La débandade

Pas besoin d’être un grand spécialiste de la politique pour voir sous nos yeux, jour après jour, le triste spectacle de la chute de ce régime. Hier, c’est Benoît Hamon qui déclare, après s’être abstenu avec Aurélie Filippetti et une trentaine d’autres députés du PS sur le vote des recettes du budget 2017: « La politique de l’exécutif menace la République et la mène tout droit à un immense désastre démocratique en 2017 » Pas faux du tout.
Cette appréciation, autrement plus intelligente que celles du clown Montebourg lui a valu les foudres de ses bons camarades de parti, dont Cambadélis, le voleur de diplômes (« c’est le triste spectacle de la surenchère » et de Valls qui l’incite à quitter le PS. Le lendemain, c’est le maître d’école Bartolone, qui veut prétendument mettre de l’ordre dans la cour de récré mais qui en rajoute une louche à l’adresse du Premier ministre lequel  propose que le PS change de nom : «  c’est une faute politique » Que d’amour et de camaraderie au sein  des cercles dirigeants de ce parti ! Un parti  secoué par les scandales de toute sorte et désemparé face à la lutte de classes qui voit toutes les couches exploitées et opprimées de ce pays refuser de plus en plus violemment l’austérité imposée par ceux qui gouvernent au compte des patrons ( «  j’aime l’entreprise » n’est-il pas l’acte de foi de Valls ? )

Ces gentillesses et amabilités se prolongent y compris dans le « couple » présidentiel Hollande-Valls. Ainsi, lors de la remise à Valls de la médaille de la Grand Croix de l’Ordre national du Mérite (quel mérite d’ailleurs ?), Hollande n’a pas pu s’empêcher de  tacler son Premier ministre qui ne cache pas son admiration pour Clémenceau et son long parcours politique : «  Il n’est pas devenu Président de la République mais on peut réussir son existence sans être Président de la République » manière de dire  à Valls : « reste à ta place et les vaches seront bien gardées »… Décoré et humilié le même jour, ça a dû lui faire plaisir. Quelle fraternité entre eux, on en serait émus si on avait le temps.

Ce gouvernement a grand besoin de renforts car à l’intérieur, c’est chacun pour soi et chaque jour, la liste des défections risque de s’allonger dans ce sauve-qui-peut, cette débandade. Du renfort, Hollande en a reçu tout dernièrement grâce au tout frais Prix Nobel  d’économie, le Français Tirole qui a immédiatement proposé ses bons offices à Hollande.
Quel grand économiste ce  Tirole, quel visionnaire ! Que propose-t-il pour le redressement de la France ?
«  La France a beaucoup de handicaps sur le marché du travail. Il  faudrait créer un contrat de travail unique ; en France, le problème est qu’on privilégie l’emploi plus que les salariés » Et de dénoncer une protection excessive des CDI qui se traduit par une précarisation de tous les autres contrats. En clair, il faut en finir avec les CDI…
Dans la foulée, il préconise la fin de « cotisations patronales », accusées d’alourdir le coût du travail. Gattaz ne cesse de le revendiquer chaque jour, ils devraient partager le prix Nobel.
Sur la décentralisation en cours, il est d’accord : «  Tout le monde sait qu’il y a trop de communes et qu’on n’a pas besoin des départements » Les 36 000 maires et leurs concitoyens apprécieront ces idées «  neuves » qui remontent à …Pasqua.
Casse du Code du travail, désengagement de l’Etat,  fin des cotisations patronales (en réalité, rappelons-le part différée du salaire) que voilà un grand économiste qui a l’immense avantage de travailler pour les désirs patronaux. On comprend qu’il ait été récompensé, le brave homme.
Mais ce renfort pour Hollande ne pèse pas grand-chose face à la lutte de classes qui  frappe à la porte et qui va accentuer, aggraver la crise de ce régime en décomposition.


Pedro Carrasquedo
23 octobre 2014

Modifié le jeudi 23 octobre 2014
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