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Guerre et paix

Publié le mardi 27 juin 2017

Cet article est l’avant dernier de ce cycle d’exposés. Ils n’ont d’autres prétentions que de livrer un premier aperçu du « phénomène stalinien ». Inquisition, crimes de masse, tortures, calomnie, paranoïa poussée à son paroxysme, complots, assassinats, dogmes à géométrie variable, culte de la personnalité jalonnent l’histoire de ce « phénomène ». Son aboutissement, ce sera la restauration du capitalisme au compte de l’impérialisme mondial.

Guerre et paixMaurice Thorez
(photo : INA)

Le 22 juin 1941, les troupes allemandes envahissent l’URSS et, face à l’impréparation de l’armée rouge et à l’incompétence d’une partie importante de son État-major, l’Allemagne Nazie se livre aux pires atrocités contre les populations et les juifs, dans une logique de colonisation et d’asservissement total. Certains historiens désireux de voir en Staline un grand stratège despotique assure qu’il a laissé pénétrer l’ennemi en profondeur de l’URSS, pour ensuite l’y piéger. C’est ce que l’on peut se permettre lorsque l’on écrit l’Histoire après coup, quitte à en occulter une grande part.

Défense de l’URSS ou « grande guerre patriotique » ?

Il fallut chercher des hommes jusqu’au fond des goulags pour combattre, de vieux bolcheviks brisés par la bureaucratie, mais déterminés à défendre « les rapports d’Octobre », c’est-à-dire les conquêtes sociales de la révolution. Les ouvriers étaient eux-mêmes prêt à tout pour les défendre : ou ces conquêtes vivaient, ou tous seraient réduits à l’esclavage comme « untermenschen » (sous-hommes). Staline, jusqu’alors impopulaire, obtient un certain prestige en restant à son poste à Moscou, dangereusement approchée par les troupes d’Hitler, et en lançant des appels radiophoniques émouvants et paternels à la résistance. Lorsque les troupes soviétiques se ressaisissent, Staline s’attache à nier le caractère de classe de l’affrontement et appelle à la grande guerre patriotique. À cette occasion, il invente, avant tout autre, la notion de culpabilité du peuple allemand qu’il s’agira de « punir ». Ainsi, lors de la progression de l’Armée Rouge, se produisent des viols de masse de femmes allemandes, à une échelle jamais vue. À la tête de cette armée soviétique, le véritable stratège est le Général Joukov, un des rares officiers issu de l’armée rouge des années 20. Sa popularité dépassera vite celle de Staline. Tant et si mal qu’au lendemain de la guerre, il sera limogé. Bien d’autres pâtiront de leur zèle dans le combat anti-nazi. Léopold Trepper, chef de « l’orchestre rouge », bête noire de l’Abwehr (il sera emprisonné de longues années au lendemain de la guerre). En France, Charles Tillon, dirigeant national des FTP, Auguste Lecoeur, lié à la grève héroïque des mineurs du nord en 1941, Georges Guinguoin, le chef du plus important maquis en France (Limousin), seront chassés du PCF au cours des années 50, au gré de campagnes de calomnies abjectes.

Au compte de l’impérialisme…

En 1945, ceint du prestige de l’armée rouge libératrice, le stalinisme connaît son apogée. Pour des millions et des millions d’hommes, ce sont les libérateurs des camps de la mort et l’URSS connaît un essor prodigieux de sa production. 1945, c’est aussi le partage du monde en zones d’influences : l’une, occidentale et l’autre, soviétique. Au nom de quoi, Staline se fera fort de tout mettre en œuvre pour empêcher la révolution en Europe occidentale et en Grèce, où les communistes combattent désormais les troupes britanniques et seront finalement écrasés car, privés de soutien international… Pendant que Staline se cure le nez. En France, Thorez, de retour d’exil, intervient en faveur du désarmement des milices patriotiques et pour la reconstruction de l’économie capitaliste, en martelant : « produire d’abord, revendiquer ensuite – La grève est l’arme des trusts » . Le PCF pèse alors 29% des voix aux élections et revendique un million de membres. Même s’il n’est pas le parti des 75 000 fusillés qu’il prétend être, le PCF a payé un très lourd tribut : des milliers de fusillés, torturés, déportés, souvent des jeunes et de nombreuses femmes qui tous aspiraient à une « libération totale et définitive ».

La crise du stalinisme commence

L’apogée du stalinisme amorce déjà le début de sa crise. En 1948, Tito, qui dirige la Yougoslavie fédérant plusieurs nationalités, refuse la tutelle de la bureaucratie du Kremlin. Une campagne se déchaîne alors contre les titistes – fascistes. Puis, c’est la reprise des terribles procès en sorcelleries qui frappent, en Europe de l’Est, des vétérans des brigades internationales de la guerre d’Espagne. En 1956, trois ans après la mort de Staline, survient le fameux Rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline. L’espoir de « déstalinisation » sera de courte durée : en octobre 1956, les chars soviétiques envahissent la Hongrie où la révolution des conseils ouvriers est en marche. Peu après l’éviction de Khrouchtchev, c’est l’invasion de la Tchécoslovaquie pour mettre fin au printemps de Prague. En 1959, a eu lieu la révolution cubaine, à laquelle s’opposait le PC sur place. Ce faisant, la bureaucratie du Kremlin forge elle-même les conditions de la restauration capitaliste en cours depuis 1991.

Suite et fin sur notre site, cet été



Daniel Petri,
26 juin 2017


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