L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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Non à Loukachenko, non aux USA !

Publié le mai 2006
non aux USA ! | Biélorussie : pour une véritable oppositionLe 23 mars, la secrétaire de la Commission électorale centrale de Biélorussie, Lidia Yermoshina, annonçait les résultats des élections présidentielles du 19 mars : Aleksandr Loukachenko : 83 % ; Aleksandr Milinkievitch, candidat d'opposition : 6,1 % ; Sergueï Gaïdukevitch (Parti des Démocrates Libéraux) : 3,5 % et Aleksandr Kozulin (Parti Social Démocrate) : 2,2 %. La participation a atteint, d'après cette Commission électorale, 92,9 %. Ces résultats, entre fraude massive et manque d'opposition véritable, sont le reflet de la situation en Biélorussie.Loukachenko a fait la plus mauvaise et la plus cynique de ses campagnes électorales. Pour pouvoir se présenter une troisième fois à la Présidence, il a dû, en 2005, modifier, par voix référendaire la Constitution, qui proclamait que le Président ne peut faire que deux mandats consécutifs. Non content de cela, il s'est également permis d'avancer de trois mois la date des élections pour empêcher l'opposition de se préparer.

La loi prévoit que le gouvernement doit traiter tous les candidats de façon égale et que le Président doit abandonner son poste pendant la campagne électorale. Loukachenko ne s'est pas embarrassé de ces considérations, allant jusqu'à utiliser tous les moyens de l'État pour sa propre campagne.

l'unique espace public pour l'opposition a consisté en trente minutes - préenregistrées et censurées, commme il se doit - à la télévision afin qu'il ne puisse être dit que la loi et la Constitution étaient bafouées.
À la question qui lui était posée lors d'une conférence de presse de savoir pourquoi ses opposants avaient beaucoup moins de temps que lui, Loukachenko a répondu d'une façon claire et concise : " Ils n'ont rien à dire aux citoyens ". Il a bien préparé ces élections : il n'y a plus de presse indépendante et tout ce qu'il reste des média se trouve sous contrôle direct du KGB ; les militants les plus connus de l'opposition moisissent en prison depuis l'an dernier ou sont soumis à une surveillance étroite du KGB, tandis que Loukachenko parle tous les jours à la radio et à la télévision, visitant tout le pays, tenant des réunions dans les villes les plus importantes, accompagné, afin d'attirer plus facilement les foules, des chanteurs pop les plus fameux de Russie.

Le jour même des élections, la compagnie Belarus Film a projeté à la télévision un film en quinze épisodes sur la pauvreté et la décomposition sociale dans quatorze Républiques de l'ex-URSS, en parallèle avec une Biélorussie présentée comme libre, joyeuse et démocratique.

La fraude

Tous les observateurs internationaux ont été abusés. Dans le même temps où le chef du KGB déclarait qu'il existait soixante-dix organisations voulant mettre à bas le gouvernement, la télévision le montrait en train de procéder à l'arrestation d'un terroriste géorgien accusé de vouloir commettre des attentats en Biélorussie.

La police était présente dans tous les bureaux de vote et les observateurs internationaux ne pouvaient s'approcher à moins de dix mètres des tables de dépouillement. Malgré ce, nombre d'entre eux ont pu filmer la manipulation des bulletins de vote, et face à leurs protestations véhémentes, la Commission électorale s'est contentée de fournir des réponses évasives et inconsistantes.

En vérité, il paraît incroyable qu'il ait été commis autant d'irrégularités, que tant de votes fantaisistes puissent avoir été enregistrés. En fait, Loukachenko démontre qu'il n'a pas l'intention de quitter le pouvoir et qu'il compte s'y maintenir coûte que coûte.

La popularité de Loukachenko

Il serait faux de dire que Loukachenko est impopulaire à l'intérieur du pays ; ceux qui votent le plus pour lui sont les paysans qui ne voient chez eux que la télévision d'État et ceux qui sont soumis à la pression des directeurs d'entreprises et des administrations gouvernementales.

À cela s'ajoute la bureaucratie qui veut garder sa place, ses salaires, ses privilèges. Une bureaucratie de plus en plus envahissante, qui a lié son sort à celui de Loukachenko et au gouvernement dont elle met servilement en oeuvre toute la politique.

Un des éléments qui ont joué en faveur de Loukachenko, c'est qu'à la différence des autres Républiques de l'ex-URSS, la Biélorussie a conservé des conquêtes sociales, certes pas autant que par le passé, mais qui sont encore réelles dans le pays, alors qu'elles n'existent plus dans ces Républiques limitrophes.

Quand les Biélorusses voyagent en Pologne, en Ukraine, en Russie, dans les Républiques baltes, ils s'aperçoivent que dans ces pays le niveau de vie antérieur n'existe plus, que maintenant il y a du chômage, que des gens dorment dans les gares, etc. Cela les surprend d'autant plus qu'on leur explique que dans ces pays règne la démocratie, alors qu'ils constatent qu'on y vit plus mal qu'avant, que l'on ne peut plus y travailler ni y étudier, après la libéralisation de l'économie et son cortège de privatisations. Beaucoup de gens croyaient sincèrement qu'après la Révolution orange en Ukraine on allait vivre mieux, mais la réalité démontre tout le contraire : la situation en Ukraine a empiré, le salaire mensuel moyen est de 150 euros, le poids de la bureaucratie n'a pas diminué et la corruption a augmenté.

" Pas besoin de privatisations "

Loukachenko dit que la Biélorussie n'a pas besoin de privatisations et, pour cette raison, de nombreux ouvriers le soutiennent, ils le soutiennent quand il jette en prison quelque directeur qui vole son entreprise ou qui retarde le paiement des salaires. En utilisant ce mécanisme, Loukachenko remplace des bureaucrates déloyaux par d'autres, plus obéissants. Cependant, d'autres ouvriers commencent à comprendre que si Loukachenko n'impulse pas la privatisation, ce n'est certes pas pour défendre les travailleurs, mais bien pour garder le contrôle des entreprises d'État qu'il considère comme siennes.

Le chemin qu'emprunte Loukachenko pour attirer les gens n'a pas encore de nom, mais il dit qu'il l'appellera " socialisme de marché ". Le système politico-économique biélorusse peut être défini comme une symbiose entre le tsarisme, le stalinisme, le nazisme et les adorateurs d'une nouvelle religion.

Le moment présent

Loukachenko se présente comme le défenseur de tous les peuples opprimés contre les États-Unis d'Amérique. Quand quelqu'un critique la politique des États-Unis, il dit qu'il est avec lui, quand quelqu'un critique son gouvernement, il affirme que c'est parce qu'il est avec les États-Unis.

Dans la campagne électorale, il n'a pas perdu une occasion de se montrer extrêmement critique envers la politique des États-Unis et de l'Union Européenne afin de se présenter, par contraste, comme un véritable démocrate.

Comme il existe un fort sentiment anti-nord-américain qui s'est encore accentué depuis le bombardement de la Yougoslavie puis de l'Irak, le Président se sert de cet état d'esprit en sa faveur, et il n'est pas facile d'expliquer la différence qui existe entre le militarisme des États-Unis et celui de Loukachenko.

En douze ans de gouvernement, il n'est pas apparu d'opposition forte, et celle qui s'est révélée à l'occasion de ces élections est identifiée aux États-Unis parce que financée par eux, ce qui fait que les gens ne lui accordent ni leur confiance ni leur soutien.

Après que Milinkievitch et Kozulin ont dénoncé le gouvernement, nombre de leurs partisans les ont abandonnés.

La défaite de la " Révolution du jean "

Loukachenko a gagné contre toutes les règles mais l'opposition ne propose aucune direction indépendante. Elle n'a rien à proposer d'autre que la soumission aux États-Unis. Pendant la campagne électorale, elle a publié dans des revues et des journaux des articles payés par le gouvernement américain et a ainsi perdu toute apparence d'indépendance et de fiabilité. En Biélorussie, beaucoup de gens vivent de l'argent des États-Unis depuis de nombreuses années.

Le 19 mars a eu lieu un rassemblement de 8 000 personnes contre la fraude, les 23 et 24 mars la police a incarcéré plusieurs manifestants pour deux ou trois jours. Le 25 mars, le " Jour de la Liberté ", le gouvernement n'a pas voulu de fêtes pour éviter tout affrontement, mais malgré ce des manifestants se sont dirigés vers la prison pour obtenir la libération des emprisonnés, c'est alors que Kozulin leur a demandé de retourner chez eux. La police a dispersé le rassemblement avec des gaz lacrymogènes, Kozulin a été emprisonné et il y a eu de nombreux blessés parmi les manifestants.

Que faire ?

Il y a des gens qui ne sont d'accord ni avec Loukachenko ni avec les États-Unis, mais ils n'ont pas de programme, ils veulent lutter pour l'avenir de leur pays mais ne savent pas comment s'y prendre. Les militants de la section biélorusse de l'UIT-IVe Internationale ont tenu une réunion avec ces opposants, au cours de laquelle un accord a été conclu pour appeler le 26 avril, anniversaire du désastre de Tchernobyl, à une manifestation d'opposition, sur les mots d'ordre suivants : Non à Loukachenko ! Non aux États-Unis en Biélorussie ! Non à l'intervention de la Russie en Biélorussie !

Anatoli Matvienko.

[ Anatoli Matvienko est un dirigeant du Parti Révolutionnaire de la Justice, ,de Biélorussie, membre de la direction de l'Unité Internationale des Travailleurs (UIT-IVe Internationale).]

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