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La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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La Révolution et l’État

Publié le vendredi 06 mai 2016

Nous avons abordé au cours de trois exposés la question de l’État. Nous avons vu que la classe la plus puissante exerce une dictature qui revêt différentes formes : démocratique, bonapartiste, fasciste. De la dictature indirecte et masquée à la dictature ouverte. Les marxistes prônent la dictature du prolétariat et cette expression scandalise les tenants de « l’ordre républicain ». En 1976, le PCF a alors abandonné toute référence à ce principe dont même Léon Blum se réclamait les jours de fête.

La Révolution et l’État

De nos jours, bien des contestataires de l’ordre établi nous diront que le principe de la dictature du prolétariat est entaché par le stalinisme, de même que le marxisme. Il est en effet bien plus confortable de se débarrasser de ces références. A ce compte, il faudrait répudier la notion de république, compte tenu des crimes et des guerres commis en son nom. En réalité, quand un mot dérange, c’est que son contenu embarrasse.
La question est de savoir s’il est possible d’aller au socialisme ouvrier sans briser la machine d’État de la bourgeoisie, en « démocratisant l’État » comme le disait le PCF dans les années 70. Même Léon Blum pensait cela impossible. Aussi, il y a 80 ans, au moment de devenir chef du gouvernement, il expliqua aux militants socialistes que « l’exercice du pouvoir » était une chose et « la conquête du pouvoir » en était une autre. Il les prévenait qu’il allait exercer le pouvoir dans le cadre du capitalisme et de la IIIe République.

L’État bourgeois : un corps étranger

L’État, son appareil militaire et policier, ses institutions ont été conçues par la bourgeoisie et pour elle. C’est un corps étranger à la société tout entière. L’armée et la police sont des détachements spéciaux, fortement hiérarchisés qui ne dépendent pas de la population mais de ceux qui détiennent les moyens de production essentiels et, ce faisant, des banques. Les députés sont élus au suffrage universel mais n’ont de comptes à rendre qu’à leur chef. Jusqu’à un certain point, ils peuvent être sensibles à la pression de leurs électeurs ou des militants locaux du parti qui les a « investis », mais ils ne sont pas révocables. Le gouvernement, même s’il émane des députés dans la plus démocratique des républiques, est impuissant devant « le mur de l’argent ».

L’État Commune

Le socialisme, c’est-à-dire une économie orientée vers la satisfaction des besoins sociaux et non vers les taux de profit capitaliste, nécessite un État qui émane de la classe la plus nombreuse, la classe ouvrière. C’est la Commune de Paris qui en a trouvé la forme pratique : élections des délégués à tous les niveaux, révocables à tout instant, rétribués au salaire d’un travailleur qualifié ; suppression de l’armée permanente et son remplacement par le peuple en armes ; élection des juges, des hauts fonctionnaires ; large autonomie des communes. Cela n’a rien à voir avec la démocratie « participative » où le peuple, localement, est associé à des décisions dans un cadre préétabli. L’expérience des « budgets participatifs » au Brésil l’a montré : vous pouvez discuter de la répartition du budget préétabli et si vous voulez plus d’argent pour les hôpitaux, vous en aurez moins pour les écoles. Le système « participatif », on le voit, est terriblement pernicieux.

De l’État ouvrier à la société sans classes, ni État

Bien sûr, un tel État ouvrier naîtra, pour reprendre l’expression de Lénine comme un État bourgeois sans bourgeoisie. Dans un premier temps, il ne pourra se passer des spécialistes que lègue l’État brisé par le passage du pouvoir d’une classe sociale à une autre. Il s’appuiera sur les organes exécutifs dont se doteront les travailleurs, dans les villes, les usines, les entreprises pour prendre en main collectivement leurs affaires. Ce développement de la démocratie ouvrière en liaison avec le développement des forces productives, avec la satisfaction des besoins le portera à son apogée, c’est-à-dire au début de son dépérissement, de son extinction, dans un processus de « révolution en permanence ». En effet, tout comme les anarchistes, les marxistes sont partisans d’une société sans État et sans classes, une société où « chacun travaillera selon ses capacités » et « chacun recevra selon ses besoins ». Le débat entre anarchistes et marxistes n’est donc pas une polémique entre « socialistes anti autoritaires » et « socialistes autoritaires ».

Utopie, nous objectera-t-on. Mais qu’est-ce qu’une société qui doit entretenir (au rabais, certes) une partie de ses ressortissants « à ne rien faire » au lieu de leur donner du travail à tous ? Que vaut une société où les progrès techniques sont une force destructive d’emplois, de métiers, de qualifications au lieu de libérer du temps libre? Qu’est-ce qu’une société qui produit trop de marchandises pouvant être absorbées par « le marché » pendant que des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants meurent de faim ?

Cette société-là est une société qui crève. Il est grand temps de « changer de base ».

Daniel Petri.
24-04-2014

Source : Lénine, L’État et la révolution.
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm


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