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Au cœur du marasme, un pôle anticapitaliste de masse prend corps

Publié le dimanche 12 février 2017

Le Venezuela traverse une crise économique et politique majeure : le pays miné par la chute du cours du pétrole, dans la mesure où 90 % de ses revenus proviennent de la vente de l’or noir, a enregistré un taux d’inflation de 180 % en 2015, l’un des plus élevés au monde. Les gens se révoltent de plus en plus, ils manquent de tout : sucre, lait, couches, médicaments, farine, pain, œufs, poulets, sauce tomate, mayonnaise, haricots, pièces de rechange pour les véhicules, ce qui entraîne des pillages de magasins.

Au cœur du marasme, un pôle anticapitaliste de masse prend corpsNicolas Maduro

Devant la pénurie, Maduro n’a trouvé qu’une solution, le retrait en trois jours des coupures de 100 bolivars (0,15 dollar), utilisées dans les trois quarts des transactions en liquide. Il avait donné aux habitants jusqu’au 20 décembre 2016 pour rendre leurs vieux billets. Nicolas Maduro a justifié la suppression des billets de 100 bolivars au nom de la lutte contre les mafias et les contrebandiers.

L’effondrement monétaire

De nombreux commerces ont refusé les billets de 100 bolivars dans les trois jours qui ont suivi. Le Venezuela est un pays où 40 % de la population n’a pas de compte bancaire. De nombreux Vénézuéliens se sont subitement trouvés sans moyen de paiement pour régler leurs achats de nourritures et de carburant. De longues files d’attente se sont aussitôt formées aux guichets des banques.

Le gouvernement espérait l’arrivée rapide des pièces de 50 et 100 bolivars et des billets de 500 bolivars, mais ils se sont fait attendre, nourrissant la colère de milliers de Vénézuéliens. Le chef de l'État a imputé ce retard à un sabotage international.

Jusqu’en décembre les files d’attentes étaient cantonnées aux abords des magasins. Dès l’annonce de Maduro, elles se sont déportées vers les banques. Les distributeurs de billets ont bloqué les cartes de crédit après deux retraits, empêchant les salariés de récupérer leur propre salaire.

Les commerçants ont immédiatement profité de la situation en devenant revendeurs de billets au marché noir. Ils sont appelés « bachaqueros » c’est-à-dire ceux qui achètent des produits pour les revendre ensuite beaucoup plus cher sur le marché.

Certains ont revendu des billets à 10, 15 ou 20% au-dessus de leur valeur. Ils gagnent plus d’argent en vendant des billets qu’en continuant à vendre des marchandises.

Manifestations anti-gouvernementales dans tout le pays

Comme en témoigne un salarié interrogé dans la revue internationale PORTAL DE LA IZQUIERDA 1 « les gens sont fatigués. La pénurie de marchandises, le marché noir, le retrait des billets les plus utilisés, attisent le rejet du PSUV (parti de Maduro) et de la MUD (coalition de la droite victorieuse des élections parlementaires de décembre 2015), lesquels débattent entre eux sur le dos du peuple. Le pays ne leur fait plus confiance. Nous avons besoin de gens qui gouvernent pour le peuple qui vit de son travail et qui ne voient pas le Venezuela comme un compte bancaire personnel. L’unité du peuple est impérative pour implanter une nouvelle référence p olitique basée sur l’humanisme et la démocratie ».

L’appel pour un pôle indépendant du PSUV arrive à point nommé

A Caracas, le 15 décembre 2016, des personnalités, des intellectuels, des militants des mouvements populaires, d’ex-ministres du président Hugo Chavez, des professeurs d’université, des défenseurs des peuples autochtones, d’anciens combattants militaires des mouvements bolivariens et des membres de la direction nationale de Maréa Socialista ont lancé un appel à la construction d’une « alternative indépendante » opposée aux « corrompus du gouvernement PSUV et de la MUD ». Les signataires s’engagent à participer à la formation d’un nouveau pôle politique indépendant.

Ils revendiquent l’arrêt du paiement de la dette extérieure qui représente un détournement de fonds de la nation, ils proposent que le peuple joue le rôle d’inspecteur des finances au moyen d’un état des lieux, public et citoyen. Les signataires décident d’aller plus loin, dans la construction d’un nouveau pôle politique indépendant « distinct et distant de ceux qui dominent la scène politique officielle ».

Ils décident de s’organiser pour combattre ceux qui veulent faire peser la crise économique sur le « peuple qui vit de son travail » en s’opposant aux politiques économiques bureaucratiques et capitalistes des gestionnaires de la crise, dont la logique est de la faire payer à la population.

Les signataires déclarent leur « volonté de bâtir un nouvel instrument politique large, démocratique et pluriel » , avec l'intention de faire un « bilan profond des erreurs et déviations du processus bolivarien » pour « formuler une proposition programmatique de transformation de la société en dehors de la logique du capital. » Ils veulent construire « un mouvement national organisé en réseaux, basé sur la confiance entre égaux ».



Rémi Duteil,
25-01-2017



1 http://portaldelaizquierda.com/


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