L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
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Où va le socialisme à la Chavez ?

Publié le mercredi 03 novembre 2010
Venezuela : après les élections législativesLe 26 septembre dernier ont eu lieu les élections législatives au Venezuela. Le parti de Chavez, le PSUV (Parti Socialiste Uni du Venezuela) a obtenu 48, 9% des voix et 97 sièges de députés, la droite 47,9% et 65 sièges ; 3 sièges sont allés à des petites formations politiques. La différence de 110 000 voix entre le parti du président Chavez et la droite unifiée ouvre une nouvelle période. Voici des extraits de l'analyse de " Marea Socialista ", notre courant dans le PSUV, au lendemain de ces élections.Le principal phénomène qui se développe depuis bien longtemps avant le processus électoral et qui d'une certaine manière l'explique est le rejet généralisé, par le peuple, de la bureaucratie de l'Etat. Ce rejet a dépassé la haine qu'il éprouve contre la droite. Les divergences entre les différentes cliques bureaucratiques se sont aiguisées, donnant encore plus de poids au rôle d'arbitre qu'occupe Chavez. Les espaces se sont réduits, les charges aussi, nombreux sont ceux qui vont se retrouver à la porte et qui ne trouvent pas, jusqu'à maintenant, où ils peuvent se recaser.

Rejet de la bureaucratie



Nombreux sont ceux qui pensent déjà aux prochaines élections où en plus de la présidence de la république seront renouvelés les conseillers municipaux et les députés provinciaux. De plus ils sont des dizaines de bureaucrates de haut rang qui, pour sauver leur peau, accusent les autre cliques. Dans le même temps tous sentent que le sol se dérobe sous leurs pieds et certains de ceux qui ont perdu leur place s'orientent sur le chemin de la radicalisation et de la dénonciation de la bureaucratie en général.

Ebullition



Dans le même temps s'est déchaînée une situation dans laquelle on assiste à de nombreux mouvements, débats, luttes, et processus qui étaient en sommeil ou occultés pendant la période électorale. La bataille à mort qui est en train de se livrer autour du contrôle ouvrier, fondamentalement dans les industries de l'Etat de Guyana spécialement à ALCASA et dans les entreprises dites de propriété sociale où l'on retrouve la bureaucratie syndicale et d'Etat alliées aux grande multinationales et aux secteurs de la bourgeoisie locale. La nécessité d'une Nouvelle Loi Organique du Travail qui n'a pas été modifiée par le gouvernement depuis onze ans, les revendications de rattrapages salariaux en relation avec l'inflation croissante, le retard de centaines de conventions collectives, tout ceci dans une situation où se multiplient les violences de nervis patronaux contre les dirigeants ouvriers, les violations des droits démocratiques les plus élémentaires et les persécutions contre les militants socialistes révolutionnaires.

Irruptions



On ne peut écarter des irruptions spontanées de fractions du mouvement des masses, des faits hors du contrôle de la bureaucratie commencent à se produire, par exemple, l'occupation du siège du PSUV à Anzoategui, l'occupation de bureaux de la corporation d'électricité dans certains états où les coupures ne cessent de se développer comme aux pires moments de la crise de l'énergie, ou les mobilisations en défense de personnes menacées d'expulsion de leur appartement pour défaut de paiement des loyers.
Les faits de corruption et d'enrichissement de différents secteurs de la bureaucratie atteignent des niveaux scandaleux et sont regardés avec dégoût par le peuple. Comment ne pas être saisi de haine quand on voit que des milliers de containers remplis d'aliments en mauvais état étaient destinés aux magasins communautaires, si on ajoute à cela la découverte de centaines de containers remplis de médicaments périmés.

Aggravation de la situation



Le plus dramatique pour la vie quotidienne des secteurs les plus humbles de la population qui est la base fondamentale du chavisme, c'est la situation d'immobilisme ou pour mieux dire de recul des missions. La santé publique s'effondre. Les hôpitaux ne reçoivent pas les besoins les plus minimes, il n'y a plus de médecin, il n'y a plus d'anesthésiste, la majorité des blocs opératoires sont fermés, les bâtiments ont de nombreux défauts structuraux, le personnel médical a eu une augmentation salariale insuffisante et les discussions sur leurs contrats collectifs est en panne. Il n'y a pas le plus petit budget pour remplacer une simple ampoule et le plus dramatique est qu'il n'y a plus de ressource pour mettre de l'essence pour les ambulances.

Dans les hôpitaux



La crise a atteint Barrio Adentro, la prunelle des yeux du chavisme. La question salariale affecte aussi les médecins cubains et les médecins venezueliens. Un salaire d'environ mille deux cent bolivares, moins que le minimum décrété par le gouvernement, et les incertitudes des changements de fond qui sont entrain de se produire dans leur propre pays ont démoralisé les médecins cubains, qui ont été atteints avec leurs collègues fonctionnaires par la contagion de la corruption. Mais au-delà de la question salariale, les centre médicaux sont la plupart du temps fermés ou alors ils n'ont aucun médicament. Les premières constructions qui donnaient une impression de propreté et d'hygiène se sont détériorées rapidement mettant au grand jour la corruption de la bureaucratie d'état, surévaluation des contrats et qualité très basse de la construction et des matériaux.

Sans avenir



Dans l'éducation la situation n'est pas meilleure. Pour donner un seul exemple, cette année sont sortis de la mission Sucre plus de six mille diplômés qui, pour la majorité, n'ont aucun travail en vue. La question qui se pose de plus en plus à quoi sert d'être diplômé, bachelier ou n'être plus analphabète si au bout du compte chacun se retrouve être un brillant avocat ou un technicien, mais sans emploi. De plus la crise universitaire a repris, aussi bien dans les universités autonomes que dans les universités bolivariennes ou expérimentales. La question budgétaire n'est seulement que la pointe de l'iceberg d'une crise finale.
La crise de l'énergie électrique n'a pas été résolue, malgré l'effort gigantesque des travailleurs de l'électricité qui ont évité la faillite totale du système. Les mesures prises par la bureaucratie, celles qui ont provoqué la crise ne résolvent pas le problème central du système qui est celui de la distribution de l'électricité. Pendant ce temps, la bureaucratie fait une déclaration faisant croire que l'électricité est rétablie dans des régions entières connaissent des jours et parfois de semaines de coupures d'électricité.

Budget d'austérité



Dans le même temps la politique économique officielle repose sur une austérité permanente. Le débat sur le budget a démontré que c'est un budget d'austérité économique. Son augmentation de près de 28% pour cette année reste très en dessous de l'augmentation de l'inflation. Si nous prenons les indices officiels de l'inflation pour cette année, le budget sera réduit à peine de 5% cette année. Mais la réalité est très différente.
l'unique paramètre fiable à partir duquel on peut calculer l'importance de l'austérité fiscale contre les travailleurs et le peuple est la variation de la valeur du dollar, surtout dans une économie comme la nôtre dans laquelle 90% de ce qui se consomment sont importés et dans laquelle plus de 40% des investissement proviennent de la rente pétrolière via les exportations. A la fin de l'année 2009, quand fut voté le budget pour 2010, la valeur du dollar se situait entre 4,8 et 5,3 bolivars. Aujourd'hui, au moment du vote du budget pour 2011, sa valeur est aux alentours de 8,25 bolivars. Ceci signifie un accroissement de plus de 70 à 80% en moyenne des prix qui seront appliqués à la consommation et qui vont se répercuter sur le salaire dans une économie où le poids de l'emploi public est très fort et dans lequel depuis des années il n'y a ni augmentation, ni discussion sur les contrats collectifs. Cette augmentation est très loin des 28% d'augmentation globale du budget. Malgré ce, il est appliqué une politique d'austérité fiscale, c'està- dire une réduction des dépenses publiques, aggravée par le change officiel. Nous allons assister à un gel des salaires pour les employés publics, à des licenciements, à la fermeture d'institutions, à la réduction des aides pour les principaux produits de consommation des secteurs populaires.

Perspectives immédiates



Dans ces conditions, avec une Assemblée nationale, où dans la logique de la démocratie bourgeoise du gouvernement ce qui va primer sera la négociation avec l'opposition de droite. La tendance va voir se développer deux phénomènes parallèles mais l'un d'eux est plus important que l'autre et le domine. D'un côté, le combat pour la répartition de la rente pétrolière va s'exacerber entre les différents secteurs de la bureaucratie et de la bourgeoisie et de l'autre côté le mouvement ouvrier, les travailleurs et les travailleuses vont entrer en lutte.
Dans le même temps le phénomène central de la nouvelle conjoncture qui va continuer à se développer jusqu'au début de l'année prochaine, c'est le phénomène politique, de combats antibureaucratiques et le détachement de secteurs de l'appareil et des cadres moyens, y compris de petits collectifs ou de regroupements qui vont se diriger sur des positions plus à gauche, même si ce n'est qu'en paroles, pour s'assurer une place dans l'appareil d'état ou dans celui du PSUV.
Par ailleurs l'usure du leadership de Chavez qui avait commencé voilà des mois a pris un nouveau rythme. Ce leadership commence à être remis en question ouvertement et de plus en plus la phrase " Chavez ne sait pas ce qui se passe " est de moins en moins crédible.

Caracas, 27 octobre 2010

NB : Les sous titres sont de la Rédaction de "La Commune"

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