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Hommage à Malik Oussekine : Retour sur un crime policier de l’État

Publié le lundi 12 décembre 2016

Il est minuit, ce 6 décembre 1986. La Police traque de présumés « casseurs » étudiants mobilisés contre la réforme des universités. Malik vient de sortir d’une boîte de Jazz. Des voltigeurs (flics en moto) décident de le prendre en chasse. Le jeune homme parvient à se réfugier dans le hall d’un immeuble. Les voltigeurs se précipitent sur lui et le matraquent à mort. Pris en charge par le SAMU, son décès est officiellement constaté à 3 heures 20. Il avait 22 ans.

Hommage à Malik Oussekine : Retour sur un crime policier de l’État

Quelques heures plus tôt, Abdel Benyahia, un Algérien de 20 ans avait été tué par un inspecteur de Police ivre dans un café. Au même moment, la Police avait évacué la Sorbonne occupée.

Dans cette atmosphère tendue à refus, l’annonce de la mort de ce jeune homme paisible, entraîna, l’après-midi même des manifestations spontanées. 30 000 personnes se rassemblèrent devant l’Hôtel de Ville à Paris. Jeunes, salariés et chômeurs.

« Je l’empêcherais de faire le con »

Robert Pandraud, ministre délégué à la sécurité déclare alors, la bave aux lèvres : « La mort d'un jeune homme est toujours regrettable, mais je suis père de famille, et si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais de faire le con dans la nuit (...). Malik n'a jamais pu passer son bachot. Il est allé à l'école de tous les ratés de la bourgeoisie. Ce n'était pas le héros des étudiants français qu'on a dit . ». 1

Le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, se tait. Deux jours plus tard, Chirac, Premier ministre, annonce le retrait du Projet de réforme des universités. Le 10 décembre, plus de 600 000 personnes manifestent pour Malik. Dans la foulée, une grève spontanée éclate à la SNCF et prend pour cible un projet de refonte de la grille des salaires supprimant les échelons d’ancienneté au profit de l’avancement au mérite. Cette grève durera plusieurs semaines.

Comment Pasqua s’est défaussé

Il faudra attendre 2007 pour que Pasqua revienne sur ce crime policier : « A 1h30, le membre du cabinet assurant la permanence de nuit me transmet un appel téléphonique. C’est le drame. Un drame affreux. Le peloton des voltigeurs motocyclistes est intervenu contre les casseurs boulevard Saint Germain à la fin de la manifestation, après l’évacuation de la Sorbonne. Certains de ses éléments ont suivi un jeune homme qui s’enfuyait, disent-ils, rue Monsieur Le Prince, et l’ont roué de coups. Malik Oussekine, étudiant français d’origine algérienne, malade et sous dialyse, frappé par des membres de la police devait décéder malgré l’intervention rapide des services de secours ».

20 ans plus tard, il voue son collègue Pandraud aux gémonies : « J’avais demandé à Robert Pandraud de répondre aux sollicitations de la presse, il allait se surpasser (…). Sa déclaration est indécente et résonne comme une insulte ». Ici, Pasqua s’octroie le beau rôle à peu de frais. Il s’était tout simplement dérobé, laissant son acolyte se dépatouiller avec les journalistes face au « drame affreux ». 20 ans plus tard, Pasqua se déclarait donc « profondément touché car rien ne peut justifier la mort d’un jeune homme », Pasqua « pensait à sa famille, au désespoir de ses parents, à leur infinie tristesse ». Ce qui ne l’empêcha nullement de se rendre, le lendemain, à un grand meeting : « Le hasard a fait que les assises nationales de la jeunesse du RPR, prévues de longue date, se tiennent au lendemain de ses événements tragiques. Trente mille jeunes me manifestèrent leur soutien et leur sympathique, ainsi qu’à Jacques Chirac » 2 . A vomir !

Matraques lourdes, peines légères

Quant aux auteurs des coups terribles et mortels, ils seront jugés 4 ans plus tard pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ils sont condamnés le 27 janvier 1990 à deux et cinq ans de prison avec sursis. En interne, l'un écope du niveau de sanction le plus sévère, sanction du quatrième groupe, soit la mise en retraite d'office. L'autre est sanctionné par un déplacement d'office. Ces deux criminels n’ont pas fait un seul jour de prison. L’un des deux nervis court toujours dans une unité de Police et, qui sait, plaide-t-il aujourd’hui pour la présomption de légitime défense en faveur des policiers les plus violents.

Violence policière de l’État

30 ans après, la violence policière de l’État a fait rage tout au long du printemps dernier. Les manifestants arrêtés et immédiatement jugés ont subi ou subissent encore des peines de prison ferme. Le régime de la Ve République, on le sait, n’est pas une république démocratique. Il porte en lui une dictature militaro-policière dont l’état d’urgence est le premier palier. Aujourd’hui, Malik aurait 52 ans, si, un soir, en rentrant chez lui sur le coup de minuit, il n’avait pas fait une rencontre fatale avec des forces de l’ordre. Mais de quel ordre ? Celui d’une machine faite pour maintenir le peuple dans l’obéissance. Celui du vieux monde dans tous ses états. Un ordre qui ne pourra empêcher le rassemblement au grand jour de tous les exploités et les opprimés pour une société fraternelle qui garantira la vie.

Antonin Fuchs,
09-12-2016

1. http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2010/02/19/robert-pandraud-ancien-ministre-charge-de-la-securite_1308510_3382.html#GAMuhba3ux29XHEw.99
2. Charles Pasqua « Ce que je sais ». Tome 1. Pages 200/202 . Editions du Seuil- mai 2007


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