« UNE AFFAIRE D’ÉTAT »

Publié le dimanche 04 août 2019
La Lettre de La Commune, nouvelle série, n° 112 - Dimanche 4 août 2019

D’abord, il y a la stupeur, le choc, la tristesse. Le Premier ministre y coupe court, sèchement et lâchement.. L’avocate de la famille de Steve se demande alors pourquoi ce chef du gouvernement intervient en lieu et place du ministre de l’Intérieur. Maître de Oliveira a raison, la disparition de Steve est devenue « une affaire d’État ». Premier essai d’analyse.

« UNE AFFAIRE D’ÉTAT »
(photo : afp.com - JEAN-FRANCOIS MONIER)

Il aura donc fallu plus d’un mois avant qu’un procureur mette un sonar à disposition des enquêteurs. Une autopsie pourrait-elle déterminer, après tout ce temps, si oui ou non Steve a d’abord été violenté ou atteint par un LBD ?

Nous savons seulement que la BAC a usé de LBD, de grenades, de matraques contre de simples participants à une fête de la musique. En riposte à la charge inouïe des policiers, des participants ont jeté des projectiles sur ces forces de l’ordre. Ils se sont défendus pour échapper aux coups.

Comment Mélenchon se disqualifie

Monsieur Mélenchon sait mieux que tout le monde quelle sera la suite des événements. « Braves gens, tenez-le-vous pour dit. Il n’y aura pas de justice rendue »1.

Pourtant, une information judiciaire pour homicide involontaire a été ouverte dès que le corps de Steve Maia Caniço a été retrouvé. Voilà qui appelle vigilance, mobilisation pour que cette information judiciaire débouche rapidement sur une mise en examen des dirigeants de cette opération de basse police. Quant à Mélenchon, qu’il aille donc se faire voir ! Celui qui joue « perdant » avant la bataille se disqualifie.

Répression nerveuse

Dans le même temps, nous n’oublions pas le contexte d’ensemble dans lequel un jeune homme paisible a pu disparaître.

L’attitude du pouvoir depuis l’irruption d’un premier mouvement spontané des masses en gilet jaune a créé un véritable chaos policier dans ce pays. Le solde de ce chaos, c’est la recrudescence des suicides de policiers du rang à qui il a été intimé d’exécuter des ordres contraires à leur règlement, c’est la radicalisation à l’extrême-droite d’un certain nombre d’entre eux qui se défoulent dans la répression nerveuse.

Comment le pouvoir veut impressionner la justice

En décorant les hauts-gradés de la Police les plus violents et dégradants, voire criminels en puissance, Castaner ne les incite-t-il pas à redoubler d’exactions ? Parmi eux, le commandant de la charge qui a coûté la vie à Steve Maia Caniço, le commandant de la violence qui a coûté la vie à Zineb Redouane, le commandant des frappes qui ont grièvement blessé Geneviève Legay, le commandant de l’intervention immonde dans un fast–food .

Comprenons-nous bien, ces décorations sont des « gilets-pare balle » destinés à vue d’empêcher une information judiciaire contre ces gredins, elles attestent de la pression que le pouvoir met sur l’institution judiciaire.

Dans les circonstances présentes, tout jugement condamnant des officiers de police pour « coups et blessures volontaires » ou « homicide involontaire » résonnerait comme une condamnation implicite de Macron-Philippe- Castaner. Si, comme nous l’espérons, l’information judiciaire pour « homicide involontaire » engagée après la découverte du corps de Steve Maia Caniço se réalise correctement, le commandant décoré de Nantes sera entendu et mis en examen.

Comment l’IGPN s’est ridiculisée

Quant à l’IGPN, police des polices qui se veut à la fois juge et partie, son enquête est ridiculisée dès maintenant. L’IGPN, outrepassant ses compétences (enquêter sur les policiers) s’en est prise à la Mairie de Nantes. Très mauvaise pioche !

Le secteur où les policiers sont intervenus cette nuit noire du 21 au 22 juin appartient au port autonome et à l’État, pas à la Ville de Nantes !

De plus, nous avons appris qu’en 2017, au même endroit, les forces de police avaient décidé de ne pas intervenir contre la fête de la musique, du fait des dangers encourus. 2

« Toute la lumière, toute la vérité » E. Benbassa

Dans la balance de la justice, le poids de l’opinion publique et de Nantes révoltée peut devenir déterminant et déboucher sur toute la vérité et sur le châtiment des coupables.

La responsabilité de ces dirigeants des syndicats qui, pour l’instant, gardent un incompréhensible silence et n’appellent pas à la manifestation de ce samedi est considérable. S’il perdurait, ce serait une honte ! Ce serait un permis de réprimer encore et encore accordé à ce gouvernement en décomposition.

Nous faisons nôtre la position prise par la sénatrice écologiste Esther Benbassa :

« Nous voulons toute la lumière, toute la vérité. Pas de #justice, pas de paix. Et d’oubli, jamais ! »3



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Dernière minute :
qui sème les interdictions arbitraires
récolte les barricades

Deux rassemblements ont eu lieu à Nantes. Le matin, en hommage à Steve Maia Caniço, l’après-midi, en riposte aux violences policières du pouvoir.

La manifestation de ce samedi après-midi a été purement et simplement interdite par les autorités.

Des manifestants potentiels ont été interpellés dès le matin, de façon dite « préventive ».

Bravant cet interdit, au moins deux milles personnes ont décidé de manifester en centre-ville de Nantes. Face à des CRS, prêts à en découdre, des barricades se sont élevées.

Des dizaines de manifestantes et manifestants ont été blessées.

Plus que jamais, la seule mesure d’ordre est : AMNISTIE – JUSTICE – LIBERTE.

Pour les parents et amis de Steve Maia Caniço, JUSTICE – VERITE


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Dimanche 4 août 2019



1 https://www.facebook.com/JLMelenchon/posts/10157537059693750?__tn__=K-R

2 https://www.lexpress.fr/actualite/societe/intervention-policiere-a-nantes-les-dangers-encourus-par-les-fetards-etaient-connus_2092119.html?fbclid=IwAR0cuCWJzFz3dwTF5FUMf83CCMgW33Sm8yaZQx5k49bQMVR2mRvQg9cycsk#XTW3btRXRR4wSR9A.01

3 https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1155947164431818752


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