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Mélenchon, insoumis ? A d'autres !

Publié le jeudi 10 mars 2016

Le 10 février dernier, sur TF1, Jean-Luc Mélenchon annonce qu'il « propose » sa candidature pour 2017. Avec les mêmes recettes et effets de manche qu'il utilise depuis des décennies, le député européen et cofondateur-coprésident du Parti de gauche, va venir nous imposer sa présence pendant un an, sur le devant de la scène, en jouant des coudes et s'autoproclamant fer de lance de « la France insoumise ». Mélenchon, insoumis ? À voir...

Mélenchon, insoumis ? A d'autres !

On le dit souvent bon orateur. Même s’il s’agit là de la moindre des choses pour un politicien, difficile de ne pas remarquer une manière de parler bien particulière chez Mélenchon. Il sait, en effet, prendre des accents très « gauche », très « peuple », n’hésitant pas à user d’un vocabulaire familier, parfois à la limite du grossier. Volontiers gouailleur avec les journalistes, il réussit sans peine à rappeler le côté « cru et dru » de Georges Marchais.

Jamais pris, toujours culotté, il incarne à merveille le rôle à peine surjoué du prolo éduqué « à qui on ne la fait pas ».

Oui, mais...

Malheureusement, derrière ces apparences bien ciselées se cache un pur apparatchik opportuniste, un homme pour qui la politique se réduit à une profession, jalonnée de précieux mandats électifs qui garnissent copieusement l’assiette. À l’heure où les droits de la classe ouvrière sont attaqués comme jamais auparavant, dans cette Ve république en fin de putréfaction, il n’est finalement même pas étonnant de le voir placer la priorité sur sa propre candidature.

En 1992, alors qu'il siège au sénat depuis six ans, il est l'un des plus fervents promoteurs du traité de Maastricht, ce traité qui a plongé le pays dans la spirale mortifère dont nous ne sommes pas encore sortis. Quatre ans plus tard, en 1996, n'ose-t-il pas déclarer« Il est derrière nous, le traité de Maastricht. C'est l'échec sur toute la ligne [...] . C'est le capital financier transnational qui rythme le bal. »1. Ben voyons…

Même aujourd'hui, Mélenchon n'est évidemment pas pour une rupture avec l'Union européenne et ses institutions puisqu'il n'est même pas capable de prôner la simple sortie de l'euro. A ce sujet, impossible de ne pas retranscrire une partie édifiante de son passage à France 22:

- Léa Salamé : Est-ce que vous sortiriez de l'euro oui ou non si vous êtes président ? Pourquoi vous ne répondez pas à cette question ?

- J-L. Mélenchon : Mais oui ! Mais comment je peux vous le dire plus clairement ?

- LS : C'est oui ? On sortira de l'euro ?

- JLM : Non !

Sans commentaire.

Un « excellent ministre »...

En 2000 c'est la consécration ! Le voilà ministre. Mais laissons donc la parole à la journaliste bolchevique Natacha Polony, dans le non moins bolchevique journal Le Figaro, faire l'éloge du ministre Mélenchon : « Jean-Luc Mélenchon fut un excellent ministre de l’enseignement professionnel. Lui qui reste un des rares politiques à s’intéresser authentiquement à l’école (et à défendre explicitement l’enseignement disciplinaire dans le programme du Front de Gauche) fut le promoteur des lycées des métiers, qui regroupent CFA, lycées professionnels et centres de formation continue. Il tenta – une gageure dans le système français – de revaloriser réellement les filières professionnelles, quand les professions de fois et vœux pieux sont pléthore en la matière. »3

Compliments on ne peut plus sincères puisque notre ministre très « peuple », très « de gauche » généralisa l'alternance école – entreprises, si chère au patronat. Bizarrement, il évite d'y faire allusion quand il endosse sa panoplie de « type du peuple bourru ».

Déjà candidat ?

Quant à cette précipitation dans la candidature à la présidentielle de 2017 et le fait qu'il fasse l'impasse sur une hypothétique primaire allant « de Macron à Mélenchon » – comme dirait Cambadélis –, rien de très étonnant. Mélenchon n'a qu'un but : siphonner un maximum de voix à la gauche « radicale » et surtout au FN pour permettre au PS d'être au second tour. Quand il déclare « J'vais pas aller dans une primaire avec M. Hollande, si il gagne ça-y-est je me tais, je me mets derrière lui... » 3 , il a raison, ce n'est pas son genre. Avant de se mettre derrière Hollande (ou un autre), il attendra 20h01 le soir du premier tour.

Pour ce qui est de l’insoumission, on ne pourra ôter à Jean-Luc Mélenchon celle dont il fit preuve à l’égard du travail. À 27 ans, il quitte ses fonctions de professeur de français en lycée technique pour devenir directeur de cabinet du maire PS de Massy. S’en suivent, jusqu’à nos jours, pas moins de 38 années d’une carrière politique bien remplie, entre les mandats locaux, ses vingt années passées au Sénat, deux en qualité de ministre, puis le siège de député européen qu’il occupe depuis 2009.

Si, donc, des personnes pensent avoir décelé de quelconques traces d’insoumission dans la vie du Mélenchon post 1978, merci de nous écrire.

En 2012, Mélenchon intitulait son livre « Qu'ils s'en aillent tous ! ». Charité bien ordonnée commençant par soi-même, camarade Mélenchon, si tu montrais l'exemple ?

Jérôme Lefaure,
2 mars 2016

1 Libération, 16-02-1996
2 Le figaro, 03-02-2012
3. On n'est pas couché, 20-02-2016


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