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l'Espagne, « jeune démocratie » ?

Publié le juin 2007
« jeune démocratie » ? | Etat espagnol
Franco est mort le 20 novembre 1975. Et le franquisme, lui, est-il mort avec Franco ? On aurait tort de le croire.Pour la troisième fois en quelques mois, les nostalgiques, les revanchards, tous les réactionnaires que compte l'État espagnol étaient à nouveau rassemblés par centaines de milliers à l'appel du Parti Populaire d'Aznar, le samedi 10 mars dernier. Au moins 300 000 d'entre d'eux rien qu'à Madrid, sous une forêt de drapeaux sang et or, exigeaient : " Espagne pour la liberté, non à davantage de concessions à l'ETA " (" Espana por la libertad, no más concesiones a ETA ").
Principal objet de leur haine, la semi-liberté octroyée le 1er mars au militant indépendantiste José Ignacio De Juana Chaos, incarcéré depuis 1987, gravement malade, affaibli par une grève de la faim de 114 jours, alors qu'il ne lui restait que 18 mois de prison.

Le franquisme, mort avec Franco ?

Pas sûr, à en juger par ces foules déchaînées, chantant à l'unisson " Cara al sol ", l'hymne des assassins phalangistes de la guerre civile. Il convient de rappeler quelques vérités toujours bonnes à dire, quitte à faire grincer les dents de certains.

Pour qualifier le régime politique de l'État espagnol, l'idéologie officielle, en Europe, parle de la " jeune démocratie espagnole ".

Qu'aurait-on dit de la France si le maréchal Pétain avait désigné, à la veille de la victoire des alliés, et avec leur accord, le comte de Paris pour lui succéder et rétablir ainsi la royauté en France ?

C'est pourtant, à quelques détails près, je vous l'accorde, ce qui s'est passé dans l'État espagnol. Juan Carlos a été arraché à sa famille par Franco, qui l'a élevé comme son propre fils et préparé à régner.

Face à l'ébullition des peuples et des travailleurs de la péninsule, le dictateur avait compris qu'il ne pouvait indéfiniment continuer à diriger sous le talon de fer de la dictature. " Il faut que tout change, pour que rien ne change ", avait-il raisonné, en préparant la restauration de la monarchie et en élaborant lui-même l'essentiel de la Constitution espagnole, telle qu'elle sera adoptée par référendum en décembre 1978.

Mais, nous dira-t-on, il s'agit, par la Constitution, d'une monarchie parlementaire, et l'essentiel des libertés fondamentales est affirmé.

Drôle de monarchie parlementaire (à l'anglaise, prétendent même certains) qui stipule entre autres (Article 56-1) : " Le Roi est le chef de l'État, symbole de son unité et de sa permanence. Il est l'arbitre et le modérateur du fonctionnement régulier des institutions, il assume la plus haute représentation de l'État espagnol dans les relations internationales [...] et il exerce les fonctions que lui attribuent expressément la Constitution et les lois ".

Pour ce qui est du droit des peuples basque, catalan, galicien, canarien ... à disposer d'eux-mêmes, rappelons l'article 2 : " La Constitution est fondée sur l'unité indissoluble de la nation espagnole, partie commune et indivisible de tous les Espagnols. [...] ".

Et pour qu'il soit bien clair que dans ce domaine, l'État espagnol doit rester une prison des peuples, il y a l'article 8-1 : " Les Forces armées [...] ont pour mission de garantir la souveraineté et l'indépendance de l'Espagne et de défendre son intégrité territoriale et son ordre constitutionnel ". Franco veille.

Un titre honorifique ?

Le roi Juan Carlos n'a qu'une fonction honorifique comme la reine d'Angleterre ? Ah bon ?

Article 56-3 : " La personne du Roi est inviolable et n'est pas soumise à responsabilité [...] ".

Et, Article 62 : " Il incombe au Roi de :

a) Sanctionner et promulguer les lois ;

b) Convoquer et dissoudre les Cortes générales et convoquer les élections selon les dispositions prévues dans la Constitution ;

c) Convoquer un referendum dans les cas prévus par la Constitution ;

d) Proposer le candidat au poste de Président du Gouvernement et, s'il y a lieu, le nommer et mettre fin à ses fonctions, dans les termes prévus par la Constitution ;

e) Nommer et destituer les membres du Gouvernement, sur la proposition de son Président ;

f) Expédier les décrets décidés en Conseil des ministres, conférer les emplois civils et militaires et décerner les honneurs et les distinctions, conformément aux lois ;

g) Être informé des affaires de l'État et présider, à cet effet, les séances du Conseil des ministres, lorsqu'il le jugera opportun, à la demande du Président du Gouvernement ;

h) Exercer le commandement suprême des Forces armées ;

i) Exercer le droit de grâce conformément à la loi, laquelle ne pourra pas autoriser de grâces générales ;

j) Exercer le haut patronage de Académies royales. "

La place manque pour continuer la démonstration. Le roi et la Constitution de l'État espagnol sortent tout droit des entrailles du sanglant " généralissime ", n'en déplaise à certains.

Quant aux libertés telles le droit de grève, d'association, etc. indisociables d'une démocratie digne de ce nom, il faut rappeler que rien, absolument rien, n'a été octroyé. Tout a été arraché par la lutte, dans les années d'agonie de la dictature et post-dictature. Les travailleurs et les peuples en savent quelque chose, et ceux qui ont manifesté pour sauver Izko et ses camarades, ainsi que les autres martyrs du combat d'émancipation, s'en souviennent.

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