L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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Mai - Juin 68 (2ème partie)

Publié le septembre 2008
Histoire : Après la manifestation du 10 mai 1968 qui a rassemblé un million de travailleurs et de jeunes à travers les boulevards de Paris, le 13 mai, les ouvriers de Sud-Aviation à Bouguenais dans la banlieue de Nantes occupent leur usine, la grève générale commence.Usine après usine, atelier après atelier, région après région, la classe ouvrière se dresse avec ses revendications. Et la première d'entre elles : "10 ans, ça suffit". Rappelons qu'aucune organisation syndicale n' a appelé à la grève générale et qu'il faudra deux mois aux appareils politiques et syndicaux pour faire refluer les travailleurs. Les 10 millions de grévistes n'ont pas été vaincus par de Gaulle ni par les patrons, ils ont bel et bien été trahis. Rappel utile sur des leçons actuelles et brûlantes.Abrogation des ordonnances contre la Sécurité Sociale, de la réforme Fouchet des universités, de la réforme de la formation professionnelle ; contre le V°plan, garantie de l'emploi et des qualifications ; pas de salaire inférieur à 1000 F par mois , semaine hebdomadaire de travail à 40 heures maximum. Telles sont les revendications communes aux grévistes.

Les usines sont occupées avec des comités de grève. George Séguy, secrétaire général de la CGT, membre du Bureau Politique du P.C.F, répond le 17 mai à un auditeur d' Europe n°1 : " Vous préconisez l'organisation de tous les comités sous une forme nationale. Eh bien, je crois que les confédérations peuvent prendre elles-mêmes en charge les tâches qui leur incombent ". Alors que le pays commence à s'engager dans une situation de double pouvoir, il faut isoler les grévistes dans leurs usines, leurs bureaux, il faut émietter la grève générale en de multiples grèves, empêcher sa centralisation en un Comité central national de grève et surtout garder sa direction aux mains des bureaucrates syndicaux qui vont négocier sa dislocation.

" Ne signez pas ! "

Et lorsque le gouvernement et le patronat proposent d'organiser des négociations, les dirigeants de la CGT, de la CFDT et de FO répondent présents. Les 25 et 26 mai, ils se précipitent tous à Grenelle pour négocier avec le patronat français et le Premier ministre Georges Pompidou qui va annoncer le contenu des accords : augmentation des salaires de 6% et de 35% pour le salaire minimum. On est très loin des revendications de la grève générale. Dans le relevé de conclusions, la dernière phrase de Séguy qui y figure est sans ambiguïté : " La reprise du travail ne saurait tarder. " Pour faire avaler la pilule aux grévistes, Séguy choisit l'usine de Renault Billancourt, fief de la CGT, avec ses 30 000 ouvriers, juché sur une passerelle surplombant la masse de l'assemblée générale, il annonce les résultats de la " négociation ", et ce lundi 27 mai une immense clameur monte d'en bas qui le frappe comme une gifle : " Ne signez pas ! " Dans la journée, ce cri va être repris par des millions de grévistes proclamant la réalité révolutionnaire de la grève générale qui s'amplifie. Le pouvoir de la bourgeoisie, l' Etat vacille.

Elections, trahison !

Le 30 mai, De Gaulle annonce la dissolution de l'Assemblée nationale et de nouvelles élections dès que la grève générale sera finie. Pour cela il faut que les directions politiques et syndicales acceptent d'entrer dans son jeu. Il ne va pas être déçu. Tous les partis politiques, PCF, SFIO, PSU, se précipitent dans cette " ouverture ", tandis que les bureaucrates syndicaux vont organiser, non sans mal, la reprise en négociant branche par branche et entreprise par entreprise. Déclinaison de l'ignominieux mot de Thorez au coeur de la grève générale en 1936 - " Il faut savoir terminer une grève " -, le bureau confédéral de la CGT indique que, " partout où les revendications essentielles ont été satisfaites, l'intérêt des salariés est de se prononcer pour la reprise du travail. "

Il faut que le travail reprenne, que le pays recommence à fonctionner. Mais au lendemain du long week end de Pentecôte, c'est l'évidence : la classe ouvrière ne capitule pas, le front de la grève reste intact. Le heurt entre des secteurs entiers de la classe ouvrière et les appareils contraint ces derniers à agir comme de véritables briseurs de, grève, à affronter la colère des travailleurs et souvent celle de leurs propres militants.

La reprise s'étend sur tout le mois de juin. Mi-juin, on compte encore plus de 4 millions de grévistes. Face à cette résistance, l'Etat déchaîne une répression brutale qui fait quatre morts et de très nombreux blessés. Le 13 juin, le gouvernement dissous par décret les organisations trotskystes et maoïstes et amnistie 50 partisans de l'OAS emprisonnés à la fin de la guerre d'Algérie.

Les élections législatives des 23 et 30 juin donnent une large majorité aux partis de la bourgeoisie. La grève générale trahie, la classe ouvrière n'est pas allée voter.

La grève générale est trahie, mais la classe ouvrière et la jeunesse n'ont pas dit leur dernier mot et au mois d'avril 1969 le fondateur de la V° République, le général De Gaulle, sera chassé par un " Non " retentissant au référendum qu'il avait lui-même convoqué.

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