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Une rébellion contre Paris

Publié le dimanche 05 février 2006
TchadDepuis plus de quinze ans, le Tchad est aux mains d'un protégé de la France : Idriss Déby. Cette ex-colonie française, devenue État indépendant en 1960, est grande comme presque trois fois la France, et seul le Sud est cultivable. Le Nord, saharien, a toujours été convoité par la Libye, qui y a équipé de petits seigneurs de la guerre, généralement d'ethnie Toubon ou Teda, qui se sont livré des luttes sanglantes dans les années 70 ou 80. Selon l'ex-ministre gaulliste Pierre Messmer, au style martial très colonial, le Tchad n'est " pas un État viable ". Le point sur une situation explosive.Que le Tchad soit ou non un " État viable ", il est un fait que la France y entretient des bases pratiquement depuis l'indépendance. l'opération " Épervier " est censée garantir le pouvoir central (la capitale est Ndjamena) contre toute incursion venue du Nord. Ce fut le cas au temps de Goukouni Ouddeï et du sinistre Hissène Habré, aujourd'hui en exil au Sénégal. Depuis vingt-cinq ans, on savait qu'il y avait, dans ce pays qui compte parmi les dix plus pauvres du monde, des réserves de pétrole, dans le sud, autour de la bourgade de Doba. Par une série de maladresses, les pétroliers français se sont fait éjecter des champs de prospection désormais dévolus aux consortiums américains et anglo-hollandais. Ce qui n'a d'ailleurs nullement empêché Mitterrand d'abord, et Chirac ensuite, de garantir le pouvoir d'Idriss Déby, qui réussit à faire prolonger ses mandats présidentiels en tripatouillant périodiquement la Constitution.

Déby, l'homme de la France, de plus en plus isolé

Mais les politiciens africains sont rattrapés par leur histoire. Déby, comme l'essentiel des cadres de l'armée et du parti présidentiel, est d'ethnie Zaghawa, un des peuples qui vivent à cheval sur le Tchad et le Soudan, dans les steppes de l'Est du pays. Autrement dit, ils vivent aussi au Darfour soudanais, et sont les victimes de la politique de Khartoum, qui envoie les cavaliers Jenjawids massacrer les opposants qui veulent que le Darfour soit vraiment aidé par le pouvoir central. Le Tchad a accueilli 250 000 réfugiés Zaghawa, Four et Massialit du Soudan, mais les régions frontalières (la province la plus délaissée) sont devenues le lieu de regroupement d'une partie des anciens collaborateurs Zaghawa de Déby, en particulier les jumeaux Erdimi, qui furent ses ministres les plus proches et qui ont engagé, à partir du Soudan voisin, et selon toute vraisemblance avec le soutien de Khartoum, une guérilla qui s'est emparée temporairement de la ville d'Adré. Déby est de plus en plus isolé. Il est lâché par son ethnie, il est haï par les Saras et les autres peuples du Sud et, pour toute réponse à la situation critique qui est la sienne, il vient de dénoncer une clause dans son contrat avec la Banque mondiale. Cette clause prévoyait que 10 % des revenus du pétrole (mis récemment en exploitation et acheminé par oléoduc via le Cameroun jusqu'à l'océan Atlantique) seraient " réservés au développement des générations futures ". La Banque mondiale, dont l'humanisme est bien connu, entendait par là se prémunir des dérapages d'un Régime de plus en plus insolvable.

Chirac se cramponne aux lambeaux d'un Empire défunt

Devant la situation de son " protégé ", la France, c'est-à-dire la Ve République et son chef, hésite. Faut-il sacrifier un cheval malade pour traverser le marigot sur une monture plus " saine " ? Faut-il laisser faire au risque de voir ses successeurs s'aboucher avec Washington ? Faut-il jouer une enième partition de la Françafrique et donner l'ordre aux paras de " rétablir l'ordre " ? Déjà évincée du marché pétrolier, la Chiraquie se cramponne aux lambeaux de ce qui fut l'Empire colonial français. Mais Déby, en utilisant les sommes ainsi siphonnées sur les royalties pétrolières, peut choisir d'acheter des armes et de se vendre au plus offrant. Et il se pourrait bien que les paiements en dollars se révèlent davantage appréciés que ceux en euros. Pendant ce temps, l'espérance de vie, pour les Tchadiens, tourne autour de 46 ans. Le peuple tchadien va peut être avoir son mot à dire. La guerre semble toutefois imminente.

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