L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Situation de crise

Publié le décembre 2005
Situation de crise | USA : Entrevue avec Ahmed Shawsky, de l'ISOCette entrevue a été réalisée en commun avec le Mouvement Socialiste des Travailleurs (MST) d'Argentine. Nous en publions des extraits sous notre responsabilité. l' International Socialist Organisation (ISO) est une organisation trotskyste américaine, présente dans plus de 40 villes à travers les USA, qui publie une revue mensuelle, International Socialist Review, un hebdomadaire, Socialist Worker, et un périodique en espagnol, Obrero Socialista, à destination des travailleurs latino-américains, pour la plupart mexicains, immigrés dans l'ouest et le sud-ouest des États-Unis (Californie, Texas, etc.).La Commune : Peux-tu nous tracer un panorama général de la situation aux États-Unis ?

Ahmed : Je crois que l'aspect le plus important de la situation aux États-Unis est une crise croissante, une crise politique de l'administration Bush, de l'aile droite du Parti Républicain, en parallèle avec une prise de conscience croissante parmi les millions de citoyens de ce que le gouvernement est non seulement avare, corrompu, belliciste, mais également incompétent. Il y a un an Bush a été réélu facilement et il paraissait très difficile de pouvoir faire face au programme politique que son administration mettait en action. Un an plus tard, la situation a changé, et trois facteurs particuliers l'expliquent.

Le premier, c'est la guerre qui continue en Irak : la promesse d'amener la démocratie en Irak et d'être accueilli avec beaucoup d'espoir par sa population se sont révélés des mensonges absolus. Des milliers d'Irakiens ont été assassinés et cette dernière semaine, le deux millième soldat des États-Unis a été tué. Tout ceci est un facteur d'opposition croissante à la guerre. La majorité des Américains, une grande majorité, pense que les troupes doivent être rapatriées, certains considèrent qu'elles doivent être rapatriées immédiatement et d'autres le plus rapidement possible.

Où était Bush pendant Katrina ?

Le second a pour origine l'ouragan Katrina. Le 29 août l'ouragan a frappé la côte. Où était Bush ? Il passait sa cinquième semaine de vacances au Texas. Chaque Américain a deux semaines de vacances par an et Bush en prend cinq au Texas. Il n'a pas quitté son ranch pour voir les conséquences de l'ouragan Katrina, il est resté un jour de plus en vacances et tout le monde l'a su. Condoleeza Rice était en train d'acheter des chaussures, des chaussures très chères, et on ne savait pas où se trouvait Dick Cheney. Dans la plus grande catastrophe naturelle connue par les États-Unis, où était le gouvernement ? En vacances, en train d'acheter des chaussures, et on ne savait où ... La population a été très choquée par tout cela, voir des Américains réfugiés sur le toit de leur maison, en train d'être sauvés ou de se noyer. Dès cet instant, alors que les estimations faisaient état de dix mille morts, s'est ouverte une profonde crise, qui perdure aujourd'hui. La direction de l'Agence en charge des catastrophes a fait son apparition dans les média pour dire que si les gens mouraient c'était de leur faute, parce qu'ils auraient dû abandonner la ville. Un petit aspect de la situation qui n'avait pas été pris en compte, c'est que la majorité des personnes qui n'ont pas quitté la Nouvelle Orléans n'avaient pas d'endroit où aller, ou n'avaient pas de voiture pour partir. 68 % de la population de la Nouvelle Orléans est noire, et 23 % d'entre eux n'ont pas de voiture. La majorité de la population de la Nouvelle-Orléans est pauvre et noire.

La corruption généralisée

Le troisième, c'est la corruption de l'administration Bush, tout ce qui peut faire de l'argent, elle le met dans ses poches. Tous les postes sont réservés à ses amis. Le chef de la FEMA, l'agence en charge des situations d'urgence aux États-Unis, est un ami très proche de Bush, dont la qualification repose uniquement sur son élevage de chevaux de course arabes. Un autre élément important est la corruption de certains Républicains parmi les plus connus, ceux qui ont été les plus moralistes lors de l'aventure de Clinton avec Monica Lewinski. Il y a un slogan aux États-Unis qui dit que lorsque Clinton mentait, personne ne mourait, ce qui n'est pas le cas quand Bush ment. l'un des dirigeants des Républicains fait l'objet d'une enquête pour détournement de fonds, et ce n'est pas n'importe qui, il s'agit de Dick Army, il est du Texas, c'est l'un des dirigeants de l'aile droite. Un autre élément de cette crise politique repose sur ce qu'ont fait récemment les conseillers de Cheney et de Bush, Scooter Liby et Karl Rodhe, ce dernier connu comme étant le cerveau de l'administration présidentielle. Ces deux conseillers ont rendu public le nom d'un agent de la CIA pour discréditer son épouse, qui est contre la guerre en Irak. Cela occasionne un scandale de première importance, parce que cela suggère qu'en temps de guerre, l'administration est disposée à trahir ses agents secrets. Je crois que ces trois facteurs ouvrent de nouvelles opportunités pour la gauche et pour une opposition aux États-Unis. Ceci se retrouve dans les sondages, la popularité de Bush est encore plus faible qu'avant les attentats de 2001.

Crise au Parti Républicain

La crise du Parti Républicain peut se développer de différentes façons. Il est vraisemblable que certains de ses membres parmi les plus importants fassent l'objet d'enquêtes, de procès ou soient condamnés pour corruption, pour mensonges devant la Haute Cour ou pour de multiples autres raisons. Les Républicains sont arrivés au pouvoir avec la promesse d'un gouvernement honnête et transparent, au contraire disaient-ils des Démocrates, finalement ils sont pires et plus corrompus, et cela crée un grand désordre. De plus, il existe une aile du Parti Républicain qui voudrait se défaire de l'influence religieuse de l'extrême droite, laquelle constitue la base la plus importante de Georges Bush. Ceci est une grande contradiction parce que du point de vue des catholiques, du point de vue de la classe dirigeante aux États-Unis, il est nécessaire de remettre de l'ordre dans la maison ; or, pour sauver Bush et mobiliser leur soutien, ils doivent se rapprocher encore plus de l'aile cléricale de la droite. Ceci va créer un grand conflit et je pense que nous allons le voir bientôt.

Le Parti Démocrate devrait tirer profit de cette situation mais il n'a pas pu le faire et je ne crois pas qu'il va pouvoir le faire. Je dis cela parce qu'il aurait dû gagner les élections l'an dernier, mais il n'a pas d'autre politique à proposer que celle mise en oeuvre par Bush, qui va à l'encontre des besoins des Noirs et des syndicats. Par exemple, en ce qui concerne le droit à l'avortement, le Parti Démocrate a été pro-avortement et maintenant il dit qu'il doit changer de position afin de plaire à l'électorat qui est contre la légalisation de l'avortement. Ils ont refusé de faire de sévères critiques contre la guerre, car ils veulent gagner le centre-droit. C'est ainsi qu'au lieu d'attaquer franchement les positions de Bush ils n'ont fait que de timides critiques.

Pas d'issue avec les Démocrates

Voilà pourquoi aujourd'hui des millions d'Américains considèrent qu'aucun de ces deux partis ne les représentent. Si tu demandes aux travailleurs s'ils sont avec le Parti Démocrate, beaucoup te répondent qu'ils haïssent Bush mais qu'ils ne considèrent pas que les Démocrates offrent une alternative. Mais le grand problème c'est que quand il s'agit de voter, il n'y pas de troisième voie organisée, de troisième parti, et c'est une tâche à laquelle nous devons nous atteler : il est difficile de le construire en un ou deux ans, mais nous devons poser les bases pour que cela soit possible.

LC : Quelles sont les possibilités pour un parti des travailleurs aux États-Unis ?

A : Il existe une organisation politique appelée Labor Party Advocates (" Partisans d'un Parti ouvrier "). Pendant un moment j'ai cru qu'elle ouvrait une bonne possibilité, non pas de se transformer en un parti de masse mais d'avoir un poids social significatif. Mais sa direction a pris la décision de ne pas se présenter aux élections et nombre de ses membres, la plupart de ses meilleurs cadres, ont commencé à remettre en question sa construction, depuis qu'à chaque élection des appels sont lancés à voter pour le Parti Démocrate, ce qui est en contradiction avec l'existence même de l'organisation.

Le problème du Parti ouvrier

Construire un parti des travailleurs n'est pas une tâche impossible, à d'autres moments il y a eu d'importantes ruptures dans le mouvement ouvrier, par exemple celle de 1935, qui a abouti à la création des syndicats d'industrie. Je crois qu'il y a de nouvelles possibilités, de nouveaux espaces pour la discussion, mais cela nécessite de nouvelles forces, des forces avec un poids significatif pour faire face à cette tâche, car la gauche peut dire que nous avons besoin d'un troisième parti, mais elle n'a toujours pas le poids social nécessaire. l'ISO vient du trostkysme, nous sommes la plus importante organisation révolutionnaire aux États-Unis, mais nous sommes toujours une organisation beaucoup trop petite et c'est un vrai problème. Nous cherchons la meilleure façon de croître et d'attirer beaucoup plus de militants vers notre organisation, vers la gauche, regagner les cadres historiques qui accepteront de se remettre à militer s'ils voient se mettre en place quelque chose de réel, quelque chose en quoi ils peuvent croire.

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