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Centenaire de la Révolution de février : Quand le prolétariat écrit l'histoire

Publié le dimanche 12 mars 2017

Dans la triste époque que nous traversons, il devient  indispensable de nous réapproprier les leçons du passé  et en particulier, les enseignements de la   révolution en Russie, en 1917 dont le centenaire n’est guère célébré chez Poutine. Tout ce que contient comme leçon de choses la révolution russe revient fort à propos dans la période actuelle : une Ve République, aux portes de l'effondrement en 2017, tel le régime tsariste en fin de course en 1917.

Centenaire de la Révolution de février : Quand le prolétariat écrit l'histoireAlexander Kerenski et le prince Lvov

Le vieil empire russe avait la particularité de porter en lui un régime féodal sans exemple comparable dans l’Europe d'alors. En son sein, une bourgeoisie débile, sorte de « classe éprouvette » née avec une industrie constituée à coups d’injections de crédits des banques et trusts d’Occident, avait surgi artificiellement. Pour mémoire : les bourgeoisies anglaise, française ou allemande avaient profité des révolutions pour se substituer à la noblesse ou cohabiter avec elle, tout en détenant le pouvoir politique. Mais, pour la bourgeoisie russe, il était trop tard.

Les peuples ne veulent plus vivre comme avant

La bourgeoisie russe était incapable de s'affranchir du cadre de l'Etat tsariste. La terrible guerre impérialiste mondiale a alors créé un terreau propice à l'effondrement du maillon le plus faible des Etats belligérants, l'autocratie de Nicolas II. Nul, pas même Lénine, ne pouvait annoncer quel événement mettrait le feu aux poudres. Après trois ans de guerre, de privations, de multiplication des orphelins, des souffrances en croissance exponentielle, les peuples soumis au fouet ne veulent plus vivre comme avant et le gouvernement tsariste ne peut plus diriger comme avant.

Les femmes-travailleuses entrent en scène

A partir du 23 février (calendrier julien : 8 mars, de nos jours), des femmes travailleuses du textile, prolétaires doublement exploitées comme ouvrières et comme épouses, réclament le retour de leurs hommes, de leurs fils, de leurs frères, une reconnaissance de leurs droits et un salaire plus élevé. C'est l’exaspération et la lassitude dues aux privations et aux drames engendrés par la guerre qui les a fait descendre dans la rue et « poser l’outil », et en aucun cas un « chef d’orchestre ».

En huit jours, le régime aux abois s’effondre et le tsar abdique. Les bolcheviks vont jouer un rôle décisif parce que la chute du tsar n'était pas celle de toutes les classes ennemies et qu'ils seront les seuls à exprimer clairement leur volonté de combattre non seulement le tsarisme, la noblesse et le clergé, mais aussi la bourgeoisie.

Double pouvoir

En effet, quand le gouvernement provisoire du prince Lvov, allié au menchevik Kerenski (Mencheviks=sociaux-démocrates liés à la Deuxième Internationale) s'installe, il est déjà concurrencé par l'émergence d'un autre pouvoir : dans les grandes usines de la ceinture industrielle de Petrograd, comme Poutilov, les travailleurs élisent des délégués révocables constituant les premiers Soviets (= comités ou conseils ouvriers), rejoints par des soldats, prolétaires en uniforme. Il s'est ainsi crée un double pouvoir: le vieux pouvoir, incarné par la Douma (= parlement) et le gouvernement Kerenski, d'une part, et, les Soviets, d'autre part. Dans un premier temps, l'influence des mencheviks, qui ont dans leurs rangs des intellectuels de renom et des orateurs rompus aux joutes verbales de la Douma d’Empire, se fait sentir dans la composition des délégués des Soviets. Cependant, les députés de la défunte Douma et les membres du gouvernement provisoire se cramponnent autour de la poursuite des engagements auprès de la Triple Entente 1 pour continuer la guerre impérialiste. Le gouvernement provisoire entend bien défendre les privilèges, la grande propriété terrienne des nobles, du clergé, de la bourgeoisie « industrielle » et des trusts étrangers.

Ne pas céder sur les revendications du peuple

L'impact de la révolution de Février se répercute cependant inévitablement dans l'armée où les désertions se multiplient, avec la conscience croissante pour les soldats du rang que cette guerre n’est pas la leur. L’exemple de leurs frères d’armes refusant de tirer sur les manifestantes et retournant leurs armes contre les officiers, fait boule de neige.

Dans ces conditions, Lénine et les dirigeants bolcheviks n’ont pas cédé sur les revendications du peuple, en martelant qu’il fallait cesser la guerre et rompre avec la bourgeoisie. C’est ainsi que « Février » a été le prologue d’ « Octobre ». C’est sur cette ligne que les bolcheviks ont pu aider les masses à chasser leurs oppresseurs. C’est cette leçon que nous devons nous réapproprier pour œuvrer à la construction du grand parti de classe, aujourd'hui indispensable pour en finir avec le capitalisme et ses complices.



Zdenek Zavladil,
4 mars 2017



1. La Triple-Entente est l'alliance militaire de la France, du Royaume-Uni et de la Russie impériale.


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