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« L’insoumis du dimanche »

Publié le mardi 07 juin 2016

Une fois n’est pas coutume, nous empruntons un titre au journal Les Echos. L’homme qui en parole semble attaquer « frontalement » le gouvernement. L’homme qui dans les meetings ne veut pas que l’on crie « Mélenchon, président »… à sa place. Son appel du 5 juin masque cependant mal ses intentions réelles. Hormis au fond des urnes, cet homme ne veut surtout pas de vagues et ses déclamations suintent un chauvinisme « décomplexé ». Retour sur le discours du 5 juin.

« L’insoumis du dimanche »
Photo : AFP

Nous le reconnaissons bien volontiers, nous ne sommes pas « objectifs ». Nous avons un parti-pris d’avance contre ces politiciens roués qui s’autoproclament « porte-parole du monde du travail ».

Mélenchon finit toujours pas être débordé… par lui-même. Et le voici, plaidant en faveur de « porte-parole un peu rusés, un peu malins ». Ceux qui pensent qu’un porte-parole des travailleurs digne de ce nom se doit de dire ce qu’il fait et de faire ce qu’il dit oublieront vite ce moulin à paroles, qui biaise, s’applique à amadouer les choses, pour s’ériger en « fédérateur » ( qui ne fédérera rien de bon).

Union européenne : Mélenchon fait le malin

Et voilà comment Mélenchon ruse. Il fait le malin en martelant qu’il faut sortir des traités européens, en précisant « ceux qu’ont négocié Sarkozy et signé Hollande ». Il n’est donc pas question de sortir des traités de Rome, de Maastricht, d’Amsterdam. Mélenchon a le verbe haut contre les « faces de pierre de la commission de Bruxelles ». Mais, il n’est pas question pour lui de rompre avec l’Union européenne et TOUS ses traités.

Mélenchon forme son bataillon

Certes, on saura gré à Mélenchon de dire haut et clair : Retrait de la loi El Khomri. Fort de quoi, il proclame « nous sommes, à cet instant, un bataillon à l’intérieur de la grande mobilisation contre la loi El Khomri ». Un bataillon qui, « à l’intérieur », parle… des élections programmées dans un an. Reprenant la rhétorique des « Nuit debout », il claironne : « ce n’est pas que la loi que nous rejetons, c’est le monde qui va avec cette loi ». Formule magique qui lui permet de monter son échafaudage.

La police porte-t-elle « nos couleurs » ?

Tout d’abord Mélenchon plaide, pour la non-violence. Ce qui autorise, là encore, quelques tours de passe-passe. « [J]e dis à ceux qui l’honneur de porter l’uniforme et nos couleurs, on se déshonore en faisant un tir tendu, on se déshonore en frappant à terre ». Outre qu’il paraphrase les termes d’une lettre du préfet de Police Grimaud en mai 1968, il fait passer l’idée que les policiers défendraient « nos couleurs » et non l’ordre établi, l’État et ses institutions. Puis, à l'adresse de ses auditeurs, il lance : « à vous autres, tous, je dis que nous sommes des non-violents et qu’on se déshonore en cherchant à blesser ou à tuer, parce qu’on veut y mettre le feu, quelqu’un qui porte l’uniforme ». Sans précaution aucune, Mélenchon accrédite la version policière de l’incendie de la voiture de police perpétré le 18 mai. Or, à ce jour, nul ne sait qui a lancé le fumigène sur la plage arrière du véhicule. Quatre personnes sont mises en examen, dont deux en détention provisoire. Et, ces suspects ont été arrêtés sur le fondement du témoignage d’un policier infiltré dans ce groupe de manifestants. Ces hommes sont traînés en justice, non pour « violences aggravées », mais pour « tentative de meurtre ». Voilà qui devrait inciter à la plus grande retenue, à la plus grande prudence. Mais non, Mélenchon, après Cazeneuve, parle de manifestants qui « cherchent à tuer ». Mélenchon qui n’a pas une parole pour cet adolescent mineur, incarcéré pour avoir brûlé trente pneus à Amiens. Pas un mot pour dire : halte à la répression, halte aux comparutions immédiates. Et, finalement, il n’a rien à dire contre la violence policière de l’État. Seuls, les tirs tendus et le matraquage de personnes à terre l’émeuvent.

Un label chauvin

La « non-violence » que prône Mélenchon n’est pas aussi ingénue qu’elle n’en a l’air. Selon lui, il est « heureux » que l’élection présidentielle « tombe en 2017 ». Car, insiste-t-il : « c’est une chance de pouvoir régler par la démocratie et les bulletins de vote ce qui, sinon, finira par se régler d’autre façon dont nous ne voulons pas ». Quelle « autre façon » craint-il ? L’autre façon, nous le savons, c’est la lutte de classes. Et, comme chacun le sait, ce n’est pas « par les bulletins de vote » qu’ont été arrachés les 40 heures, les congés payés, les conventions collectives en juin 1936.

Eh oui, « la France insoumise », ce n’est pas la lutte des classes. C’est d’abord et avant tout un label chauvin, à la mesure du personnage qui veut mettre « la patrie aux avant-postes de l’Humanité » et qui, évoquant le sort de l’humanité, n’a pas une parole pour le martyr des réfugiés en Méditerranée. Pas un mot pour dire : ouvrez les portes, ouvrez les frontières !

Antonin Fuchs,
06-06-2016

Sources : vidéo du « défilé de la France insoumise » https://youtu.be/_PUPqzz90ok


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