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La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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La spirale de la chute

Publié le jeudi 27 avril 2017


Notes sur le premier tour des élections présidentielles

Le premier tour de « l’élection suprême » confirme à sa façon notre « diagnostic » : la Ve république est entrée dans la spirale qui conduit à son explosion. Les deux candidats « qualifiés » pour le second tour totalisent à eux deux moins de 35% des électeurs inscrits et tout juste 45% des suffrages exprimés. Les abstentions ouvrières et populaires sont massives et se conjuguent avec la poussée électorale de Mélenchon, contradictoire avec l’orientation réelle de ce dernier. Retour sur un premier tour « convulsif ».

La spirale de la chute

Premier constat : Après l’élimination successive de Sarkozy, Juppé, Hollande, Montebourg et Valls, c’est au tour de Fillon et Hamon de passer à la trappe.

Deuxième constat : le FN progresse mais, comme nous allons le voir, cette progression n’est pas une « montée » (ce que l’on nous chante depuis plus de trente ans), elle n’est pas « uniforme » et le FN n’est pas « le premier parti ouvrier de France », loin de là.

Troisième constat : les abstentions s’élèvent à plus de 22% du corps électoral, en sachant que 4 millions d’habitants ne sont pas inscrits sur les listes électorales, alors qu’à présent les jeunes de 18 ans sont inscrits automatiquement [1] . Les abstentions atteignent un record (hormis le premier tour de 2002, marqué par une véritable flambée abstentionniste)

Quatrième constat : Macron, en tête de ce premier tour, obtient péniblement 18% des inscrits, ce qui le frappera d’illégitimité démocratique s’il est élu, à la faveur de la présence au second tour de l’épouvantail « nécessaire » Le Pen.

« Crise de représentativité grave »

S’avance alors un second tour où les deux « concurrents » totalisent ensemble moins de 35% des électeurs inscrits et 45% des exprimés. Le second tour est donc directement frappé d’illégitimité démocratique la plus élémentaire. Un manifestant de la « nuit des barricades » [2] résume simplement la situation : « Tous les principaux candidats, Macron, Fillon, Le Pen, ne sont là que pour perpétuer le règne de l’oligarchie qui confisque le pouvoir et vole les richesses au peuple. Ils n’ont aucune légitimité, il y a donc une crise de représentativité grave en France » [3]

Essayons d’y regarder de plus près

Marée abstentionniste Outre-mer

Outre-mer, les résultats sont cinglants :

  • Guadeloupe et Martinique : 60% d’abstention (2012 : 38% Guadeloupe – 40% Martinique)
  • Réunion : 41% d’abstention (2012 :27%)
  • Mayotte : 56% d’abstention (2012 :48%)
  • Guyane : 65% d’abstention (2012 : 43%)

Montée abstentionniste dans les banlieues ouvrières (exemples)

  • Villeneuve Saint Georges : 2012 = 22,5% - 2017 = 27,15%
  • Valenton : 2012 = 25,89% - 2017 = 27,32%
  • Aubervilliers : 2012 = 27,53% - 2017 = 33,61%
  • Aulnay sous-bois : 2012 = 27,64% - 2017 =29,96%
  • Trappes : 2012 = 23,65%- 2017 = 29,10%
  • Les Mureaux : 2012 = 27% - 2017 = 30,41%

FN des villes, FN des champs

Marine Le Pen progresse dans ce qu’elle a appelé « La France des oubliés » (des « oubliés » qui, pour une part, vivent de leurs rentes), ce qui lui procure une base sociale essentiellement rurale. En agglomération, les choses se gâtent, comme l’indique l’échantillon ci-dessous :

  • Val de Marne : en 2012, Le Pen = 11,86%- en 2017 : 11,50% (suffrages exprimés)
  • Essonne : en 2012, Le Pen = 15,20% - en 2017 : 12,88% (suffrages exprimés)
  • Seine Saint Denis : en 2012, Le Pen = 13,55% - en 2017 : 12,58% (suffrages exprimés)
  • Rhône : en 2012, Le Pen = 15,09% - en 2017 : 16,26% (suffrages exprimés) Précision : en 2012, 18,42 %d’abstention et 21,55 % en 2017 – il n’y a donc pas de progression FN dans le Rhône
  • Marseille : en 2012, Le Pen = 21,22% - en 2017 : 23,66% (suffrages exprimés) - Précision : en 2012, 21.22 % d’abstention et 25,46 % - en 2017 – il n’y a donc pas de progression FN à Marseille
  • Lille : en 2012, Le Pen = 13.40%- en 2017 : 13.83% (suffrages exprimés)- très faible progression
  • Lyon : en 2012, Le Pen = 9.87 %- en 2017 : 8.86% (suffrages exprimés)
  • Clermont Ferrand : en 2012, Le Pen = 15 58% - en 2017 : 12.55% (suffrages exprimés)
  • Nîmes : en 2012, Le Pen = 20,61% - en 2017 : 21,56% (suffrages exprimés) Précision : en 2012, 21 ?43 % d’abstention et 25,49% en 2017 – il n’y a donc pas de progression FN à Nîmes
  • Montpellier : en 2012, Le Pen 13,66% - en 2017 : 13,32% (suffrages exprimés), le recul parait faible mais en 2012, il y’ avait 22,44% d’abstention et en 2017 : 25%

Stagnation et plus souvent baisse du FN en ville et progression dans les campagnes du fait de l’effritement de la droite dite « républicaine ». Il est indéniable qu’une partie des ouvriers et des chômeurs ou retraités pauvres dans les régions les plus sinistrées votent FN, mais cela n’a rien à voir avec le cliché médiatique intoxiqué « FN, premier parti ouvrier de France », loin de là !

Il n’est pas inutile de citer le cas de Hayange, en Moselle, où sévit une municipalité FN :

  • Le Pen 2012 =26,87% (suffrages exprimés)
  • Le Pen 2017 =33,50% (suffrages exprimés)
  • Abstention 2012 = 27,44%
  • Abstention 2017 = 30,15%

La progression existe dans cette ville mais elle est limitée. Ici, il faut préciser que Fillon obtient 9,77 % des suffrages exprimés : Sarkozy en 2012 en obtenait le double, il y a cinq ans.

Le vote Mélenchon

Mélenchon a donc bénéficié d’un vote ouvrier et jeune, arrivant solidement en tête dans toutes les banlieues. Sans conteste, son engagement pour l’abrogation de la loi El Khomri et sa posture anti- cinquième république ont aidé Mélenchon à faire un bond électoral considérable par rapport à 2012.

Mélenchon et sa « France insoumise » ont tiré profit de la dislocation et de la marginalisation du PS et de la marche à la dissolution du PCF.

La FI a également bénéficié de la faillite de l’extrême-gauche « traditionnelle » (LO et NPA n’atteignent pas en additionnant leurs scores la barre des 2% exprimés), mais aussi de l’attitude des directions syndicales lors du printemps derniers pour disloquer le mouvement vers la grève générale qui aurait pu arracher le retrait total de la loi El Khomri.

Cela étant, dans une large mesure, le vote Mélenchon est contradictoire avec l’orientation particulière de Mélenchon. Cette contradiction peut rapidement se répercuter au sein même de ce mouvement.

En faisant miroiter sa « qualification » au second tour puis sa victoire (qui n’était pas, en soi impossible, mais très hypothétique), l’enchanteur s’est fait désenchanteur et c’est avec une tête d’enterrement qu’il a accueilli ses résultats au soir du 23 avril.

Nul doute que la question de savoir quelle attitude adopter par rapport au second tour est un casse-tête pour lui et sa garde rapprochée.

A la base, de nombreux « insoumis » sont déterminés à l’abstention et chargent la FI d’un contenu contraire à la base fondatrice de ce mouvement venu se greffer sur le mouvement anti – loi El Khomri : programme bourgeois, réactionnaire et anti ouvrier, propension à vouloir étouffer tout parti issu du mouvement ouvrier ; le tout sous le couvert de la contestation globale (en partie empruntée à « nuit debout »), de l’humanisme radical et écologique et ainsi de suite.

Le naufrage de LR

Imaginez maintenant, non pas de Gaulle mis en examen mais réduit à 15% des électeurs inscrits, placé derrière le FN …

Les Républicains, issus de l’UMP qui en 2012 avait connu de terribles convulsions, est au bout du rouleau. Née en 2002 de la fusion du parti « giscardien » UDF et du parti gaulliste RPR, l’UMP a connu tensions, affaires, scandales. Le parti organique de la V ème République se meurt.

Comme s’en est plaint Copé : sa victoire en 2017 était inscrite dans le marbre. Mais tiraillé entre les désirs d’union nationale dans une grande coalition avec un PS se muant en « parti progressiste » et la volonté d’alternance et de thérapie de choc pour atomiser une bonne fois pour toute la classe ouvrière et ses syndicats, proie d’un jeu sordide d’ambitions personnelles et de solides rancœurs « entre amis », il n’a pas tenu la rampe.

Pris en écharpe entre Macron et Le Pen, le voilà défait dans tous les sens du terme. Même l’obscur Dupont Aignant a pu le siphonner.

Sous l’effet de la radicalisation à droite de sa base résiduelle, il n’est plus le « parti de la droite et du centre ». Sur ces entrefaites, l’affaire Fillon est venue précipiter les choses, montrant au passage l’absence de solidarité au sein de ce Titanic qu’est devenu LR, théâtre de toutes les foires d’empoigne.

Nous n’oublierons pas le rassemblement « filloniste » au Trocadéro … contre l’appareil de LR, avec l’appui de « sens commun ». Evidemment, beaucoup de gens s’interrogent : mais comment 7 millions d’électeurs ont-ils pu voter pour Fillon ? Le pardon aux pêchés commis par celui qui va défendre nos rentes, nos intérêts d’épargnants, notre industrie, nos voyages, nos affaires immobilières ou petit commerce de luxe, nos petits titres, notre sécurité et notre feuille d’impôt face à tous ces « fonctionnaires », « assistés », « grévistes » et nous libérera des « contraintes réglementaires », des « charges » en défendant de façon inflexible la flexibilité.

Le PS est-il mort ?

Le score de Benoît Hamon se compare avec celui de Gaston Deferre en 1969, ce dernier avait obtenu 5% des voix. Hamon en obtient 6,3% mais avec une participation nettement plus faible. Les deux scores sont donc comparables à 48 ans de distance. Cette fois, le PS est en proie à une scission qui ne dit pas son nom. Nous le savons, Hollande et Valls étaient prêts à le sacrifier. Hollande d’une façon plus « pragmatique » que Valls, dans la seule mesure où il pouvait freiner l’application des mesures qu’il se devait d’imposer, au compte de l’Union Européenne dont la France est un des piliers. Valls voulait sa destruction au compte de la pure Réaction pour faire émerger ce « parti progressiste » qui est maintenant « en marche » sous la forme d’un « mouvement » dont Macron est la figure de proue et qui va s’appliquer à laminer le PS aux législatives ; Valls en est la remorque de queue. Dans l’immédiat, le PS doit s’aligner derrière Macron sans condition et se nier davantage encore.

En marche …vers l’abîme

Selon toute vraisemblance, Macron sera le prochain chef de l’Etat. On se frotte encore les yeux. Au fond, tout le monde sait qu’il n’est pas l’homme de la situation et qu’il est une roue de secours. Ce que l’on appelait naguère un homme de paille [4] , l’homme de paille du MEDEF et de l’UE. Macron compte tout de même dans son aréopage des éminences comme Stéphane Bern, le royaliste en peluche. Autour de lui, s’agglutinent des hommes usés et déboussolés : Madelin, Hue, Cohn Bendit, Attali et, soulignons-le, le philosophe le plus bête (et méchant) du monde en la personne de BHL. Au regard de ces rescapés de tous les fiascos politiques, Le Drian passe pour un grand homme d’Etat.

Macron, c’est : 18% des inscrits ! Le choix d’une bonne partie de ses électeurs a été guidé par la peur de la venue au pouvoir de Marine Le Pen ou de François Fillon. Le titre de Libération à la veille du premier tour est, de ce point de vue, éloquent : « tout sauf …Le Pen, Fillon. »

Une partie considérable de l’électorat PS des villes a voté Macron sans états d’âme.

S’y ajoute, cette partie dite « volatile » de gens qui votaient tantôt Bayrou, tantôt EELV, tantôt Hollande a été drainée vers le « vote Macron ». Petite bourgeoisie aisée, cadres sup, entrepreneurs de startup, bénéficiaires de l’uberisation voient en lui leur protecteur.

Fruit pourri de la décomposition du PS, En Marche est, au mieux, une coterie électorale et d’affaire qui aura toutes les peines du monde à se transformer en « parti du président ». Ce qui rassure chez lui, à savoir sa fausse ingénuité qui feint de ne jamais comprendre ce qu’on lui oppose, sa placidité apparente qui lui est servie par le vide intérieur de sa pensée est ce qui devrait inquiéter le plus ceux qui le « mandatent ». Bon capitaine quand la mer est calme, il saura, moins encore que Hollande, discipliner son équipage au premier avis de tempête. Sa formation, c’est-à-dire son ignorance de la vie, lui interdit d’avance d’apprécier les rapports de force réels, dynamiques et changeants.

Vers l’union nationale ?

Chacun a compris que tout a été fait pour aboutir à un second tour opposant cet homme de paille à un épouvantail. Evidemment, l’entreprise n’est pas à « risque zéro » : si la victoire de Le Pen est hautement improbable le 7 mai prochain, sa promotion au second tour, largement due à une constante promotion médiatique du FN depuis 35 ans (dont Mitterrand fut l’initiateur lorsque le FN était un groupuscule réduit à 0,75% des voix) lui permettra de se poser en « fédératrice » de la droite désormais démembrée.

Pour l’heure, en dépit de toutes ses jongleries, Le Pen a un handicap au départ : elle porte l’empreinte indélébile des origines du FN fondé en 1973 par des anciens de la Waffen SS et du PPF ( parti populaire français) qui fut un parti collaborationniste dont les militants participèrent, entre autres horreurs, à la rafle du Vel d’Hiv. Rappelons tout de même son score réel : 16% des inscrits.

Aussitôt le résultat du premier tour connu, Hamon, Fillon et Laurent (PCF) ont appelé à voter Macron « contre l’extrême droite ». Hollande leur a rapidement emboîté le pas.

Mélenchon, visiblement, n’a pas anticipé sur ce résultat tant il a fini par croire à sa « qualification » au second tour.

Pour l'instant, Mélenchon se dérobe. Il se défausse sur un "vote en ligne" pipeau. De très nombreux Insoumis n'ont pas soutenu JLM pour le voir rentrer dans le rang. De très nombreux électeurs n'ont pas voté Mélenchon pour le voir se rabattre sur Macron, le candidat des riches et de l'UE. Beaucoup se disent : s’il est vraiment « Insoumis », qu’il dise haut et clair : pas une voix pour Le Pen ! Pas une voix pour Macron !

Loin de s’éclaircir, l’horizon du régime et de tous ses soutiens directs et indirects s’obscurcit davantage encore.

Dans les profondeurs de la société, ces élections suscitent le dégoût. Le mécanisme électoral est complètement déréglé.

Pourtant, sur le papier, tout est lisse : Macron prépare déjà les ordonnances qui lui ont été dictées.

Ces ordonnances seront dirigées directement contre les acquis fondamentaux de la population travailleuse.

Ces ordonnances prendront appui sur la loi El Khomri, cette fameuse qui a provoqué dans tout le pays un premier mouvement de rupture franche avec les capitalistes et les banquiers, en dépit des efforts déployés par les directions syndicales pour contenir cette première vague.

Cette première vague qui, à défaut d’obtenir gain de cause, a déréglé toute la machine à gouverner et à parlementer.

A ce jour, une chose est claire : Moins « l’élu » du 7 mai aura de voix, moins il sera « fort ». Ce qui l’affaiblit nous renforce tous



26-04-2017



[1] http://www.lexpress.fr/ actualite/societe/radies-des- listes-mal-inscrits-ces- francais-qui-ne-voteront-pas- malgre-eux_1900773.html

[2] Manifestation des « antifa » et certains groupes anarchistes au soir du 23 avril, violemment réprimée

[3] (cité par "Le Monde.fr avec AFP | 23.04.2017 à 21h)

[4] Un homme de paille désigne une personne qui couvre de son nom les actes ou les écrits de quelqu'un d'autre.


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