L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
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« Notre choix, c'est la grève ! »

Publié le janvier 2008
c'est la grève ! » | RussieVoilà ce qui était inscrit sur des pancartes brandies par les travailleurs de l'usine Ford de Vsevolojsk, près de Saint-Pétersbourg, en grève depuis le 20 novembre, une grève qui a duré 4 semaines jusqu'au 16 décembre, sans s'interrompre malgré les élections législatives du 2 décembre. " Notre choix, c'est la grève " : il faut savoir qu'en russe choix et vote se disent de la même façon, une consigne de vote suivie par les 40 % de la population russe qui se sont abstenus ce 2 décembre 2007.Le 20 novembre à minuit, la chaîne de montage s'est arrêtée. Sur les 2 200 salariés de l'usine Ford Vsevolojsk, 1 500 participent à la grève. La direction a réagi en interdisant l'entrée de l'usine aux ouvriers du poste du matin. Elle a même fait appel aux OMON (les CRS russes) pour bloquer l'entrée. Chaque jour, des centaines d'ouvriers ont tenu meeting permanent devant l'usine, veillant à ne pas laisser passer d'éventuels briseurs de grève. Les salariés de la cantine, en grève eux aussi, ont distribué thé et sandwichs.
La principale revendication des grévistes portait sur le niveau de salaire, dont ils demandaient un relèvement de 30 %. Pour le moment, le salaire moyen dans l'usine tourne autour de 19 000 roubles (550 euros). Ce conflit a fait beaucoup de bruit, en lien avec les mouvements massifs de grève en France et dans d'autres pays d'Europe - on a pu entendre les ouvriers scander " la France nous montre la voie à suivre, hourra ! " - et avec les élections parlementaires du 2 décembre. Les syndicats et collectifs d'autres entreprises du pays, et également de l'étranger, ont envoyé des messages de soutien. Des piquets de soutien à la grève ont été organisés à Saint Pétersbourg et à Moscou.

Il y a deux ans, un jeune syndicat s'est constitué dans cette usine, regroupant les deux tiers des ouvriers de l'entreprise, en rompant avec la confédération FNRP alliée de " Russie Unie ", le parti de Vladimir Poutine, aux élections législatives. Il a élargi son champ d'action et à son initiative est né durant l'été 2007 le Syndicat interrégional des travailleurs de l'automobile, regroupant des syndicats indépendants de plusieurs grandes entreprises, notamment de l'usine AvtoVAZ à Togliattigrad, où la direction a licencié des responsables syndicaux suite à une grève au début du mois d'août, et de l'usine Renault-Auto­framos à Moscou.

Une vague de grèves

Alors que les grèves avaient pratiquement disparu depuis le début des années 2000, date de l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, c'est à la suite de la première grève des ouvriers de l'usine Ford de Vsevolojsk conclue par une augmentation de salaire de 14 à 20 %, en février dernier, que le mouvement de grève a commencé à se développer dans le pays. Des dizaines de cas de grèves ont été répertoriés depuis. Au printemps, les ouvriers d'une usine Coca-Cola d'embouteillage à Saint-Pétersbourg ont exigé une augmentation des salaires. Début novembre, il y a eu la grève des dockers du port pétrolier de Tupas sur les bords de la Mer Noire et de ceux de Saint-Pétersbourg, précédée en octobre par celle de la Poste de Saint-Pétersbourg. Les deux premières ont été arrêtées par décision de justice. La troisième s'est terminée par le licenciement de trois responsables du syndicat des camionneurs de la Poste. Mais l'épidémie s'est propagée malgré la répression et le 28 novembre les cheminots appartenant au syndicat indépendant RPLBJ étaient en grève à leur tour.

Pourquoi ?

Une croissance stable, une élévation des profits et des salaires des cadres, une inflation galopante qui devrait atteindre 11 % fin 2007, tous ces facteurs s'accumulent pour faire monter le mécontentement. Les conflits du travail touchent particulièrement les multinationales, les ouvriers voyant comment fonctionnent les syndicats des autres pays et mesurant l'écart entre leurs salaires et ceux des ouvriers d'autres pays. C'est ainsi qu' Alexeï Etma­nov, un des dirigeants du syndicat de l'usine Ford, remarque que le salaire moyen de l'ouvrier n'est " que de quelques kopecks " comparé au chiffre d'affaires de Ford en Russie. " Ils nous paient des salaires de misère, alors que nous construisons des voitures haut de gamme qui leur rapportent d'énormes bénéfices ", s'est-il exclamé.

Enfin, le facteur-clé réside dans la création de syndicats indépendants, constitués le plus souvent par la base, à partir d'un noyau d'ouvriers d'avant-garde. Laissons la conclusion au journal russe Vremia Novostoiiei qui dans un article reproduit par Courrier Internatio­nal écrit : " l'automne de cette année 2007 [...] a été marqué par la montée en puissance de la conscience prolétaire ".

Sergéi V. Tarkhov.

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