L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Une révolution en marche

Publié le septembre 2004
VenezuelaLe 15 août, les travailleurs et le peuple vénézuélien ont défait, à nouveau, sur le terrain le plus difficile, celui des élections, l'opposition de l'oligarchie et l'impérialisme. C'est un triomphe indiscutable, qui a commencé à prendre corps dans les semaines antérieures, quand par milliers et milliers les travailleurs et le peuple s'organisèrent en " Patrouilles électorales " et en " Unité de Bataille Electorale " (UBE) pour affronter, sur le terrain de la démocratie bourgeoise, les ennemis de la révolution.Supportant les inclémences du temps, les distances, les manoeuvres électorales et la faim parfois, des millions de Vénézueliens se sont dirigés vers les bureaux de vote pour déposer leur bulletin NON, en faveur du maintien d' Hugo Chavez Frias, comme président constitutionnel jusqu'en janvier 2007.

Ce fut un jour historique. Au son du clairon, depuis deux heures du matin, les militants engagés dans le processus de transformations que vit le Venezuela se lèvent pour faire la queue afin de voter. l'avalanche est telle, que les bureaux de vote qui, initialement devaient fermer à six heures du soir, sont ouverts jusqu'à huit heures du soir, ensuite jusqu'à minuit et il y en a même certains qui restent ouverts jusqu'à quatre heures du matin le lundi 16. La très longue attente, la tension ont pris fin à quatre heures du matin le lundi 16, quand le Conseil National Electoral donne les premiers chiffres, dans lesquels le NON a un avantage de presque 18 points sur les opposants. Des milliers se mettent alors en mouvement vers le Palais de Miraflores (Palais gouvernemental) dans l'attente de l'intervention du président Chavez.

Les pluies diluviennes n'ont plus d'importance, à partir de cette heure-là les masses commencent les manifestations de joie dans tout le pays. Le lundi le pays est paralysé, des grandes caravanes parcourent toutes les villes et les communes, vers les endroits emblématiques où se concentrent les opposants, libèrent ces zones, installent des chapiteaux, font descendre les drapeaux du " oui " et installent ceux du " NON ". " Ils ne reviendront pas, jamais ils ne reviendront ! " c'est le cri de joie de millions de Vénézueliens. Le triomphe au référendum du 15 août, n'est rien de plus que la continuité de la lutte décidée du peuple pour empêcher le retour du pays aux années de la IVème République. Le peuple a défait le coup d'état fasciste d'avril 2002, pour ensuite mettre en mouvement le pays contre le lock-out patronal sur l'industrie pétrolière, a arraché le contrôle de PDVSA à l'oligarchie. Et maintenant, sur le terrain électoral, le terrain le plus favorable pour les aspirations de l'oligarchie et de l'impérialisme, il a à nouveau triomphé. Pour cela des millions disent, à juste titre : " cette révolution personne ne peut l'arrêter ! "

l'impérialisme reconnaît la défaite et accepte la négociation

Les envoyés de l'impérialisme : le Centre Carter, l'OEA et les observateurs des gouvernements latino-américains, valets de l'impérialisme, ne peuvent cacher leur défaite ; ils sont obligés de reconnaître que le peuple a porté un sérieux coup à leurs patrons. Ils demandent à la Coordination Démocratique (Regroupement politique des forces d'opposition) d'accepter les résultats et de ne pas persister dans sa dénonciation d'une supposée fraude.
Cela ne veut pas dire que Jimmy Carter ou Cesar Gaviria sont devenus des démocrates. Comme toujours, ils continuent d'être fidèles au mandat qui leur a été donné par les multinationales et l'impérialisme, mais aujourd'hui, devant le fait évident du triomphe indiscutable du NON, ils ne peuvent faire autrement que d'accepter la réalité et enjoindre à leurs alliés locaux de changer de tactique, et de se rendre à la négociation offerte par le gouvernement, mais en maintenant la stratégie en vue de liquider le gouvernement Chavez et freiner le processus révolutionnaire.
C'est le grand danger auquel doit faire face, aujourd'hui, la révolution au Venezuela. Chavez, conséquent avec ses positions nationalistes bourgeoises, n'est pas disposé à rompre avec l'oligarchie et aller jusqu'au bout dans la bataille contre l'impérialisme. De la même façon qu'au 13 avril 2002, après le triomphe populaire contre le lock-out patronal, il a offert avant et après le 15 août, le dialogue et la négociation avec l'opposition et l'impérialisme comme instrument pour résoudre les profondes contradictions existantes dans le pays.

Une semaine avant le référendum, il a offert en concession aux multinationales nord américaines et espagnoles, l'exploitation des gisements de pétrole situés sur la " Plateforme Deltana ".

Aussitôt après il a mis en place un fond de garantie de 52 millions de dollars afin que les entrepreneurs demandent des crédits pour investir dans le pays.

Après les résultats du 15 août, Il a rendu des milliards de " bolivares "aux entrepreneurs exportateurs et finalement il a exonéré des patrons de différents secteurs du paiement des impôts, tout ceci comme preuve de sa bonne volonté pour la négociation.

De leur côté, l'impérialisme et la Coordination Démocratique sont entrés dans ce processus de négociation en cherchant la façon d'en obtenir les meilleurs résultats. La majorité des organisations de la coordination démocratique ont commencé par accepter la participation aux élections régionales (gouverneurs et maires) ; le Groupe Polar, certainement le plus puissant du pays, fournira de ses produits le " réseau Mercal " (Chaîne de magasins d'alimentation subventionnée par le gouvernement) ; le Groupe Cisneros, très influent dans les medias, a baissé le ton de ses dénonciations contre Chavez et les patrons regroupés dans la Chambre de Commerce discutent de la nécessité de s'intégrer au dialogue productif et constructif offert par le gouvernement. Il faut reconnaître qu'avec le triomphe du NON, le gouvernement de Chavez s'est renforcé et des millions de vénézueliens voient d'un bon oeil ce processus de négociations. Il est aussi renforcé par les bénéfices pétroliers, qui permettent la rentrée de milliards de dollars supplémentaires, facilitant les concessions faites par le gouvernement aux patrons, mais qui permettent en même temps de maintenir certaines conquêtes obtenues par la population, en matière de santé et d'éducation et, de plus, contribuent au développement de la construction de milliers d'habitations comme est entrain d'essayer de le faire le gouvernement.

La rébellion politique continue

Mais au contraire de ce que l'on peut penser, dans le pays il existe un processus de discussions intenses à l'intérieur de l'avant-garde qui désire approfondir le processus révolutionnaire et n'a pas confiance dans les bénéfices que peut apporter cette politique de négociations.

Dans le mouvement syndical la lutte féroce contre la bureaucratie et les patrons continue. Les travailleurs veulent avoir des instruments de lutte indépendants et souverains. C'est pour cela qu'il n'est pas étonnant que l'Union Nationale des Travailleurs (Confédération de classe - qui s'est constituée en avril 2003) ait lancé un appel le 17 août pour transformer la victoire du NON en une lutte contre l'exploitation capitaliste et convoque, pour la première semaine de décembre, une rencontre internationale syndicale à Caracas, pour donner corps à cette politique.
Dans les secteurs populaires, les masses refusent les candidats désignés par le président Chavez, le défunt "Comando Ayacucho " où l'actuel " Comando Maisanta ". Les militants regroupés dans les " Patrouilles Electorales " et dans les " UBE ", réclament la révision des candidatures et l'organisation d'assemblées générales ou de primaires pour pouvoir choisir entre les candidats et parmi leurs programmes ceux qui sont les mieux adaptés.

La vitalité de la révolution au Venezuela s'exprime dans ses profondes contradictions, où la population majoritairement continue à croire en Chavez et à lui faire confiance, mais où dans le même temps elle veut que la révolution s'approfondisse en faisant pression de toutes les manières pour qu'il n'y ait pas de retour en arrière.

La nécessité d'une direction révolutionnaire

De tout cela surgit le besoin, la nécessité, parmi des milliers de militants, de se regrouper dans un parti du peuple et des travailleurs, organisé de manière indépendante autour d'un programme de luttes et de mobilisations.

De tous les côtés naissent de nouvelles organisations et des formes de regroupement, pour débattre de ces problèmes et proposer des solutions. Dimanche 28 août, cinquante collectifs se sont donnés rendez-vous à l'université de Caracas pour réfléchir sur la situation politique et dégager des propositions alternatives, démontrant au grand jour que les militants sont à la recherche d'une alternative révolutionnaire.

Nous qui sommes entrain de construire le projet OIR(Option de gauche révolutionnaire) pensons que le terrain est propice pour que confluent tous ces courants, même s'ils continuent à avoir confiance en Chavez comme en leur direction. Il est inévitable qu'un changement brusque de situation, fera faire aux masses l'expérience de la véritable nature de cette direction, lui fera comprendre ses limites de classe et lui permettra de se tourner vers la construction d'une alternative combattant sur un programme fondé sur une lutte jusqu'au bout contre l'impérialisme : non paiement de la dette extérieure ; expropriation des latifundistes et des entreprises abandonnées par les patrons et occupées par les travailleurs ; renationalisation des entreprises privatisées ; nationalisation des entreprises stratégiques, du secteur financier et du commerce extérieur, et mettant en avant la nécessité d'un véritable gouvernement des travailleurs qui se propose d'en finir avec l'exploitation capitaliste.

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