L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


« Le scénario a dérapé »

Publié le samedi 14 juin 2014
SNCF : 4ème jour de grève

Dans Le Parisien-Aujourd'hui ( page 8), nous lisons ces quelques lignes :

" Tout était pourtant prévu : une grève d'un ou deux jours contre la réforme, en guise de baroud d'honneur syndical, puis lors de la discussion du projet de loi des amendements garantissant le statut des cheminots. Cependant, le scénario a dérapé. " La CGT-cheminots est désavoué par sa base chauffée à blanc depuis plusieurs mois "

Voilà qui, par certains traits, corrobore notre analyse, tout en sachant bien sûr que cette réforme ne peut, et pour cause, absolument pas et par nature, garantir le statut. C'est un leurre de croire que le statut des cheminots pourrait être " pérennisé " (comme disent SUD-CGT) dans le cadre de cette réforme scélérate.

Une chose est claire : les cheminots ont déjoué le scénario des appareils et du gouvernement.

Les appareils fédéraux SUD CGT se montrant incapables de faire refluer la vague déferlante qui, on peut le penser, ne peut manquer de créer des fissures en leur sein (réfraction de la lutte des classes). Du coup, Lepaon monte au créneau ( interview dans le Parisien-Aujourd'hui-page 8), annonçant qu'il a écrit ( en commun avec Garrel, le chef CGT-Cheminots) un courrier à Hollande pour une négociation avec la CGT " pour trouver une issue rapide au conflit ". Il saisit cette occasion pour clamer ce que nous, nous savons : " La CGT n'a jamais demandé le report ni le retrait du projet de loi ".

Cette trahison au grand jour va, soyons-en sûr, provoquer l'effet inverse à celui escompté. Elle va renforcer le combat instinctif pour l'unité pour le retrait pur et simple et pour le maintien du Statut.

Les chantres d'une autre réforme, dans les AG, seront déstabilisés. En effet, pour vendre leur produit " autre réforme ", les cadres CGT et SUD invoquent la nécessaire réunification SNCF-RFF. Mais cette réunification n'est pas une réforme mais une RESTAURATION DE LA SNCF, telle qu'elle existait avant 1997, laquelle s'opère par l'ABROGATION de la loi du 17 février 1997 portant création de RFF et régionalisant TER et Transilien. Mais, surtout, cette restauration exige, à ce stade, pour qui vit dans l'espace et dans le temps : le retrait du projet !

Mais Lepaon n'est pas le seul à s'exprimer. Dans un mail de ce jour à 10h30, Basile, le chef du NPA Cheminots monte lui aussi au créneau, dans le NPA. Ses " petites notes un peu longue " ne disent pas un mot sur LEPAON. En revanche, sur La question du Retrait, nous lisons :

" Un dernier point au sujet du mot d'ordre de " retrait de la réforme " opposé à celui de lutte " contre la réforme ". Bien évidement nous sommes pour le retrait et pas pour une " autre réforme ". Néanmoins, je sais que pas mal de camarades pensent que c'est un point à faire valider dans les AG, au travers de motions, que c'est cela qui nous différencierait des bureaucrates. Personnellement, je ne crois pas que ce soit ainsi que nous ferons " pression " sur les syndicats, ni même en réalité que nous convaincrons nos collègues de se battre jusqu'au bout, car c'est cela le plus important. Ce ne sont pas des motions -même votées à l'unanimité- qui nous permettront d'obtenir le retrait... Si l'on peut faire adopter une motion, tant mieux, mais si ça doit cliver une AG ce n'est pas la peine, c'est même contre-productif. En revanche, bien sûr qu'il faut convaincre les collègues sur le fond au travers nos interventions. Et pour obtenir le retrait, notre tâche de l'heure c'est d'organiser les cheminots grévistes, de les inciter à devenir des militants de la grève pour l'amplifier. C'est en faisant cela que l'on créera les conditions pour gagner et s'émanciper des limites que certains pourrait vouloir mettre à la grève. ". C'est ce qui s'appelle un RECADRAGE. On est pour le retrait, bien sûr, mais il faut la mettre en veilleuse sur ce point central...Au moment où Lepaon monte en première ligne CONTRE le retrait. C'est ce moment précis que choisit Basile pour monter en première ligne contre un combat national des militants pour des motions d'AG, partout. De fait, Basile agit ici en auxiliaire de Lepaon, pour empêcher militants et sympathisants du NPA de mener ce combat, devenu extrêmement urgent ( le parlement est saisi mardi du projet de loi !). Pour qui aurait des doutes sur l'état d'esprit de ce bureaucrate en herbe, le passage qui suit de ses mauvaises notes devrait en édifier plus d'un :

" Pour l'heure, la situation n'est pas mûre pour des initiatives " indépendantes " des OS. Nous sommes paralysés par un groupe ultra-gauche (issue d'une scission de la Fraction de Lutte Ouvrière) qui a une vraie capacité de nuisance. Toute tentative d'auto-organisation que nous prendrions serait vite parasitée par ce groupe. Aujourd'hui par exemple, l'AG s'est tenue en 10 minutes chrono pour éviter les engueulades, voire des bagarres...Evidemment, si un tel groupuscule réussit à avoir une telle capacité de nuisance c'est que les collègues ne sont pas encore rentrés dans une grève active, ne s'expriment pas... ".

Il faut le lire pour le croire : PAS D'INITIATIVE INDEPENDANTES DES APPAREILS. Et en bon bureaucrate, Basile, au 4 ème jour de grève, nous montre la considération qu'il a pour ses collègues de travail : " Les collègues ne sont pas encore entrés dans une grève active, ils ne s'expriment pas " ( dans bien des AG, les cadres CGT s'appliquent de leur mieux à monopoliser la parole le plus longtemps possible en parlant des médias, de la com' d'entreprise et de tout sauf de l'essentiel, en martelant de manière grotesque " le gouvernement nous prend pour des cons " ). Et puis, il est assez rigolo d'apprendre que le NPA est " paralysé " par un micro-groupuscule !!! En tous cas, le mépris pour les grévistes est à peine voilé.

D'un côté, la masse des cheminots, déterminés, qui, instinctivement rejettent toute idée de Réforme car ils savent d'expérience que toute réforme est une régression sociale et de l'autre ceux qui ne savent plus comment enrayer la dynamique créée par les grévistes eux-mêmes.

Tournant majeur, non seulement, dans la lutte des classes mais aussi dans les rapports masses/appareils.

A suivre


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