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Victoire de la bureaucratie et défaites révolutionnaires. 1926-1928

Publié le dimanche 12 mars 2017

La politique extérieure est, en général, la continuation de la politique intérieure. La politique intérieure de la jeunesse soviétique se fonde sur « la construction du socialisme dans un seul pays », laquelle implique « la coexistence pacifique » avec le monde capitaliste. La « construction du socialisme » commence, selon le mot de Boukharine, « à pas de tortue ». Ainsi se réunissent les conditions de la victoire de la bureaucratie…

Victoire de la bureaucratie et défaites révolutionnaires. 1926-1928Grigori Zinoviev

En 1928, la bureaucratie compte 4 millions de « fonctionnaires » (sous le tsar : 600 000) Cette véritable « excroissance purulente » (selon l’expression de Trotsky) s’est greffée sur une situation objectivement épouvantable en 1921, lorsque la guerre civile s’est calmée :

- Entre 1914 et 1921 : 13,5 millions de morts dont 7 millions de la famine ;

- En 1921 : la production industrielle a chuté à 20% de son niveau d’avant 1914 et pour l’acier à 2,4% ;

- Entre 1919 et 1921, sous les coups de la guerre des armées blanches et des interventions militaires directes ou indirectes des grandes puissances, le nombre d’ouvriers d’industrie chute de 3 millions à 500 000 travailleurs puis, en 1921, « remonte » à 1,5 millions.

Alliances contre nature à l’intérieur

Pour stopper l’hémorragie, les bolcheviks avaient donc eu recours à la NEP, permettant la renaissance d’une économie de marché, de façon temporaire, les secteurs clés demeurant propriété de l’Etat, l’Etat détenant le monopole du commerce extérieur. Apparurent alors les Nepmen (gros commerçants et intermédiaires) aux côtés des Koulaks (paysans aisés). Dans notre exposé précédent, nous avons vu que Staline et Boukharine, placés avec Zinoviev à la tête du parti et de l’Etat, avaient scellé l’alliance entre Koulak-Nepmen et bureaucratie montante. En 1927, l’opposition de gauche menée par Trotsky puis l’opposition unifiée avec Zinoviev fut vaincue par les pires méthodes bureaucratiques. Zinoviev capitula.

Cela n’alla pas sans répercussions internationales. L’Internationale communiste était devenue un instrument de la fraction stalinienne. Cette fraction stalinienne était alors d’autant mieux organisée qu’elle était secrète, elle représentait directement les intérêts de la bureaucratie. C’est cette fraction qui dicta la politique à suivre dans tous les autres pays du monde. Cette politique « externe » trouva son expression la plus achevée en Chine et en Angleterre.

Alliances contre nature à l’extérieur

En Chine, Staline ordonna l’alignement des communistes sur le Kuo Ming Tang (KMT), mouvement nationaliste bourgeois en lutte contre « les seigneurs de la guerre », faction féodale à la solde des grandes puissances impérialistes.

En Angleterre, Staline s’accorda avec les dirigeants des TUC (Trade union congress, syndicats britanniques) dans le dos des travailleurs.

Les conséquences de ces « manœuvres » furent terribles.

En Chine, le KMT – après avoir accepté l’aide économique et matérielle de l’URSS – se retourna contre les communistes, les ouvriers et les paysans pauvres et les écrasèrent de façon barbare.

En Angleterre, après avoir joué la comédie du « comité anglo-russe », les chefs syndicaux entravèrent le mouvement vers la grève générale. Les grèves furent violemment réprimées et défaites.

Staline, organisateur de défaites

Ainsi la direction stalinienne était devenue un organisateur de défaites, au prix de l’isolement de l’URSS. A ce moment-là, Trotsky ne parlera pas encore de trahison au compte de l’impérialisme. Mais ces errements ne sont pas comparables aux erreurs qui avaient provoqué le grand fiasco de l’insurrection en octobre 1923 en Allemagne. Le stalinisme en voie de cristallisation se présente désormais, selon Trotsky, comme un « système d’erreurs », remplaçant la stratégie révolutionnaire par une série de manœuvres sans aucune visée à long terme. Et pour cause, la seule fin est alors « le socialisme dans un seul pays » coexistant avec les rapaces impérialistes

Un système d’erreurs

Ce système d’erreurs rompt avec la position défendue par Lénine devant le second congrès de l’Internationale communiste (1922) : « L'Internationale Communiste doit entrer en relations temporaires et former aussi des unions avec les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés, sans toutefois jamais fusionner avec eux, et en conservant toujours le caractère indépendant de mouvement prolétarien même dans sa forme embryonnaire ».

L’unité avec le KMT en Chine face à l’impérialisme et ses séides était indispensable, à la condition expresse que le parti communiste et la classe ouvrière puissent garder leur totale indépendance. Au lieu de quoi, Staline inventa la théorie du « bloc des 4 classes » en Chine (ouvriers, paysans, petite bourgeoisie, bourgeoisie nationale) pour imposer l’alignement complet des communistes chinois sur ses dirigeants et leurs desseins propres.


Daniel Petri,
5 mars 2017


Sources :

- cahier GER n°6 « Le stalinisme - Dégénérescence de l'URSS et de l'Internationale communiste » (organisation communiste internationaliste –années 1970)
- Thèses et additions sur les questions nationales et coloniales, II° Congrès de l'I.C., Juillet 1920 https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700f.htm
- L’Internationale communiste après Lénine – Léon Trotsky https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html


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