Pour en finir avec Macron !

La Lettre de La Commune, nouvelle série, n° 124 - Jeudi 30 janvier 2020

Après 56 jours d’un conflit historique, c’est peu dire que Macron et sa politique sont rejetés par une grande majorité de la population. Les enquêtes d’opinion sont sans appel : 72 % jugent Macron autoritaire ; 70 % le considèrent arrogant ; 64 % le jugent inquiétant ; et 69 % pensent qu’il ne sera pas réélu s’il se représente en 2022. Enfin, concernant son projet de casse des retraites par répartition, 61 % demandent le retrait de la « réforme ». La rupture est totale !

Pour en finir avec Macron !

A marche forcée, Macron veut imposer sa réforme, coûte que coûte, et quand bien même il doive tordre le bras aux institutions qu’il est censé représenter. Le dernier exemple en date réside dans les avis rendus par la plus haute juridiction administrative du pays, le Conseil d’État.

En effet, le Conseil d’État estime ne pas avoir pu « mener sa mission avec la sérénité et les délais de réflexion nécessaires pour garantir au mieux la sécurité juridique de l’examen auquel il a procédé ». Saisi le 3 janvier, le Conseil d’État n’a eu que trois semaines pour rendre son avis sur deux projets de lois qui ont été modifiés à six reprises durant la même période. Une « situation d’autant plus regrettable » que c’est une réforme « inédite depuis 1945 et destinée à transformer pour les décennies à venir (…) l’une des composantes majeures du contrat social ». Et le Conseil d’État de critiquer le recours à 29 ordonnances, y compris « pour la définition d’éléments structurant du nouveau système de retraite », faisant « perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme et, partant, de sa constitutionnalité et de sa conventionnalité ». C’est un camouflet pour Macron et son gouvernement, un de plus.

Ainsi, sans base sociale et politique sérieuse pour l’appuyer, d’où Emmanuel Macron tire-t-il donc sa force pour penser pouvoir imposer son projet ? En grande partie, sinon exclusivement, de l’attitude des directions syndicales et politiques qui refusent d’engager un combat frontal, sur le terrain de la lutte des classes, par la grève générale.

Car plutôt que d’appeler à la grève générale, les directions syndicales confédérales s’évertuent à saucissonner la mobilisation, alternant depuis 7 semaines les « journées nationales de grève », les « journées décentralisées », et les « journées d’actions ». Au mot d’ordre de grève générale se substitue celui des « blocages » et des « actions coup de poings » qui ne servent qu’à faire diversion, à épuiser les grévistes, quitte à les mettre en danger. D’ailleurs, des dizaines d’entre elles/eux sont d’ores et déjà menacé.e.s de sanctions disciplinaires et de licenciements notamment dans l’enseignement, à EDF ou à la RATP. Bien sûr, cette tactique fait objectivement le jeu du gouvernement qui n’a plus qu’à attendre patiemment l’épuisement des travailleu.ses.rs pour appliquer sa réforme.

Alors pourquoi les directions syndicales confédérales persistent-elles dans une voie sans autre issue que la défaite ? Tout simplement, parce que toutes sont favorables à la réforme.

D’un côté la CFDT et l’UNSA qui, acquises à la réforme, ont prétexté la « victoire » de l’abandon de l’âge pivot pour couper court à la mobilisation. De l’autre, la CGT, FO, FSU et SUD qui demandent le retrait de la réforme mais qui participent à toutes les négociations depuis deux ans ! Et ce sera encore le cas pour la « conférence de financement » prévue le 30 janvier prochain à laquelle tous ces « accompagnants » vont participer même si Martinez pour la CGT dénonce des « sujets interdits » comme les augmentations de salaires. Mais le vin est tiré et Martinez le boira jusqu’à la lie.

Pendant ce temps-là, PS, PCF et EELV signent une «plateforme commune » et proposent une « réforme progressiste » des retraites. Progressiste ? Qu’on en juge : le refus d’un système de retraites par points n’y figure pas, tout comme sont absentes les questions portant sur l’âge de départ, la durée de cotisation ou encore la période prise en compte pour déterminer le montant des pensions. Pas un mot sur la révision de la loi Hollande-Touraine de 2014 qui a porté à 43 ans la durée de cotisation, mais une réflexion portant sur « des ressources nouvelles en élargissant l’assiette de financement aux revenus du capital ». Contrairement à ce qu’exige la construction du « tous ensemble », le PCF demande l’organisation d’un référendum (rejoignant le RN de Marine Le Pen) pendant que la LFI de Mélenchon, qui n’est pas signataire de la « plateforme commune », propose de son côté le dépôt d’une motion de censure devant l’Assemblée. Tous ceux-là sont armés de couteaux sans lame, Macron n’a absolument rien à craindre d’eux.

Une fois pour toutes, les directions syndicales et politiques du mouvement ouvrier sont l’obstacle majeur à la volonté des travailleu.ses.rs de se battre tous ensemble et au même moment contre la politique de ce gouvernement. « Chaque grève contient en germe tous les éléments de la guerre civile » écrivait Trotsky. Et un an après le surgissement du mouvement en Gilets Jaunes, la contradiction entre la détermination des salarié.e.s à mettre un terme à la casse des retraites et la méthode d'action proposée par les appareils syndicaux, méthode inspirée par leur complaisance avec les « réformes », est une évidence pour toutes et tous.

« Les masses ouvrières sont en train de créer, par leur action directe, une situation révolutionnaire », écrivait Trotsky en juin 1936. Cela y ressemble, non ?




Le 28 janvier 2020

Modifié le jeudi 30 janvier 2020
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