Sous la conférence, la pestilence

La Lettre de La Commune, nouvelle série, n° 98 – Lundi 29 avril 2019

Qui a pu regarder jusqu’au bout le spectacle de Petit guignol livré par Macron, ce jeudi 25 avril ? Beaucoup seront déçus par la déférence des journalistes présents qui ne posent aucune question brûlante, à propos de la répression déchaînée, des entraves aux libertés, de la pauvreté galopante, de la nouvelle chute du Tyranneau dans les sondages, des manifestants mutilés, des ventes d’armes contre le Yémen. Macron, en fait, s’adressait à sa Cour des miracles …sans miracles. Voilà, pour cette Conférence de Stress, où on sera surpris…du manque de surprise.

Sous la conférence, la pestilence
(photo : http://www.courrier-picard.fr)
Contenu

Une diarrhée verbale

Les anti-solutions

La dictature territoriale

Bluff, Fadaises et Mensonges

Le Pari pascal

Macron avec Macron

« Qu’on tire les verrous …, qu’on ouvre les geôles »

Une diarrhée verbale

Tantôt insipide, tantôt piteux, toujours sans style, le Pestilent de la République semble parfois en proie à une diarrhée verbale. Il se répète, puis se reprend, multiplie les annonces dans tous les sens. Il se retient. La presse attend un propos croustillant à se mettre sous la dent. Il tourne et vire dans son propre cercle vicieux, s’enorgueillit de ses résultats dans son domaine de prédilection : les réformes. D’autres que nous, tel Joffrin de Libé, l’ont noté : il chasse sur les terres « identitaires », égrenant « l’art d’être français », vantant au détour d’une phrase son impopularité, comme si elle était un indice de pureté, de qualité fine.

Ah, il ne manque pas d’aplomb devant des journalistes qui éviteront de poser les questions qui le brûle. Ils pourront commenter ensuite : Macron change mais il ne change pas. Comme le clament ses émules, il a « réaffirmé les fondamentaux ». N’est-il pas là pour rassurer sa Cour, lui insuffler l’idée qu’elle tiendra jusqu’en 2022.

Pauvres journalistes dévalués : aucun ne demandera des comptes à propos de sa tête de liste « européenne », silence de presse sur les violences policières de l’État, sur les poursuites et l’atteinte à la liberté de circulation et d’information d’un journaliste indépendant. Consigne leur a été donnée de ne pas faire de vague, de laisser encore une chance à Mac-Macron puisque les conférences de presse ne sont pas sa tasse de thé.

Résultat : un non-événement. Et, pour Macron, une conférence de stress plus ou moins dominé.

Les anti-solutions

Au bout du compte, Macron s’avère incapable de prendre une initiative à même de juguler la crise du régime : élections anticipées, référendum. Pas cap’ !

Votre serviteur » ainsi qu’il se présente devant sa Cour, brandit sa Réforme fatale de l’État sur un ton qui se veut détaché, tout en bredouillant, en faisant miroiter les mêmes promesses de croissance, de mieux-être auxquelles il ne croit pas un instant, mais c’est l’intention qui prime, n’est-ce pas ?

Qu’un problème se présente à lui, comme par exemple, la situation dramatique des chômeurs, il a toujours une ANTI-SOLUTION à faire reluire. Idem pour la disparition des services publics « de proximité ». Ce type est gravement retors.

La dictature territoriale

En fait, tout doit entrer dans le moule des EURO-REGIONS. Pour ce faire, le principe de la Republique une et indivisible, issu de la grande révolution française, est désormais une entrave, une FORME DE L’ÉTAT incompatible avec la dite « Construction européenne », avec le Régime des « réformes ».

L’heure est à la République des territoires ; des territoires chargés d’administrer les choses…sous la houlette des préfets, lesquels préfets deviendront alors des gouverneurs pour ne pas dire des gauleiters. Les administrations centrales disparaîtront, et, chemin faisant, l’École nationale d’administration. Mais, comme disait l’autre, c’est quand on devient sourd qu’on se souvient qu’on avait des oreilles. Il faut remplacer les haut-fonctionnaires par des serviteurs dociles, à la botte, limogeables à tout moment.

Bluff, Fadaises et Mensonges

Nous en parlons car ce processus de liquidation des fondamentaux de la révolution de 1789-93 est déjà, hélas, bien avancé. Le reste, n’en parlons même pas. Macron qui dégage en touche en annonçant des décisions qui s’appliqueront au plus tôt en 2020, sans savoir ce qu’il pourra faire. BFM – Bluff, F adaises et Mensonges - fait le service après-vente du Pestilent en clamant : « Gilets jaunes: la mobilisation marque le pas dans la rue …» 1 ; Ils n’ont qu’à reprendre ce qu’ils avaient martelé pendant les vacances de Noël et de Février et l’appliquer aux vacances de Pâques… En outre, la pirouette de Macron contre le Vote blanc est un aveu car Macron exprime aussitôt la crainte que « Blanc » devienne majoritaire.

Le Pari pascal

En évitant de prendre une décision à même de calmer pour quelques temps la crise politique, au gré d’un référendum ou d’élections anticipées, Macron fait un pari, il parie qu’il tiendra. Nous parions, quant à nous, le contraire. Plus il s’accrochera, plus la crise politique rebondira de façon toujours plus cinglante, jusqu’à atteindre l’os, c’est-à-dire l’ossature de l’État. Le « dégagisme » n’épargne aucun gouvernement oligarchique. Confère, cette semaine, l’Ukraine où le chef de l’État Porotchenko s’est effondré aux élections face à un humoriste, tandis qu’en Algérie, la révolution s’approfondit jusqu’à ce qu’il ne reste aucun des ressortissant du régime. Même chose au Soudan où les femmes prennent la tête de la révolution.

Macron avec Macron

Par contraste avec la vraie vie, il est touchant de voir cet homme se déguiser en affable paroissien. Il a des torts, il en convient mais de là à faire la mauvaise tête, comme l’Adrien de Prévert …Il est surtout son propre avocat vis-à-vis de ses proches qui lui reprochent le ton sur lequel il parle de la population. La contrition est comprise dans le prix de la plaidoirie…

Il est apitoyant de le voir se dresser en parangon de vertu face à la haine qui frappe ses ministres, ses députés et lui-même. N’ont-ils donc point vécu que pour cette infamie, ces corneilles à tête de chacal. M ac - Macron leur promet d’interdire la haine. La haine à leur endroit, Macron et ses séides ne l’ont pas « récoltée », ils l’ont appelée, suscitée et s’en sont rebectés. Comme Cahuzac en son temps, ils mentent effrontément, « droit dans les yeux » et tirent fierté du courage de mentir comme du courage d’être lâche devant les faits, de ne pas assumer leurs actes. On ne saura leur reprocher de se couvrir la figure de cendres, ont-ils seulement une figure ? Les haïr, c’est leur rendre l’hommage de la Vertu au Vice. Nous avons mieux à faire. Comme chantait le québécois Robert Charlebois : « blâme pas le gouvernement, mais débarrasse toi en ».

« Qu’on tire les verrous …, qu’on ouvre les geôles »

Les opposants de sa majesté, les souverains pontifes de nos syndicats, se contenteront de blâmer le pouvoir en place, de brocarder telle ou telle mesure ou de geindre mais, à défaut d’en appeler à sa destitution, ils pouvaient organiser la riposte contre l’atteinte aux droits démocratiques et contre l’insupportable et suffocante répression, en appeler à la libération de tous les emprisonnés, à l’amnistie générale ; ce que tout démocrate ferait.

Ah, ils aiment tous citer Victor Hugo. Rappelons à leur attention ce qu’Hugo déclamait face à « Napoléon le Petit » :

« Qu’on le sache donc, et qu’on se hâte, et, du moins, qu’on brise les chaînes, qu’on tire les verrous, qu’on vide les pontons, qu’on ouvre les geôles … » 2

Ce qu’il reste d’aplomb à Macron, il le doit à ces appareils bureaucratiques là. Ces appareils risquent d’être emportés par la vague ouvrière et populaire, à force de se cramponner à la Macronie comme à un récif.

A suivre …




Lundi 29 avril 2019



1 https://www.bfmtv.com/societe/gilets-jaunes-les-manifestantsdans-la-rue-apres-les-annonces-de-macron-et-...

2 Victor Hugo – Napoléon le Petit- Acte Sud éditeur. 2007 – page 53.

Modifié le lundi 29 avril 2019
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