L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?

Publié le vendredi 19 mai 2017

La décomposition ne frappe pas seulement les partis institutionnels, elle gangrène depuis un certain temps le NPA et, dans une moindre mesure, Lutte ouvrière, même si ce dernier courant est doté d’une forte carapace. En 2002, l’extrême gauche frôlait les 10%. En 2007, le total des voix LO et NPA n’atteint pas les 2%. Reste à savoir s’il faudrait systématiquement présenter des candidats au scrutin « suprême ». Réfléchissons-y.

Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?Nathalie Arthaud et Philippe Poutou

Le commun des mortels se demande tout d’abord pourquoi LO et le NPA se montrent incapables de présenter un candidat commun. Quoi qu’il en soit, ces deux candidatures ont surtout servi à légitimer une élection qui ne l’était pas, au lieu de s’inscrire dans le courant ouvrier et populaire tendant à la « grève du vote ». Les deux candidats, à défaut de faire entendre la voix des exploités, ont exprimé leur pessimisme profond et l’ont repeint aux couleurs de l’« ultimatisme » : la classe ouvrière doit reprendre conscience de sa force ont-ils répété à l’envi.

Pour notre part, nous ne notons pas les prestations des candidats, petits ou grands. Il s’avère simplement que dans sa forme la campagne de Nathalie Artaud a été digne. A la différence du NPA, LO n’a pas mendié des parrainages d’élus via les médias et fait montre ainsi d’une certaine indépendance.

Arthaud : impasse sur l’UE

Lors des débats télévisés, Nathalie Arthaud a une nouvelle fois couvert l’Union européenne à gauche, toujours avec la même rengaine : UE ou pas, les ouvriers sont exploités par le patronat. L’internationalisme dont elle se prévaut n’implique-t-il pas de lutter contre tout ce qui met en concurrence les salariés entre eux ? Nous n’avons pas oublié qu’en 1979, LO et LCR (aujourd’hui NPA) s’étaient présentés ensemble aux élections européennes 1 en s’affirmant « contre l’Europe des Trust »et pour « Les États unis socialistes d’Europe », antithèse de l’Union européenne multinationale 2 .

Poutou, auto-dérisoire

Philippe Poutou, quant à lui, est un ouvrier de l’industrie. Dans un passé récent, il a été un excellent militant ouvrier syndicaliste combattant résolument et victorieusement avec ses camarades contre la fermeture de l’usine où il travaille. Une fois candidat entre les mains des différentes cliques qui se partagent la direction du NPA, rien ne va plus. Le NPA cherche alors à faire le buzz à tout prix. Au moyen de l’autodérision, son parti le pousse à se ridiculiser.

« Désarmer la police » ?

Interrogé sur la question de la lutte contre le terrorisme, il répond tout de go qu’il faut « désarmer la police » et se plaint que la police fasse « chier » les jeunes de banlieue. Soyons simple : nous ne défendons pas la dite « police républicaine » qui serait gangrenée par l’extrême droite. La police est d’ailleurs, par essence, une bonne école pour devenir fascisant ou fasciste. Elle s’est d’ailleurs dotée de corps spéciaux (BAC, BST) propices à ce type de « radicalisation ». Sous un dehors ultra-gauche, Poutou propose, non pas de supprimer la police mais de la réformer. Nous sommes, quant à nous, pour sa suppression, tout en sachant qu’elle ne sera possible qu’une fois renversé l’Etat bourgeois et fondé un Etat-Commune. Dans l’attente, nous exigeons la levée de tout état d’urgence, l’arrêt des violences policières contre les jeunes et les manifestants, le châtiment des coupables de crimes commis par des policiers, l’arrêt du contrôle au faciès et la suppression de la BAC et de la BST. La formule « désarmer la police » efface ces exigences-là et ne peut rencontrer aucun écho.

Pour l’interdiction des licenciements, sauf …

A juste titre, Philippe Poutou revendique l’interdiction des licenciements. Mais lorsqu’il est interrogé sur l’interdiction des licenciements, il nous explique qu’en définitive cela n’est possible que dans une économie planifiée. Ce n’est donc plus une revendication mais un objectif dans une autre société. Interrogé sur la défense de l’emploi à Fessenheim par un délégué CGT, Poutou fait acte de désaccord avec ce camarade car le NPA est contre le nucléaire. Dans les faits, cela veut dire que le NPA n’est pas pour l’interdiction des licenciements dans la filière nucléaire. Entérinera-t-il demain des licenciements dans des fabriques d’armement, puis dans toute industrie polluante (y compris, celles qui fabriquent des éoliennes) ?

Caution démocratique

Ouvrier dans la vie et son combat syndical, Poutou devient un petit-bourgeois lorsqu’il est candidat. Au-delà de tout ce qui distingue Artaud et Poutou, leur candidature a eu valeur de caution démocratique d’une élection qui ne l’est pas du tout et qui survient après la première vague du printemps 2016 : diversion pour figer le combat de classe anti-El Khomri. élection destinée à faire élire un représentant des multinationales et des banques d’affaires. Dans cette entreprise, NPA et LO découragent leurs militants et épuisent leurs forces. Le résultat final en atteste lourdement.



Isabelle Foucher,
17 mai 2017



1. La liste LCR-LO obtient 3,1%.
2. Voir aussi notre dossier du mois.


Voir aussi dans la catégorie France
La Charte d'Amiens : un acquis à défendre

Peut-on encore se réclamer de la Charte d’Amiens ? A cette question, des camarades dans le NPA répondent en substance que cette Charte est un document réformiste, fruit d’une alliance entre...

Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?

La décomposition ne frappe pas seulement les partis institutionnels, elle gangrène depuis un certain temps le NPA et, dans une moindre mesure, Lutte ouvrière, même si ce dernier courant est doté...

Progression du FN : à qui la faute ?Progression du FN : à qui la faute ?

Avec une progression de près de 3 millions de voix entre le premier et le second tour et un score nettement meilleur que celui de 2002, le FN a fait de gros progrès, indéniablement. Si les...

Le PCF peut-il survivre ?Le PCF peut-il survivre ?

Le PCF n’est plus que l’ombre de lui-même. On a peine à imaginer qu’il y a quarante ans, il était doté de milliers de cellules d’entreprise, d’une armée de permanents, était à la...

La Grève générale en GuyaneLa Grève générale en Guyane

Depuis plusieurs semaines les habitants de Guyane se mobilisent contre des conditions de vie et de travail d’une terrible précarité. Le peuple guyanais s’inscrit dans la lutte et la grève. Ce...

La France insoumise et le travail précaireLa France insoumise et le travail précaire

Est-ce « trop revendiquer » que d’exiger, pour tous, un vrai travail- un vrai salaire et, par là même l’abolition du travail précaire ? Pour la FI (France insoumise), cette question ne se...



HAUT