L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


La France insoumise et le travail précaire

Publié le dimanche 12 mars 2017

Est-ce « trop revendiquer » que d’exiger, pour tous, un vrai travail- un vrai salaire et, par là même l’abolition du travail précaire ? Pour la FI (France insoumise), cette question ne se pose pas. Son programme se vante d’éradiquer le travail précaire. A la bonne heure ! Hélas, le produit qui est à l’intérieur de cet emballage ne correspond pas à cette belle étiquette. En effet, les mesures de la FI militent pour une « bonne » précarité, des « bonnes missions » et un « bon » service national obligatoire. Décryptage.

La France insoumise et le travail précaire

Le CDI doit être la « norme », assure la FI. Mais cette jolie « norme » n’empêche pas la FI de revendiquer un « quota maximum de contrats précaires de 10% dans les PME et de 5% dans les grandes entreprises ». Ce qui revient, non à éradiquer mais à pérenniser le travail précaire, sous toutes ses formes. Mais nous n’avons là qu’un avant-goût des idées mélenchoniennes en la matière.

Un vrai travail, pas des « missions » !

Avec l’art consommé de paver l’enfer des plus belles intentions insoumises du monde, la FI revendique un « droit opposable à l’emploi » pour les chômeurs de longue de durée. Faut-il vous l’envelopper ? Développons : l’État devra, « en dernier ressort, proposer un emploi au chômeur en lien avec sa qualification, sur une mission d’intérêt général… Si l’État ne peut pas garantir un tel emploi, l’indemnisation par l’allocation-chômage se poursuit jusqu’à ce qu’un tel emploi soit proposé. ». Comment comprendre ? Un chômeur devra accepter une mission, par définition temporaire, dans la fonction publique, par exemple. Dans la vraie vie, nous savons de quoi il en retourne : lorsque des postes sont supprimés, des entreprises comme la SNCF ventilent les tâches de ces postes à des « alternants » taillables et corvéables à merci. C’est cela les « missions » : une machine à refouler les emplois réels et à générer du travail en miettes, polyvalent de préférence. Evidemment, la FI se garde bien de nous dire ce qu’il advient du chômeur qui aurait l’outrecuidante « insoumission » de refuser ce genre de mission. La radiation, bien sûr ! Eh oui, comme disait Aubry « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ».

Chassez le naturel …

« L’avenir en commun » que la FI dessine pour la jeunesse est une galère infernale. La FI revendique : « Remplacer les « emplois d’avenir » par un « contrat jeune » d’une durée de cinq ans, dans le secteur non marchand et public, ouvrant droit à une formation qualifiante en alternance ou à une préparation aux concours de la fonction publique. ». Chassez le naturel, il revient au galop : JLM n’a en rien rompu avec son « exercice de l’Etat » quand il était ministre de Jospin : il avait alors poussé à fond les feux de l’alternance Ecole-Entreprise et ce fut tout bénef pour le Medef. Le CDI n’est donc pas « la norme » pour les jeunes qui devront endosser à leur tour des missions éparses. Ce qui sera propice aux suppressions de postes statutaires puisqu’il existe les « missions » et les « contrats jeunes » qui y pallient ! Le droit à un vrai travail, en CDI pour les jeunes est piétiné sauvagement par la FI.

Des insoumis qui veulent embrigader

Mais, pour les jeunes, il y a aussi le volet embrigadement. La FI veut :

« Créer un service citoyen obligatoire (…) D’une durée totale de neuf mois, comprenant une formation militaire initiale incluant un droit à l’objection de conscience. Rémunéré au smic. Affecté à des tâches d’intérêt général: secours à la population, sapeurs-pompiers, sécurité publique, défense, sécurité civile, protection et réparation de l’environnement, appui à des associations labellisées d’intérêt général ; Comprenant un bilan de santé, une évaluation des capacités d’écriture, lecture et calcul avec leur éventuelle mise à niveau, la formation gratuite à la conduite et l’examen du permis de conduire »

Neuf mois de servitude, donc. Avec là encore, des tâches d’intérêt général, telle la réparation de l’environnement qui va empiéter sur des métiers liés à l’architecture paysagiste, à l’entretien des espaces verts et forêts. Avec le bourrage de crâne militaire, en prime. Drôles d’insoumis, non ?

Remplacer la main d’œuvre stable par une main d’œuvre corvéable

Ainsi même, le programme « neuf » de la FI s’inscrit dans une vieille trame, tissée depuis 40 ans : remplacer la main d’œuvre qualifiée, dotée d’un métier, en fixe et à plein temps par un volant de main d’œuvre affecté à des missions, des « travaux d’intérêts généraux », privée de CDI, polyvalente à souhait ; taillable et corvéable à merci. Cela porte un nom, cela s’appelle : la régression sociale.

Entendons-nous bien : nous ne donnons pas de consigne de vote, nous ne contestons pas la candidature de JLM, nous ne lui supplions pas de s’unir avec Hamon, nous ne l’accusons pas de « faire le jeu de ». En revanche, nous militons contre la prétention de la FI de vouloir soumettre le mouvement ouvrier et démocratique à sa politique de collaboration de classe. Nous militons pour l’abolition du travail précaire et donc contre toute proposition ou mesure de travail précaire.

(A suivre)



Pierre-Yves Chiron,
8 mars 2017




Dans le prochain numéro :
La FI et la sécu – la FI et la SNCF. Etc

Sources :
L’avenir en commun
– programme adopté par la Convention nationale de la France insoumise- Le 16 octobre 2016, https://laec.fr/sommaire


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