Qui met la CGT et FO dans de beaux draps ? A qui profitent les compromissions permanentes des dirigeants FO et CGT ?

Publié le mercredi 31 octobre 2018
La Lettre de La Commune, nouvelle série, n° 71 – mercredi 31 octobre 2018

Il est des pronostics que l’on espère être démenti par les faits. Exemple, nous pensons qu’au train où vont les choses, la CFDT et l’UNSA vont être les grands gagnants des prochaines élections professionnelles. Si tel est le cas, les hauts dignitaires de la CGT et FO trouveront un coupable sur mesure en la personne morale des salariés eux-mêmes et dans la lourdeur du terrain. Il n’est pas encore trop tard pour empêcher que se réalise ce mauvais présage. La comédie hystérique de Mélenchon a aussi permis d’éclipser l’expulsion de Pavageau de son siège de secrétaire général de FO. Or, il s’agit d’un fait marquant de la crise qui secoue la bureaucratie qui encadre FO, dont le prétexte n’est pas la cause. Les méthodes employées par ses détracteurs au sein de cette centrale ( fuites dans la presse d’un document interne) ne sont pas plus « jolies, jolies » que celles de Pavageau, soi-même, que nous ne considérons pas non plus comme une « victime ». Tout ceci est d’autant plus dérisoire que la presse se délecte du rôle joué par des trotskystes présumés, les uns contre Pavageau, les autres qui se targuent d’être « les vrais trotskystes » en défense de ce coyote. Et les syndiqués, les salariés, dans tout ça ?

Qui met la CGT et FO dans de beaux draps ? A qui profitent les compromissions permanentes des dirigeants FO et CGT ?

Il y a quelques semaines, au nom de FO, Pavageau semblait renouer avec une certaine intransigeance syndicale, mais « au commencement était le verbe », selon le tryptique « « Résister, revendiquer, reconquérir ».

Dans sa traduction en actes, ce verbe haut se concrétisait par la poursuite de la concertation avec le pouvoir sur tous les registres : retraites- assurance chômage – fonction publique- remplacement du statut des cheminots par une convention collective du Privé. Rien que cela !

Ni hésitation, ni illusions !

Evidemment, ce changement de ton ou de style, tranchant avec le ton de Mailly (mais aussi avec celui de Martinez !), ne nous était pas indifférent, il reflétait les contradictions au sein d’une bureaucratie syndicale qui voit le sol se dérober sous ses pieds à force de compromissions traîtresses. Les trotskystes-français 1 de FO n’étant rien d’autre que les mouches du coche et porteurs de valise dans les intrigues qui secouent la bureaucratie de FO. Il ne nous appartient pas de démêler ici ce sac de nœuds dans un nid de vipères. Cela étant dit, nous n’avons aucune raison de « défendre Pavageau », ce que nous aurions fait si Pavageau avait commencé à joindre l’acte à la parole, à résister vraiment, à revendiquer vraiment, en claquant la porte des réunions de préparation de la loi qui portera liquidation de tous les régimes de retraite. Nous l’aurions alors, défendu « inconditionnellement ». Mais, hélas, tel n’est pas le cas : ceux qui le défendent couvrent d’illusions sa politique de Concertation avec le Pouvoir contre nos droits fondamentaux.

La CGT ne doit pas pourrir par la tête !

Nous le savons, les choses ne se présentent pas sous de meilleures auspices à la tête de la CGT. Là aussi, de nombreux syndiqués, militants se sentent pris sous les projecteurs d’un langage double : dans les manifestations, les sonos hurlent « on lâche rien », dans les salons, on transige sur tout, dans le dos des gens. Tout d’abord, on lâche les revendications pour les « propositions », ces dernières ayant un caractère politique (au sens politicien) qui rabougrit le syndicat et, par ricochet, font les choux gras des centrales « réformatrices » telles la CFDT et l’UNSA. C’est ainsi que les cheminotes et les cheminots ont subi pendant trois mois une intersyndicale de sommet qui a imposé, au nom de l’unité, ses modalités, et transformé les assemblées générales en chambre d’échos des tractations entre cette intersyndicale d’en haut et le Pouvoir, cette intersyndicale se dressant contre l’exigence de retrait du projet de réforme liquidant le statut des cheminots et du retour au monopole public des chemins de fer français, en rupture avec la concurrence dite « européenne ». Pis encore, ils ont promu la convention collective qui fera la peau du statut. Pis encore, en 2014, les dirigeants de la CGT-Cheminots avaient participé à la rédaction de la réforme permettant l’embauche au régime sec de la convention collective en cours de négociation. Une convention collective dont le principe avait été vanté par les animateurs nationaux de SUD-Rail.

Politique du chien crevé au fil de l’eau …

Dans les hôpitaux , les dirigeants des fédérations FO et CGT appliquent depuis quatre ans la politique du chien crevé au fil de l’eau face aux nombreuses grèves qui éclatent dans les hôpitaux. Syndicalistes, grévistes, patients assistent au spectacle de fédérations qui ne fédèrent rien, qui ne construisent pas la grève générale des hôpitaux ou l’appel à la population pour une manifestation nationale de défense des hôpitaux, faisant à nouveau le lit de « coordinations » auto-proclamées, (comme cela s’était produit lors des grèves des infirmières-infirmiers à la fin des années 1980. Les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets.)

Dans la fonction publique , c’est la rivalité entre les différentes fédés ou unions syndicales, pour assister à toutes les réunions « action publique 2022 » conçues pour liquider la fonction publique, le statut des fonctionnaires et supprimer des dizaines de milliers d’emploi au détriment de toute la population. A qui profiterait l’émergence d’un syndicalisme de «conseillers en gestion des ressources humaines », de « partenariat » avec l’employeur ? Sur ce terrain-là, nul doute que la CFDT et l’UNSA seraient les meilleurs, (quitte à récupérer certaines « propositions constructives » estampillées CGT.)

« Renouer avec le syndicalisme de combat, de lutte de classe » (Pedro Carrasquedo – octobre 2015)

Conclusion immédiate : Dans le dernier Editorial qu’il livra le 2 octobre, trois semaines avant sa mort, notre camaradePedro Carrasquedo (1951-2015) 2 , fondateur de notre Courant et aussi, membre du bureau national de la CGT-Culture, écrivait :

« Il n’y a pas d’autre chemin que de dire la vérité aux salariés et de renouer avec un syndicalisme de combat, de lutte de classe. Il est temps, plus que temps . » 3

Ces lignes brèves et incisives sont brûlantes d’actualité, trois ans après. Le syndicalisme fédéré et confédéré, réellement libre, ne dépendant que des salariés, des syndiqués et militants, peut et doit être défendu, corps et âmes, becs et ongles, il peut et doit être le syndicalisme de la protection de toutes et tous, chacune et chacun, le syndicalisme du refus, le syndicalisme qui ne transige pas sur les droits fondamentaux. Cela passe, qu’on le veuille ou non, par un combat antibureaucratique permanent, contre les clans qui confisquent, rabaissent, dénaturent…LA VIE OUVRIERE, mode de vie naturel des syndicats, fondée sur un pacte de solidarité entre toutes, tous. Il est encore temps, il est grand temps ! Groupons-nous !

Nous y reviendrons très prochainement.



31 octobre 2018


1 Notre courant La Commune –pour un parti des travailleurs est animé par des militantes et militants qui se considèrent comme trotskystes, c’est-à-dire, avant tout: anticapitalistes ouvriers, antibureaucratiques, internationalistes . Nous sommes distincts et séparés de ce qu’est devenu le mouvement trotskyste en France, en particulier ses composantes dites « lambertiste », que nous surnommons « trotskyste-français ». Nous sommes liés au trotskysme latino-américain. Notre courant n’est pas « réservé » aux seules personnes qui se revendiquent comme trotskystes. Libertaires, syndicalistes, sans-parti, communistes, anarchistes qui le souhaitent y ont toute leur place vers un parti de femmes et d’hommes libre, associés librement dans la lutte contre l’oppression et l’exploitation.

2 http://www.lacommune.org/Parti-des-travailleurs/La-commune/Les-notres/Pedro-Carrasquedo-1951-2015...

3 http://www.lacommune.org/Parti-des-travailleurs/La-commune/Editoriaux/...


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