Le soldat Thibault

ÉditorialNon, Sarkozy n'a pas vaincu les cheminots. Ce sont les directions confédérales des syndicats, au premier rang d'entre elles la direction de la CGT, Thibault en tête, qui ont eu raison des grévistes. Telle est la vérité vraie. D'ailleurs, dans son tout dernier entretien télévisé, Sarkozy, qui sait parfaitement à quoi s'en tenir, l'a reconnu explicitement : " je rends hommage aux partenaires sociaux, en particulier à ceux dont je suis le plus éloigné idéologiquement ". Il a même insisté, soulignant qu'il a été " très heureux de travailler avec les partenaires sociaux, qui ont pris leurs responsabilités ". Déjà, le quotidien Le Monde du 7 novem­bre dernier rapportait les propos de Sarkozy, soucieux d'aider Thibault, qui venait d'être hué par nombre d'assemblées de grévistes : " il faut sauver le soldat Thibault ". Ce faisant, il a, aidé de Raymond Soubie, son conseiller social, orchestré avec le secrétaire général de la CGT la manoeuvre des " négociations tripartites " branche par branche, dans lesquelles il n'est absolument pas question de remise en cause du pilier de la " réforme des régimes spéciaux " : l'alignement sur les 40 ans de cotisations. Dans le même temps, Chérèque n'avait qu'à faire comme d'habitude : appeler ouvertement à la reprise du travail, comme en 2003. Cela permettait de fait à Thibault et Mailly de ne pas se mouiller trop ouvertement dans cet aspect trop voyant de briseur de grève. Toujours est-il que les cheminots, au bout de 9 jours d'une grève extraordinaire de courage et de détermination, ont dû plier genou, face au déchaînement médiatique mais surtout à la trahison en rase campagne de leurs directions syndicales. Sarkozy ne pavoise d'ailleurs pas outre mesure car il sait que le chemin est encore long et qu'il doit préserver ces " partenaires sociaux " de l'humiliation publique car il en a bien besoin pour le reste des " réformes ". Ce qui ne l'empêche tout de même pas de s'exclamer : " Un jour, vous direz que j'ai réformé autant que Margaret Thatcher ". C'est ce qu'on verra, car une bataille gagnée grâce à la trahison et la duplicité des généraux de l'armée d'en face, ça n'est pas pour autant la guerre gagnée. La classe ouvrière française est loin d'avoir dit son dernier mot. Mais il faut commencer par ne pas lui mentir, comme font certains à l'extrême gauche, qui prétendent que les cheminots ont gagné " politiquement ". Quelle victoire politique y-a-t-il que d'être obligés de renoncer à un acquis historique et devoir travailler dix trimestres de plus ? De quelle " victoire politique " s'agit-il, dès lors que, le verrou des régimes spéciaux n'existant plus, Sarkozy va pouvoir s'attaquer à l'ensemble du régime de retraites par répartition solidaire, obliger tous les salariés à travailler 41 ans, puis 42 puis 45 puis sans limitation, à l'anglo-saxonne ?

En réalité, tout commence. Sarkozy a décidé l'affrontement. C'était, il faut le rappeler, une promesse électorale. Attaques contre les retraites, démantèlement de l'institution judiciaire par la suppression de tribunaux, dont ceux des prud'hommes, privatisation des universités, destruction à court terme de la Fonction publique et des statuts des fonctionnaires ... Il faut aussi rappeler que PS et PCF étaient et son toujours d'accord avec l'essentiel de ces " réformes ". Tout juste jouent-ils les chochottes en stigmatisant, et encore mollement, les " méthodes ", mais non le fond. Ceci explique pourquoi nombre de responsables de ces partis, surtout du PS convenons-en, passent avec armes et bagages dans le camp de " l ‘ennemi " pas si ennemi que ça, plutôt la maison-mère. La classe ouvrière a devant elle d'abord et avant tout les obstacles en son propre sein. La grève des cheminots est lourde d'enseignements pour elle. Elle saura en tirer profit dans les luttes qui viennent. Et " gare à la revanche, quand tous les pauvres s'y mettront ".
Modifié le lundi 03 décembre 2007
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