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La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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La révolution trahie (1929-1933)

Publié le vendredi 14 avril 2017

« Si Staline avait pu prévoir où le mènerait la lutte contre le « trotskysme », il se fût sans doute arrêté en chemin(…) Les prédictions de ses adversaires qui lui annonçaient qu’il deviendrait l’homme de Thermidor, le fossoyeur du Parti et de la Révolution lui paraissaient des jeux d’imagination » 1 . Ainsi s’exprimait Trotsky, dix ans après la défaite de l’Opposition en URSS, au moment où la terreur stalinienne faisait rage. Après cette défaite, les apparatchiks croyaient venu le temps de la stabilisation. La situation intérieure les rappela vite à l’ordre.

La révolution trahie (1929-1933)

À partir de 1928, les paysans ne sont plus disposés à livrer leur blé à l’État, qui le leur achète à des prix bien en deçà des prix industriels. Ils tendent à le stocker ou à en faire de la vodka. Ou alors, ils empruntent les circuits privés des Nepmen 2 .

La bureaucratie se retourne contre les paysans

Aussi, après avoir accusé les trotskystes de vouloir spolier les paysans, Staline va leur déclarer une guerre de plus en plus ouverte et rompre avec la NEP, pour lui substituer un plan quinquennal de développement de l’industrie. À sa façon et avec les méthodes coercitives les plus terribles, il reprend à son compte la politique économique que prônaient les trotskystes. Certains oppositionnels s’y laissent prendre et font acte d’allégeance à Staline qui décide de battre le fer contre « la droite » du parti, incarnée par Boukharine. Le développement industriel va commencer à s’opérer au prix de la baisse des salaires et de la productivité, poussée jusqu’aux ultimes limites de l’épuisement des travailleurs. La collectivisation des terres, que l’opposition voulait opérer progressivement, va être imposée à marche forcée et au moyen de la terreur criminelle, dans des conditions catastrophiques.

La « troisième période »

À ce tournant brutal dans la politique économique, correspond une nouvelle orientation de l’Internationale qui sera celle de la « troisième période ». Schématiquement, la première période est celle de la montée révolutionnaire en Europe de 1917 à 1923. La seconde période, celle de la stabilisation. La troisième période est supposée être, à partir de 1929, celle d’une nouvelle phase révolutionnaire mondiale, bien que la réalité soit bien plus contrastée. Cette appréciation sert de base à une orientation gauchiste et aventuriste, qui tend à isoler les partis communistes d’Europe. Cette orientation va conduire le principal parti communiste d’Europe, le KPD allemand, à la faillite totale face au nazisme. Elle rebrasse une théorie esquissée en 1925, qualifiant la social-démocratie d’aile modérée du fascisme, puis de « frère jumeau du fascisme » et enfin de « social-fasciste ».

La responsabilité de Staline dans la victoire d’Hitler

Dans les faits, cette théorie s’avérera criminelle car elle interdira le front unique socialiste-communiste contre le nazisme, selon le bon vieux principe « marcher séparément (y compris, aux élections), frapper ensemble » contre les nazis. Trotsky et ses compagnons, militant pour la réalisation du front unique de combat contre les nazis, seront à leur tour taxés de « social-fascisme ». Les chefs sociaux-démocrates se satisferont bien sûr de cette division et ne cesseront de dire aux ouvriers que le régime en place et sa police sont les derniers remparts contre le nazisme ; ils feront voter Hindenburg contre Hitler aux présidentielles, puis Hindenburg appellera Hitler comme chancelier (premier ministre) pour former un gouvernement, le 30 janvier 1933. Lorsque le parti nazi, en perte de vitesse, accède légalement au gouvernement (et non « démocratiquement »), le mouvement ouvrier est paralysé par cette division criminelle. Il sera écrasé sans coup férir. Les dirigeants du KPD seront les victimes de la politique folle qu’ils ont défendu corps et âme.

Faillite de l’Internationale communiste

La tragédie du prolétariat allemand sonne le glas de l’Internationale communiste inféodée au Kremlin, elle consacre sa faillite comme organisation révolutionnaire. Comme le notera Trotsky plus tard, les aventuristes sont des opportunistes effrayés. En Allemagne du début des années 30, frappée par la grande dépression de 1929, l’alternative était, comme en octobre 1917 en Russie, « fascisme ou communisme ». Staline et son appareil se sont dérobés devant cette alternative qui aurait mis à l’ordre du jour les États unis socialistes d’Europe et relégué au second plan la bureaucratie du Kremlin, ordonnée autour de Staline et ses vastes privilèges.

Dès lors, Staline va chercher un terrain d’accord avec Hitler pour tenter d’éviter la guerre. Contrairement à la légende, ces tentatives n’attendront pas août 1939. Nous y reviendrons. À l’intérieur, la politique de collectivisation forcée, de « liquidation des koulaks comme classe », de pillage des maigres ressources des agriculteurs, provoque la famine en Ukraine, donnant lieu à la folie et au cannibalisme. À ce moment-là, les premiers goulags sont en place, pour « soutenir » l’industrialisation à marche forcée, autant que pour briser des centaines de milliers de communistes.



Daniel Petri,
30 mars 2017




1. Trotsky .04-01-1937. Œuvres. Tome 12. Page 64.

2. Couche sociale de commerçants, d’intermédiaires et d’entrepreneurs qui s’est développée à la faveur de la nouvelle politique économique (NEP).


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