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La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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Bonapartisme et fascisme

Publié le mercredi 13 avril 2016

Dans notre précédent exposé, nous avons parlé des différentes formes de domination étatique de la bourgeoisie et, en particulier de la république démocratique. Face au développement de la lutte ouvrière pour la satisfaction des besoins vitaux des classes laborieuses, la bourgeoisie recourt à d’autres formes de domination de type bonapartiste ou fasciste en vue de mater la population travailleuse, lorsque ses revendications  et ses acquis deviennent un fardeau insupportable pour les capitalistes et les banquiers.

Bonapartisme et fascisme

Nous avons été habitués à penser qu’il y a deux régimes possibles : la démocratie ou la dictature, la liberté ou le fascisme. L’état d’urgence nous a brutalement rappelés à la réalité. Outre que la démocratie bourgeoise même la plus large ne repose pas sur la « souveraineté populaire », s’intercalent entre la république démocratique et la dictature la plus féroce, des régimes intermédiaires où il y a toujours un Parlement mais où le Parlement n’a plus de pouvoir efficient. Ce sont les régimes bonapartistes.

Qu’est-ce que le bonapartisme ?

A sa façon, De Gaulle nous en a livré une des meilleures explications.

« ... or, si j’étais convaincu que la souveraineté appartient au peuple dès lors qu’il s’exprime directement et dans son ensemble, je n’admettais pas qu’elle pût être morcelée entre les intérêts différents représentés par les partis. Certes, ceux-ci devaient, suivant moi, contribuer à l’expression des opinions et, par suite, à l’élection des députés qui, au sein des Assemblées, délibéreraient et voteraient les lois.

Mais, pour que l’Etat soit, comme il le faut, l’instrument de l’unité française, de l’intérêt supérieur du pays, de la continuité dans l’action nationale, je tenais pour nécessaire que le Gouvernement procédât, non point du Parlement, autrement dit des partis, mais, au-dessus d’eux, d’une tête directement mandatée par l’ensemble de la nation et mise à même de vouloir, de décider et d’agir... »1

Dictature militaro-policière à peine voilée

Pour de Gaulle, le Parlement se borne à « délibérer » et à « voter les lois » dont il n’a plus l’initiative et le Gouvernement ne doit plus « procéder » du Parlement. Il doit être « au-dessus des partis ». C’est la quintessence du bonapartisme, tel que Trotsky le définissait : « Un gouvernement qui s'élève au-dessus de la nation n'est pourtant pas suspendu dans le vide. L'axe véritable du gouvernement actuel passe par la police, la bureaucratie, la clique militaire. Nous avons affaire à une dictature militaro-policière à peine voilée sous le décor du parlementarisme. Mais un gouvernement du sabre en tant qu'arbitre de la nation - c'est précisément le bonapartisme. Le sabre, en lui-même, n'a pas de programme indépendant. Il est l'instrument de « l'ordre ». On fait appel à lui pour conserver ce qui existe. S'élevant politiquement au-dessus des classes, le bonapartisme, comme son prédécesseur le césarisme, a toujours été et reste, du point de vue social, le gouvernement de la partie la plus forte et la plus solide des exploiteurs; par conséquent, le bonapartisme actuel ne peut être rien d'autre que le gouvernement du capital financier qui dirige, inspire et achète les sommets de la bureaucratie, de la police, de l'armée et de la presse . »2

Fascisme et grand capital

Les régimes bonapartistes prennent des traits plus ou moins affirmés et parfois directement dictatoriaux comme, par exemple le régime du Maréchal Pétain en 1944-1945. Pour autant, bonapartisme et fascisme ne sont pas identifiables. Andrès Nin le soulignait : « la mise en œ uvre de méthodes dictatoriales et répressives ne constitue pas l'unique trait caractéristique du fascisme. ». Le trait essentiel étant : « la répression acharnée contre le prolétariat (destruction des organisations ouvrières par des procédés "plébéiens", selon la juste expression de Trotsky, mesures d'extrême violence, allant jusqu'à la destruction physique, contre les militants ouvriers, suppression des acquis de la classe travailleuse, établissement d'un régime d'esclavage dans les usines, etc..) » ; « l'utilisation, comme base du mouvement, de la petite bourgeoisie urbaine et rurale et des éléments « déclassés » » .3

Le fascisme représente la contre-révolution la plus extrême et survient lorsqu’une situation révolutionnaire est épuisée ou conduite dans l’impasse. Il vise, selon l’expression de Trotsky, à réduire la classe ouvrière à « une poussière d’individus », à étouffer dans l’œuf toute forme d’expression ou de manifestation d’indépendance des travailleurs, et à quadriller toute la société, toutes les institutions. Le nazisme en a été l’expression la plus achevée. Pour empêcher toute révolution ouvrière victorieuse, dans des situations de tension extrême, la bourgeoisie finance alors les bandes armées du capital que sont les fascistes, lesquels fascistes usent d’une démagogie en apparence « anticapitaliste » pour se frayer un chemin dans les masses populaires.

Daniel Petri
05-04-2016

1. De Gaulle, Mémoires d’espoir. Press Pocket, 1958/1962, p. 12.

2. Léon Trotsky, Bonapartisme et fascisme : Pour une caractérisation de la situation actuelle en Europe. 15 juillet 1934.

3. Andres Nin, révolutionnaire catalan et fondateur du POUM (parti ouvrier d’unification marxiste) pendant la guerre et la révolution en Espagne. Enlevé, torturé et assassiné sur ordre de Staline.

https://www.marxists.org/francais/nin/works/1930/03/nin_19300300.htm .


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