Les faux-frères

EditorialIl existe un conseil populaire qui n'a jamais été aussi vrai ces temps-ci : " Gardez-moi de mes amis, je m'occupe de mes ennemis ". Ainsi, à propos de l'allongement de la durée de cotisations de 40 à 41 annuités pour la retraite à taux plein voulu par Sarkozy et déjà inclus dans la loi Fillon de 2003, François Hollande, chef du PS a déclaré : " si on a du travail jusqu'à la période qui permet de partir en retraite avec ses droits pleins, alors oui, pourquoi pas ? Sauf que là, c'est le travail des seniors " AFP, lundi 28 avril 2008. Sur ce dernier point d'ailleurs, il rejoint également Sarkozy qui veut inciter les plus de 55 ans à poursuivre le travail, voire reprendre du service. Le Président de la République peut être fier de son copain de promo à l'ENA.
Le même jour, Vincent Peillon, autre dirigeant du PS, député européen et nouvelle coqueluche des médias, vient de commettre un livre dans lequel il se lance à droite toute, sans fard ni retenue. À propos de l'Éducation nationale, il se précipite à la rescousse du ministre Darcos : " On ne peut pas en rester à une bagarre sur les postes. Nous n'avons jamais pensé qu'il ne fallait pas réformer en profondeur l'Éducation nationale qui reproduit les inégalités de façon massive et laisse un certain nombre de jeunes sans qualification ". On croirait sur ce dernier point entendre les gauchistes sauce LCR ou LO de 68 dont le mot d'ordre était " À bas l'école des flics et des patrons ", formule bien complaisante avec ces mêmes patrons qui rêvent précisément de démanteler l'école et l'université jugées trop coûteuses. Mais passons sur ce rappel douloureux pour certains, en pleine nostalgie révisionniste contre la grève générale de 68. Toujours est-il que Peillon déclare son accord avec Sarkozy-Darcos et les fermetures de postes par milliers. On pourrait poursuivre longtemps l'inventaire des convergences du PS avec Sarkozy. Quant à " l'aile gauche " du PS en la personne de Mélenchon, elle a une curieuse conception du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes si on se rappelle sa position contre les Tibétains réprimés par la bureaucratie chinoise, modèle sans doute de démocratie pour l'ex-trotskyste passé au socialisme bourgeois avec quelques autres Rastignac de son acabit. Nous ne résistons pas au plaisir de citer Mélenchon sur ce point : " Peut-on se dire laïque et soutenir un projet et une organisation théocratique ? [le Tibet, NdlR ...] ". Voilà donc une aile " gauche " mélanchoniste capable de justifier le pire bain de sang au nom de la laïcité ! Jaurès s'en retourne dans sa tombe.
Force est donc de constater que, sur les questions vitales du moment, celles auxquelles la classe ouvrière et la jeunesse sont confrontées, école, retraites, salaires, démantèlement de la Fonction publique, Sécu, etc, ceux qui dirigent, à gauche, partagent les positions de Sarkozy quand ils ne le devancent pas.
Et sur tous les ballons. Ainsi, sur la question des sans-papiers, Fadela Amara, hier encore au PS vient de déclarer, en réponse à la question d'un journaliste " Que faut-il faire ? " : " Exactement ce que fait Hortefeux ", autrement dit, le cas par cas. En d'au­tres termes, la position de Hollande, Royal et consorts. Et si les dirigeants de la " gauche " politique sont liés aux " réformes " actuelles, ils ont nécessairement transmis leur honteuse soumission aux dirigeants syndicaux qui, parce qu'ils appartiennent pour la plupart à ces mêmes partis, PCF inclus, se font à leur tour les courroies de transmission dans leurs syndicats respectifs. C'est dire si la question de fond, pour combattre les plans anti-ouvriers, consiste au regroupement d'un pôle indépendant, hors et contre la politique des partis inféodés, pour la défense des revendications, grandes ou petites, pour imposer l'unité coûte que coûte : Sarkozy, un an, ça suffit !
Modifié le mardi 13 mai 2008
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