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Origines et fondements de la Sécurité sociale : La CGT face à la « retraite des morts »

Publié le vendredi 08 juillet 2016

En juillet 1901, un député radical présente un rapport sur les retraites ouvrières et paysannes. Il est soutenu par le patronat qui voit là un moyen de gagner de l’argent avec un système de retraite par capitalisation. De plus, l’âge d’entrée en jouissance est proposé à 65 ans. L’âge moyen de la mortalité à cette époque est de 49 ans pour les hommes et 52 ans pour les femmes. Ce qui fait dire au secrétaire de la CGT : « Partisan des retraites nous le sommes. Mais nous voulons des retraites pour les vivants et non pour les morts. »

Origines et fondements de la Sécurité sociale : La CGT face à la « retraite des morts »

Ce rapport ne passe pas. Pour la CGT, c’est une « escroquerie », « le vol des travailleurs ». L’argumentation est développée dansLa Voix du Peuple le 9 janvier 1910 « la duperie des retraites ouvrières », le 16 janvier et le 30 janvier « Pour les morts, les retraites ouvrières ! ».

Sur une affiche, on pouvait lire : « En somme, camarade, si tu n'es pas crevé avant les 65 ans d'ici l'année 1950 ; tu auras 27 centimes et demi à manger par jour. Quelle duperie et quelle ironie que ces retraites pour les morts ! »

« Contre la Capitalisation ! Pour la Répartition ! »

Les 12 et 13 février 1910, la CGT organise des meetings autour d’un appel confédéral 1 intitulé :

« L’ESCROQUERIE DES RETRAITES

De nouveau la classe ouvrière est menacée, sous le prétexte des Retraites Ouvrières, d’une formidable escroquerie.

Nos dirigeants veulent, par la loi actuellement en discussion au Parlement, frapper tous les travailleurs d’un impôt nouveau.

En effet, le projet, basé sur la capitalisation, consiste en une cotisation annuelle de 9 francs pour les hommes, 6 francs pour les femmes et 4,50 francs pour les jeunes ouvriers. Les patrons seront taxés d’une cotisation identique ; cette taxe patronale sera encore fournie par le travail exploité.

À l’aide de ces versements, l’État capitalisera annuellement :

- versements ouvriers : 80 000 000 de francs

- versements patronaux : 80 000 000 de francs

- au total : 160 000 000 de francs

qui par intérêts composés constitueront au bout de 40 années un capital de 11 milliards 500 millions de francs environ ; en 80 années, 15 milliards.

Que fera-t-on de cet argent ?

Cette capitalisation est pour nos gouvernements une bonne affaire financière. Elle leur permettra, de trouver les fonds nécessaires pour soutenir la guerre.

Devons-nous accepter ce projet ?

Après trente années de versements, il ne nous réserve qu’une rente de 300 à 400 francs par an.

Combien de nous arriveront au terme exigé par la loi 65 ans ?

Pas même 600 000 sur 11 millions de travailleurs. Pas même 5 pour cent !

Avec nous vous protesterez : contre les versements obligatoires, contre l’âge trop avancé de l’entrée en jouissance, contre le taux dérisoire de cette retraite. Avec nous, vous affirmerez votre volonté d’obtenir des retraites sur la base de la “Répartition”.

Parce que seule la répartition est susceptible de nous donner satisfaction ;

Parce que seule et contrairement à la capitalisation, la répartition ne constitue pas un danger pour notre avenir d’émancipation.

Affirmons-nous : Contre la Capitalisation ! Pour la Répartition ! »

« Un billet de loterie »

Le 31 mars 19102, en séance à la chambre des députés, Jules Guesde est furieux :

« Lorsque je suis venu au socialisme, qu’ai-je toujours dit aux travailleurs ? Que le socialisme consiste essentiellement à mettre fin au prélèvement opéré́ sur le produit du travail de chaque jour par le patronat. Et pour la première fois, moi, socialiste, je viendrais dire à ces travailleurs, il faut réduire vos salaires, c’est moi qui vais les réduire. Je mettrais, moi, socialiste, ma signature au bas de cette décision ? Non, c’est impossible ! »


Le militant socialiste Bracke le rejoint :

« On force le travailleur à prendre un billet de loterie, dont on se paye par des prélèvements, sur son salaire, des années et des années ! Le gros lot c’est de vivre jusqu’à soixante-cinq ans. La chance de gagner est de 6 % disons 7 %... C’est une escroquerie. »

« Un pour tous, tous pour un »

La Loi sur les Retraites Ouvrières et Paysannes (ROP) est votée le 5 avril 1910.

Article 3 :

« Les versements des salariés sont prélevés sur le salaire par l'employeur lors de chaque paye. Chaque assuré reçoit une carte personnelle destinée à l'apposition de timbres de versements. La contribution patronale est représentée par un timbre mobile. Les sociétés de secours mutuels, les caisses d'épargne ordinaires peuvent se charger de l'encaissement des versements de leurs adhérents ».

Le 1er janvier 1912, sur les 12 millions de salariés et 6 millions de travailleurs indépendants, il n’y a que 2 650 000 bénéficiaires des Retraites Ouvrières et Paysannes (ROP).

Ce régime se solde par un échec : trop peu d’ouvriers sont concernés. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, l’inflation a fait fondre l’épargne constituée.

Les ROP volent en éclats. A la fin de la guerre, le nombre de cotisants a chuté : il n’en reste plus que 1,8 million en 1920.

A partir de 1930, le mouvement ouvrier va se saisir d’un mot d’ordre pour les retraites par répartition contre le système par capitalisation : « Un pour tous, tous pour un ».

Remi Duteil,
30-06-2016

1 Du paupérisme à la Sécurité Sociale – Henri HATZFELD – Editions Armand COLIN 1971

2 Extrait du Journal Officiel du 31 mars 1910