L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


La compréhension marxiste de l’économie

Publié le samedi 11 novembre 2017
Introduction

Chaque jour, les journaux, les discours politiques nous renvoient à l’économie. Mondialisation, libéralisme, protectionnisme, dette, compétitivité, concurrence sont autant de notions sans cesse rebrassées. Quant à la solution aux problèmes économiques chroniques, elle semble être faite d’efforts, de sacrifices et de défis, sans que nous puissions avoir idée de la racine de ces problèmes, au point de ne plus savoir d’où vient l’argent qui circule, ni l’origine de « la crise » …

La compréhension marxiste de l’économie

Au travers de ce cycle d’exposés, nous allons tenter de comprendre ces problèmes économiques. Pour ce faire, il nous faut revenir sur bien des lieux communs qui semblent, de prime abord, être tirés du pur bon sens. En partant de ce simple fait que tous les grands de ce monde reconnaissent qu’il y a une crise économique permanente, avec quelques moments de « reprise » vite effacés par des « rechutes » plus graves, comme si nous étions tous pris dans une spirale.

Écrans de fumée

Lorsque nous essayons de comprendre à quels « éléments » nous nous heurtons, nous butons sur un premier écran de fumée : le fatalisme économique. Puis un second : le laxisme général et le conservatisme non moins général qui freine les « solutions » à la crise, à savoir les fameux traitements de choc : choc de compétitivité, choc « entrepreneurial », choc de confiance.

Citons un des refrains des « donneurs d’ordre » aux « gens » : « on ne peut pas vivre au-dessus de nos moyens ». Ces fins diseurs détiennent la preuve par les chiffres que « nous dépensons trop » : ils agitent les « déficits », la courbe galopante de la « dette », le fardeau des dépenses publiques, des charges, de la fiscalité, des lourdeurs administratives et, ainsi de suite. Le MEDEF et son Gattaz sont devenus un véritable bureau des pleurs d’où suinte toute la misère des « riches ».

Une fois traduit dans le langage de la vie quotidienne, ces sombres diagnostics donnent : il y a trop de médecins, trop d’infirmières, trop de cheminots, trop de salariés dans le privé, trop de fonctionnaires, trop « d’aide sociale » et d’emplois « aidés » pourtant précaires, trop d’enseignants et, en définitive le « travail » coûte « trop cher ». Il y a trop de choses, non dans l’absolu, mais dans le cadre du système (ou plutôt mode de production) capitaliste, fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange.

Le travail devient-il rare ?

Dès lors, certains visionnaires vont se montrer sous un jour plus alternatif : le « productivisme, voilà l’ennemi ». C’est la litanie de Mélenchon. Tandis que Hamon annonce la « raréfaction du travail » et, par ce versant, met en cause le « salariat ». Pourtant, le travail est la condition de toute vie économique et de toute vie sociale. Quant au salariat, c’est un rapport d’échange : en échange de ses moyens de vivre, le salarié vend sa force de travail à un capitaliste qui, lui, détient les moyens de production (machines, usines, matières premières). Ce n’est pas le « travail » en soi qui est en voie de disparition, du fait des « révolutions numériques » et de l’automation toujours plus poussée. En revanche, ce sont des forces productives qui sont détruites, de façon massive. Les friches industrielles, les bombardements donnent un aperçu de cette destruction des forces productives de l’humanité, de même que la réapparition de maladies que l’on croyait révolues et qui déciment des pans entiers de la population, la faim dans un monde d’abondance, la déqualification des travailleurs. Nous l’avons vu, Hamon a pour ainsi dire inventé l’eau tiède, sous la forme du revenu universel. En 1847, Marx et Engels décrivaient déjà ce phénomène :

« [La bourgeoisie] est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui . » 1 .

La classe dirigeante est condamnée au sens où elle ne peut garantir le droit au travail aux classes laborieuses et préfère, à tout prendre, entretenir des travailleurs « à ne rien faire » plutôt que de garantir les emplois existants. Tous ces travailleurs forment des forces productives mise au rebut. Or, pas plus que le métier à tisser au XVIIIe siècle, la « révolution numérique » ne sonne le glas du « travail ». Hamon et ceux qui l’ont inspiré nous font tout simplement perdre de vue ce qu’est le travail.

Qu’est-ce que le travail ?

En physique, le travail est la force multipliée par le déplacement. Dans l’histoire des hommes, le travail est l’activité qui consiste à produire les moyens d’existence , depuis la nuit des temps. A la différence des animaux qui puisent leurs moyens d’existence déjà prêts dans la nature, l’homme les produit lui-même. Ces moyens d’existence deviennent alors des produits du travail humain, puis, pour une partie d’entre eux, des marchandises (produits échangés sur un marché). La compréhension marxiste de l’économie se fonde sur cette réalité historique et sur le constat que, au cours de sa « préhistoire », l’homme s’est rendu capable de produire davantage de moyens d’existence, puis plus de richesse qu’il n’en consomme.

A suivre


Daniel Petri,
11 novembre 2017



1. https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm


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