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membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
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Avant que le ciel ne leur tombe sur la tête

Publié le jeudi 11 janvier 2018
Courbe des grèves, bulle spéculative, crise sociale…

La Lettre de La Commune, nouvelle série, n° 27 – jeudi 11 janvier 2018

Selon les indicateurs officiels, la courbe des grèves s’infléchit depuis plusieurs années et l’an 2017 n’aurait pas échappé à cette tendance à la baisse. Selon les sondages, la courbe de Macron remonte. Selon les économistes, l’heure est à la « reprise ». Dans le même temps, le remplaçant pressenti de Mailly, Pascal Pavageau, indique que 360001 accords d’entreprise ont été signés en 2017, dont 90% avec la griffe FO.  Mais faut-il prendre ces données pour argent comptant ? Certainement pas !

Avant que le ciel ne leur tombe sur la tête
Contenu

La reprise, quelle reprise ?

La bulle spéculative

Macron, la bulle stérile

Pour une campagne nationale de défense des hôpitaux et de la sécurité sociale

Pour la rupture avec Macron


La longue trêve électorale décrétée par les hauts sommets syndicaux, l’explosion du nombre de salariés en CDD, les accords d’entreprise dont nous ignorons le contenu mais qui n’ont certainement rien à voir avec la satisfaction des revendications, les charrettes de licenciements ne sont évidemment pas propices aux grèves. Dans ces conditions, les grèves n’en sont que plus significatives. Il se trouve simplement que les confédérations ne les recensent plus depuis des années et qu’ainsi, elles sont maintenues dans un relatif isolement.

La peur des grèves, en revanche, est bien présente. Sinon, comment expliquer que, selon les indicateurs officiels, le « coût du travail » continue à augmenter, en dépit de toutes les mesures prises depuis cinq ans pour le faire baisser ? Comment expliquer que Macron soit tenté de reporter à plus tard la réforme des retraites ? Veut-il simplement attendre que la « reprise » produise ses effets ?

La reprise, quelle reprise ?

Le quotidien La Croix y mettait un premier bémol :

« Le commerce extérieur, qui s’était redressé au deuxième trimestre, a en revanche de nouveau pesé sur l’activité. Les importations ont ainsi fortement accéléré (+ 2,5 %) tandis que les exportations ont nettement ralenti (+ 0,7 %), notamment dans le secteur des matériels de transport. Les exportations tricolores n’augmentent pas proportionnellement à la demande extérieure. Et dans l’industrie, les Français perdent des parts de marché, signe que la compétitivité du pays n’est pas rétablie. » 2

La reprise française est évaluée à 3% du PIB 2017, contre une hausse de 4% pour les USA et l’Allemagne, de 9% pour la Chine et de 14% pour la Russie. 3 En même temps, ce qu’on appelle la bulle spéculative et singulièrement la bulle immobilière fait planer une lourde menace sur le proche avenir économique.

La bulle spéculative

Une bulle se forme lorsque le cours (c’est-à-dire le prix de négociation) d’une action, d’une obligation ou d’une créance détenue par une société, augmente et ne correspond plus à la valeur de ces « actifs financiers » là.

En peu de mots, le tristement célèbre Bernard Arnaud, PDG de LVMH, avait noté à la fin du mois d’avril dernier :

L’argent est très facile à trouver, distribué à flots par toutes les banques centrales dans le monde entier, à des taux parfois négatifs. Cela pousse d’ailleurs certains à faire des bêtises 4

Ce sont les signes avant-coureurs classiques des Krach boursiers. En janvier 2016, l’économiste Christopher Dembik confiait au Parisien :

« Quels dégâts sont à craindre ?

L'éclatement de la bulle spéculative touchera d'abord le marché immobilier. Le consommateur en ressentira donc immédiatement les conséquences. Des pays se trouvent d'ailleurs déjà en situation de bulle immobilière, notamment la Suisse et le Royaume-Uni. La France pourrait être également touchée, mais dans une moindre mesure.

Pourquoi ?

Notamment parce que nous subissons un manque d'offre de logements endémique depuis plusieurs décennies. Dans un deuxième temps, c'est toute la confiance qui s'érodera et le système qui sera mis à mal.

Doit-on néanmoins redouter une nouvelle crise, d'une ampleur égale à celle que nous avons connue en 2008 ?

De nombreux produits dérivés dangereux se trouvent encore en grande quantité sur les marchés. Alors certes, ce ne sont plus des actifs comme les désormais tristement célèbres subprimes. Mais on peut en nommer au moins deux. Vous avez d'une part la dette souveraine de certains Etats, comme la Grèce. Elle est extrêmement toxique, car ces Etats ne peuvent plus faire face à leur endettement. Mais surtout, vous avez les obligations d'entreprise à hauts rendements. Pour attirer des capitaux, des sociétés fragiles, surtout américaines, ont levé des fonds directement sur les marchés en offrant des profits importants. C'est particulièrement le cas dans le domaine du pétrole de schiste. Le hic, c'est que dès que les taux d'intérêt remonteront, la finance se détournera de ces produits. Ces mêmes entreprises ne seront plus en situation de rembourser leurs créditeurs et nous assisterons à des faillites en cascade. Le risque s'est donc déplacé depuis 2007, mais les errements financiers sont toujours là ».5

Le graphique que livrait le Dauphiné Libéré il y a quelques semaines montre la formation de cette bulle :

6

Tout indique que la « reprise » est drainée par cette « bulle » que personne ne peut maîtriser. La baisse des taux d’intérêts de l’argent s’avère également inquiétante car elle pousse tout autant « à faire des bêtises ».

La question n’est donc plus de savoir si cette bulle explosera, mais quand. Aussi lorsque la cheftaine du FMI dit que la reprise doit être propice aux réformes, cela peut aussi dire « avant le nouveau krach », avant que le ciel ne leur tombe sur la tête.

La bulle est la traduction de cette fuite en avant vers « l’argent qui fait de l’argent » sans passer par les investissements dans la production.

Macron, la bulle stérile

Les sondages s’accordent pour créditer Macron d’un regain de popularité. Rien d’extraordinaire, à dire vrai car sa cote est toujours donnée en dessous des 50%. Mais cette remontée du « premier de cordée » semble ravir les grands médias liés aux grands groupes financiers. D’un autre côté, la cote de Marine Le Pen et, sur un autre plan, Mélenchon en ont pris un coup sévère. Mais comme toujours, les sondages créent un effet d’optique. Wauquiez, le nouveau chef de la droite morte, plonge à 16%. Nous assistons en fait à une hausse de la proportion de « plutôt satisfaits » de Macron parmi les gens qui, habituellement, se fiaient à UMP-LR, Sarko et autres Fillon.

Face à Macron, Mélenchon est surtout occupé à faire la guerre aux journalistes. Avec Macron, il a donc goûté « le plaisir de la conversation ». Ensuite, son collègue Ruffin a estimé que « Macron peut être un partenaire » et Le député Quatennens vient d’expliquer que LFI voulait devenir « les premiers des proposants ». A en devenir de plus en plus inaudibles auprès de ces millions de travailleurs et de jeunes qui avaient voté pour Mélenchon et avaient ensuite espéré que ce matamore serait le glaive d’une opposition de choc, irréductible et « fédératrice ».

Face à Macron, les dirigeants du PCF convoquent un congrès de remise en question du nom et du rôle de leur parti. Après la défection de Valaud-Belkacem pressentie pour prendre la tête des restes du PS, le PS semble être en état « post-mortem », amputé de sa « gauche », après la défection d’Hamon et l’exclusion de Filoche.

Sur un autre plan, cette autre bulle qu’est le FN se dégonfle, la voix de ses députés ne perce pas. Après la scission des adeptes de Philippot, une autre guérilla interne se livre, avec Marion Maréchal- nous-voilà. Dans le même temps, les « identitaires » tentent de s’imposer et de talonner cet agglomérat composite qu’est le FN en « crise d’identité ».

Quant aux hauts-dirigeants syndicaux, ils continuent à humilier le syndicalisme en se prêtant à des pourparlers permanents avec le gouvernement autour de tous ses projets antiouvriers.

Pourtant, le mouvement qui s’est focalisé autour de Macron, LREM, connaît ses premières convulsions et dissidences. 7 Le projet de loi qui se trame contre l’immigration et les réfugiés ne fait pas consensus dans les rangs de LREM, ni la façon dont sont traités les réfugiés actuels.

L’infâme circulaire Collomb pour le « tri des migrants », le sort qui est jeté aux réfugiés et la communication de Macron et ses affidés sur la question des réfugiés suscitent des protestations de plus en plus nombreuses dans la « société civile » que Macron prétendait incarner. Nous apprenons, par exemple que : « Les migrants ne sont pas "une vague déferlante", a affirmé Jean-Jacques Eledjam, le président de la Croix-Rouge française, peu familier des prises de positions publiques, dans une tribune à L'Obs . »8

Dans la vraie vie, des grèves éclatent, dans les hôpitaux, dans le commerce sans aucun « appel d’en haut », pour les salaires et les effectifs, contre la mise en pièce des horaires de travail, les heures supplémentaires gratuites.

Dans la vraie vie, des femmes de ménages peuvent travailler sur trois ou quatre chantiers différents dans Paris à « mi-temps » dans l’espoir que cela débouche, un jour, sur un CDI, tandis que des retraités sont aux portes de la misère et de la mendicité et en quête de petits boulots, tandis que des chômeurs sont radiés ( un seul retard de réactualisation suffit désormais), tandis des salariés sont licenciés suite à un accident de travail sans reclassement, tandis que les banques se paient « sur la bête » en agios lorsqu’on ne peut « finir le mois ». Les expulsions de logement se multiplient et les services sociaux ne peuvent plus faire face. Dans ce secteur aussi se développe la « politique du chiffre », le chronométrage du temps passé avec un « assisté ».

Ce n’est encore qu’un timide aperçu de la pauvreté et des formes d’exploitation sauvage qui se développent de plus en plus vite. En agglomération, les petits commerces ferment les uns après les autres. Certains « tiennent » en faisant crédit et en fermant tard le soir. Le nombre de familles mal-logées, de logements surpeuplés enfle d’années en années, tandis que les sans-abri sont chassés de leurs derniers refuges. Les emplois –aidés non renouvelés sont remplacés par des jeunes en « service civique » pour une indemnité inférieure à 600 euros. Allons- nous en revenir aux chantiers de jeunesse inventés il y a 78 ans par Pétain ?

Sous l’apparence trompeuse de « l’embellie » qui ressemble fort à un « Fake news », nous vivons dans une atmosphère de veillée d’armes.

Pour une campagne nationale de défense des hôpitaux et de la sécurité sociale

Nous insistons encore, une campagne nationale de défense des hôpitaux et de la sécurité sociale est nécessaire, à l’heure où les hôpitaux sont sommés de devenir des machines à sous et de moins en moins des lieux d’hospitalisation, à l’heure où la sécu est directement menacée d’étatisation – privatisation :

- étatisation de prestations a minima versées sous condition, et plafonnées et

-privatisation via les mutuelles et assurances privées, complémentaires santé et autre,

Pour la rupture avec Macron

Nous insistons toujours : nos organisations syndicales ne peuvent être assujetties aux pourparlers d’une poignée de hauts dirigeants confédéraux avec Macron sur la base de ses plans destructeurs. A tout le moins, l’abrogation de la loi El Khomri et des ordonnances devrait être le préalable à toute « concertation » avec le gouvernement capitaliste des capitaines d’industrie et des spéculateurs.




11 janvier 2018




1 https://www.force-ouvriere.fr/le-syndicalisme-ne-se-resume-pas-aux-greves-affirme-pascal

2 https://www.la-croix.com/Economie/France/Le-PIB-francais-augmente-05-troisieme-trimestre-2017-10-31-1200888473

3 http://www.cgpigroup.fr/blog/classement-pib-les-pays-les-plus-riches-du-monde.html

4 https://journalduluxe.fr/bernard-arnault-emmanuel-macron/

5 http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/la-bulle-speculative-explosera-tot-ou-tard-06-01-2016-5424551.php

6 http://www.ledauphine.com/france-monde/2017/11/06/croissance-risque-de-bulle

7 http://lelab.europe1.fr/un-depute-lrem-veut-creer-un-groupe-parlementaire-dissident-de-gauche-au-sein-de-la-majorite-3541034

8 https://actu.orange.fr/france/loi-immigration-tres-remontees.......


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