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Révolutions et contre-révolutions au Moyen-Orient 

Publié le dimanche 01 mars 2015

Depuis le début de ce qui a été appelé « le printemps arabe », les situations les plus disparates sont en cours de transformation. Nulle part, même en Egypte, même en Syrie, les processus révolutionnaires ne sont interrompus, quelles qu’en soient les apparences. Tour d’horizon d’une situation où révolution et contre-révolution s’affrontent.

Si en Tunisie il y a une pause liée au triomphe des institutions selon les standards de la démocratie bourgeoise, en Egypte la situation est en apparence défavorable au prolétariat : aidé par les pseudos démocrates et les occidentaux, Al Sissi a instauré une dictature qui se veut de fer, ayant massacré des centaines de Frères Musulmans, condamné à mort un nombre équivalent, organisé procès sur procès contre leur leader Morsi, restauré la clique de Moubarak dans ses privilèges, renforcé la mainmise de l’armée sur un tiers de l’économie du pays.

Un prolétariat égyptien encore bien debout

Mais il n’a pu entamer, malgré des procès, la résistance du plus important prolétariat du Proche et Moyen Orient : les structures syndicales et les organisations nées de nombreuses grèves n’ont, à ce jour, pas été démantelées. Et même si la France de M. Hollande et Dassault lui a fourni une vingtaine de Rafales invendables ailleurs, en vue de son offensive par procuration en Lybie, Al Sissi est assis sur un baril de poudre : la révolution n’est pas achevée en Egypte, et tous les gouvernements du monde savent parfaitement que son pouvoir est fragile et que même la bourgeoisie égyptienne se montre prudente à son endroit. Ce qui, bien sûr, ne l’empêche pas de procéder à la persécution des leaders anti-Moubarak à la tête des manifestations sur la place Midan Al Tahrir en 2011. L’un d’eux vient d’être condamné à 5 ans de prison.

Assad, « Le moindre mal »

L’onde de choc partie du Caire et de Tunis a touché la Syrie en 2011, mais là, le peuple est le martyr quotidien d’Assad, assassin sanglant maintenu au pouvoir grâce à Poutine et à la parcimonie de l’aide occidentale à ses opposants. Et à la pluie de bombes et de barils de TNT qui tombent sur Alep, Homs ou la banlieue de Damas, s’ajoute la calamité de Daech, qui occupe un tiers du territoire syrien (presque tout le nord-est, contigu à l’Irak). Là encore, les impérialismes occidentaux se servent du légitime combat des Kurdes de Syrie comme supplétifs pour mener la lutte, une lutte qui a permis d’expulser les assaillants islamistes de Kobané assiégée depuis aout 2014. Mais aujourd’hui, certains responsables de l’Union Européenne tentent de prendre langue avec Assad qui nie ce fait et se borne à dire qu’il y a des échanges d’informations. Il n’est que de voir la récente visite de quatre parlementaires français, visite œcuménique puisque réunissant un PS, un UDI et deux UMP. Visite condamnée par tous les partis politiques mais bien suspecte tout de même : comment Hollande et Sarkozy (« une initiative de quatre gugusses ») auraient-ils été mis devant le fait accompli ? Dur à croire. Tant l’Union Européenne qu’Israël en arrivent à considérer Assad comme un « moindre mal », avec toutefois dans le cas de l’Etat sioniste, l’exigence que soit stoppée l’offensive du Hezbollah à proximité du Golan. La situation est ainsi faite : les ennemis de l’Etat sioniste ne sont pas les amis de la classe ouvrière ni au Liban, ni en Syrie, ni en Irak : le Hezbollah, si efficace dans sa guerre contre Israël en 2006, apporte son savoir-faire à Assad, sur ordre de son parrain, le régime des ayatollahs d’Iran.

Mieux vaut Daech que la révolution sociale…

Au-delà des conflits qui sont religieux en apparence, entre Sunnites et Chiites, entre l’armée de libération syrienne et le Hezbollah (qui évite, soit-dit en passant, d’affronter Daech, son pire ennemis sunnite, ce qui trahit là encore la collusion Assad-Daech), se profile l’unanimité du combat des tyrans contre ceux qui portent, de manière déformée (ALS) ou pas (Kurdes du PKK) les aspirations du peuple en Syrie et en Irak. Car l’axe Téhéran-Damas, en lutte avec les « poulains » du Qatar et de l’Arabie Saoudite, craint moins le régime de dictature de fer médiéval de Daech qu’une suite au « printemps arabe ». Et on retrouve cette opposition au Yémen, où les Houthistes (chiites) viennent de chasser le président sunnite Abd Rabbo de la capitale Sanaa, au moment même où AQPA (Al Qaïda de la péninsule arabique) s’empare du Sud-Est du pays et que la région d’Aden menace de faire sécession sous la pression des anciens détenteurs du pouvoir. Le Yémen risque de se diviser en deux comme au temps de la guerre froide.

Et à Bahreïn, la répression contre les Chiites majoritaires dans la population face à la famille régnante s’aggrave depuis 2012, et avec la bénédiction de Washington, Riad, Tel Aviv et Paris, qui verraient d’un mauvais œil le basculement de l’île dans la mouvance de l’Iran chiite.

Guerre de classes ou guerre de religions ?

Mais partout et quel que soit le régime, la présentation de cette guerre des classes sous les traits d’une guerre de religions poursuit un but bien précis : semer la confusion dans les « opinions » dans l’espoir que l’occidental moyen considère qu’il s’agit d’un « panier de crabes » à l’orientale, inextricable. Le peuple palestinien, quant à lui, continue à vivre sous l’humiliation et les discriminations que l’Etat sioniste lui inflige quotidiennement. Mais il est clair que tout élément nouveau sur un point quelconque des multiples fronts ouverts au Moyen Orient aura des incidences sur la situation en Palestine.

Pas de solution en dehors d’une perspectives assurant à chaque peuple le droit d’avoir son Etat regroupant toutes les composantes ethniques sans discriminations et à égalité. Seuls les Etats-Unis socialistes du Moyen Orient pourront en assurer la pérennité.



Mohand Kebaïli, 23/02/2015


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