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Septembre 1917 : La marche vers le pouvoir des soviets

Publié le jeudi 07 septembre 2017

Après les journées de mobilisation révolutionnaire des masses et de répression de juin-juillet, militaires haut gradés et Cosaques vont tenter d'écraser le mouvement révolutionnaire par une « marche » sur Petrograd. Le général Kornilov est la figure de proue de cette tentative de coup d’État, encouragé en cela par les milliardaires comme Poutilov et tous ceux qui entendent restaurer le tsarisme. Kornilov est clairement une sorte de fasciste exterminateur avant la lettre.

Septembre 1917 : La marche vers le pouvoir des sovietsAlexandre Kerenski

Le putsch échoue lamentablement dès sa première étape (28 août 1917), face à la mobilisation des masses qui contraignent le gouvernement à accepter d'être « sauvé ».

À partir de là, Kerensky et sa troisième mouture de gouvernement provisoire, qui avaient montré la plus grande complaisance à l’égard de Kornilov doivent, pour leur salut, tenir compte de l’exigence venue des quartiers ouvriers et des Soviets d’arrêter Kornilov et sa clique.

Devant la colère montante, qui fait peur à tous les conciliateurs, l'exécutif dominé par ceux-ci oppose l’idée d’un « pré-parlement » qui est débattue et rejetée dans de nombreuses instances des soviets. Partout où des délégués bolcheviks déterminés sont présents, l’idée du pré-parlement trépasse, considérée à juste titre comme une institution purement dilatoire.

Conseils ouvriers ou « préparlement » ?

De fait, la suggestion de Kerensky et consorts était de préparer via le préparlement une future Assemblée Constituante à laquelle participeraient les représentants bourgeois comme les Cadets, (exclus du gouvernement pour leur implication dans le putsch avorté), les mencheviks et Socialistes Révolutionnaire, et quelques galonnés. En clair, tous ceux que les masses venaient de chasser par la fenêtre reviendraient par la porte électorale dans des termes à définir. À cette initiative contre-révolutionnaire, les Bolcheviks opposent cette fois le mot d’ordre de « Tout le pouvoir aux Soviets », dans une situation qui n'est plus celle de juillet lorsque la prise en charge de ce mot d'ordre était plus une contrainte qu'un choix, face aux risques de répression qui se préparaient à l'ombre (et qui avait valu à Trotsky et tant d'autres d'être jetés en prison), précisément jusqu'à l'échec de Kornilov, après lequel tout maintien des Bolcheviks en détention devenait absolument impossible.

Le 1er septembre, Kornilov entre en prison, le 4, Trotsky est libéré. « Tout le pouvoir aux soviets » et « Gouvernement menchevik et SR responsables devant eux » fut un mot d'ordre temporaire, le glissement du pouvoir aux mains des Bolcheviks dans le soviet de Petrograd, acquis démocratiquement.

Tout le pouvoir aux soviets !

Durant la première quinzaine d'août de nombreux soviets locaux changèrent de majorité au profit des Bolcheviks, car les travailleurs étaient outrés par l'attitude du Comité exécutif attentif à maintenir à tout prix ses liens avec les représentants des partis bourgeois et les affidés du tsarisme. Le 1er septembre, au soviet de Petrograd, un premier vote alarma la direction menchevique du comité exécutif qui vit passer l'ombre d'un changement de majorité.

Le basculement : majorité bolchevik aux soviets

Tout bascule au comité le 9 septembre, où, au terme d'une tension terrible, alors que chaque camp évaluait ses possibles voix, le scrutin donna 519 voix pour les Bolcheviks contre 414 pour le présidium et la coalition conciliatrice; il y eut seulement 67 abstentions.

Le revirement qui se produisit alors envoya les conciliateurs au tapis. Au moment où il était question d’entrer au pré-parlement ou de le boycotter, Lénine se prononça pour le boycott, tout comme Trotsky, à l’inverse de nombreux responsables bolcheviks qui cherchaient toujours à tenir les conciliateurs par la main, oubliant à qui ceux-ci donnaient la deuxième. Les masses venaient de faire un pas en avant, un très grand pas, car l'échec de Kornilov mit en lumière l'attitude de Kerensky et autres, pour qui la question de la poursuite de la guerre était cruciale. Même la chute de Riga aux mains des troupes allemandes n'altéra pas la vision et la volonté des Bolcheviks de tout mettre en œuvre pour la prise du pouvoir, par ailleurs seule à même d'empêcher les troupes du Kaiser de poursuivre leur offensive vers Petrograd. Septembre annonce Octobre, et ce n’est pas un simple constat du calendrier.


Zdenek Zavladil,
2 septembre2017


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