Pas de justice, pas de paix !

Le meurtre de George Floyd à Minneapolis le 25 mai 2020, étouffé par un policier lors d’une interpellation, a provoqué une onde de choc et de révoltes dans le monde entier contre les violences policières et le racisme institutionnel, et ce malgré les interdictions de manifester.

Pas de justice, pas de paix !

En France, après le déni du gouvernement et des médias bourgeois, le débat est imposé par la rue et les innombrables vidéos montrant les violences policières sans fard. La parole se libère également parmi des personnalités issues de l’immigration (appel d’Omar Sy, coup de gueule de Camilia Jordana, le poing levé de Paul Pogba, etc.)

Si Georges Floyd est devenu le symbole de ce mouvement mondial de révolte, largement porté par la jeunesse, il s’inscrit dans la continuité des nombreux combats comme la lutte pour les droits civiques, le Black Lives Matter, aux États-Unis, ou les collectifs Stop au contrôle au faciès, Urgence notre police assassine ! Justice pour Adama, en France contre les crimes et les exactions policières.

Les violences policières sont documentées depuis longtemps, et Maurice Rajsfus1, l’un des précurseurs et figure historique de ces dénonciations (il consignait méticuleusement les bavures et violences de la police française depuis 1968) vient de mourir le 13 juin 2020. Mais ces abus policiers ne peuvent plus aujourd’hui être mis sous le tapis aussi facilement, pour deux raisons principales : l’une tient à l’usage du téléphone portable pour filmer la police et à la diffusion des images sur les réseaux sociaux ; la seconde à la modification du profil des victimes qui ne sont désormais plus uniquement les jeunes de banlieues mais tous ceux qui contestent le pouvoir.

Si le tournant remonte aux manifestations contre la loi travail de 2015-2016, le traitement des manifestations des Gilets jaunes (largement documenté, entre autres par le journaliste David Dufresne 2) a constitué un basculement incontestable. Le maintien de l’ordre lors de cette révolte populaire a été d’une violence inouïe et l’irruption des armes comme le LBD 40, les grenades de désencerclement ou le teaser, déjà largement utilisés dans les quartiers populaires, a provoqué d’innombrables mutilations et des morts. Dès lors, sur tous les réseaux sociaux, les images vont circuler et montrer le vrai visage de la police : les lycéens contre Parcoursup, à genoux, mains sur la tête à Mantes-la-Jolie (décembre 2018), la mort de Zineb Redouane à Marseille, victime d’un tir de grenade lacrymogène, la mort de Steve pendant la fête de la musique à Nantes en 2019 suite à une charge policière, les soignants tabassés et gazés pendant les grèves pour « sauver l’hôpital public » à Toulouse, les femmes traînées par les cheveux et tabassées au sol par les BRAV 3 lors de la marche féministe du 7 mars 2020, la mort de Cédric Chouviat suite à un placage ventral, lors d’un contrôle de police le 3 janvier 2020, à Paris, etc.

Pendant le confinement, des images hyper-violentes de brutalités policières ont circulé sur les réseaux sociaux, avec un bilan de 12 morts. A ces très nombreuses vidéos et témoignages de violences policières s’ajoutent des preuves incontestables des propos racistes des forces de polices (propos orduriers et tabassage d’un Egyptien sorti de la Seine à l’Ile Saint-Denis fin avril, enregistrement audio des fics de Rouen, groupe de flics racistes sur WhatsApp et Facebook 4, etc.) ; la légitimation de la violence dans le maintien de l’ordre par l’État et l’impunité des forces de l’ordre qui en découle sont au cœur des revendications de la jeunesse et des comités des familles contre les violences policières : c’est le « pas de justice, pas de paix ! » scandé dans les manifestations.

Car la machine est bien rodée et procède toujours de la même manière : les policiers sont couverts par leur hiérarchie, ils portent plainte systématiquement pour outrage ou rébellion, la victime devient ainsi l’accusé. Ce système ne peut fonctionner qu’avec la complicité de l’État et du système judiciaire. Et derrière cette impunité totale de la police, on trouve les syndicats policiers Alliance et Synergie, noyautés par l’extrême droite. Les « syndicats » policiers, à la fois porte-serviette et porte-flingue des pouvoirs, politiques et ministres qui se succèdent, sont des syndicats ultra-catégoriels et corporatistes qui n’ont rien à voir avec les syndicats de salariés. La police est placée au-dessus de la société et des lois, véritable bras armé de l’État, instrument de domination de la classe exploitée. La police, c’est des détachements d’hommes en armes dont l’unique mission est de mâter la contestation sociale, qu’elle vienne des banlieues, de la jeunesse ou des salariés.

Plus que jamais : zéro impunité ! Justice et vérité pour toutes les victimes des violences et crimes policiers !



Julie Charmoillaux,
30 juin 2020



1 https://maitron.fr/spip.php?article205974

2 https://www.mediapart.fr/journal/france/170519/six-mois-d-allo-place-beauvau-chronique-des-violences-d-etat

3 Brigades de répression de l’action violente Motorisées (BRAV-M) créées par le préfet Lallement en mars 2019 qui ont pour « ancêtre » les PVM (Pelotons de Voltigeurs Motorisés) de la police de Pasqua, responsable de la mort de Malik Oussekine en 1986.

4 https://www.streetpress.com/sujet/1591618480-fdo-22-unis-deuxieme-groupe-facebook-milliers-policiers-echangent-racisme-raciste-violences-policieres

Modifié le mercredi 22 juillet 2020
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