisi pour le repos final de la dépouille du général Perón étaient éloquentes. Il n'était pas dans son intérêt, bien au contraire, de s'afficher avec des organisateurs parlant sous une pluie de pierres, comme des autistes incapables de réagir face à ce qui se déroulait sous leurs yeux. Les nervis se poursuivant à coups de barres de fer et de bouteilles et l'image de l'un d'entre eux tirant avec son pistolet 9 mm sont le bouquet final d'une série de faits qui ont provoqué une commotion politique. Le calme relatif avec lequel Kirchner s'employait à faire sa campagne électorale pour être réélu est terminé. La réalité l'a bousculé pour le plonger dans un nouveau scénario dans lequel chaque jour qui passe amène de nouvelles craintes.



Un enfer nommé Argentinazo



La référence permanente à l'enfer, à laquelle recourt Kirchner chaque fois qu'il se trouve face à des faits qui échappent à son contrôle, n'a rien de dialectique. Comme le reconnaissent les analystes politiques, la principale qualité du Président de la République argentine est d'avoir analysé correctement les principales conséquences de l'Argentinazo : la liquidation du radicalisme, pilier du système bipartite, et l'émiettement sans fin du vieux Parti Justicialiste. Mais avoir analysé correctement le problème ne suffit pas pour le résoudre. Dans les premiers mois de sa gestion, il a essayé de mettre sur pieds un mouvement de centre gauche, mort dans l'oeuf. Plus tard, il a engagé une brève bataille pour la présidence du Parti Justicialiste qui a échoué à son tour. Et maintenant, la " concertation plurielle " qui devrait être utilisée pour constituer des listes électorales, sous l'appellation fantaisiste de " Front pour la victoire ", ne saurait être à l'origine d'une structure politique influente dans le mouvement des masses. Kirchner fait partie du vieux Parti Justicialiste, dont il prétend vouloir s'émanciper mais auquel il à recours quand il s'agit d'empêcher la hausse des salaires avec la complicité des dirigeants péronistes de la CGT ou dans le combat contre " les dirigeants de la gauche radicale " comme le souligne le journal argentin La Nación. C'est la raison pour laquelle il devait être présent pour le transfert de la dépouille de Perón.



Pas de réconciliation



Les puissantes manifestations pour l'apparition en vie de Jorge Julio López, le puissant rejet des dirigeants et des nervis de la CGT et des politiciens qui les utilisent contre les luttes ouvrières et populaires ne sont pas anecdotiques. En réalité, il s'agit de conflits de fond qui secouent l'Argentine depuis des décennies et ne peuvent être résolus par les belles paroles que prononce Kirchner, mais seulement par des mesures concrètes. La lutte contre le génocide dure depuis trente années pendant lesquelles, avec des hauts et des bas, le peuple Argentin est arrivé à imposer le jugement des génocidaires et a commencé à obtenir des condamnations exemplaires. C'est un combat qui dépasse la génération qui a souffert du génocide et qui se transmet de père en fils, il ne peut y avoir de résolution partielle de cette question. Il n'y a pas de réconciliation possible, comme le prétend l'Église, totalement compromise dans les trente mille disparitions, et comme le soutiennent le centre gauche, la droite politique ou les militaires qui, tous, réclament l'amnistie pour les génocidaires. Tant que le peuple argentin n'obtiendra pas la vérité et la justice, la lutte continuera quels que soient les obstacles que l'on prétend lui imposer.
Modifié le mardi 28 novembre 2006
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