L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Comment combattre le FN ?

Publié le samedi 23 juillet 2011
Questions-réponsesLes dernières élections cantonales ont donné lieu à un concert médiatique agitant l'épouvantail de la
montée du FN, présenté comme " le premier parti ouvrier de France " par la grâce des sondages " sortie
des urnes " et autres artifices. Sans cacher notre inquiétude devant l'ampleur de "l'effet Le Pen ",
nous devons le comparer à ce qu'est réellement une "montée du fascisme"

Qu'est-ce que
le fascisme ?



Le fascisme a surgi au lendemain de la
Première guerre mondiale et s'est imposé
en Italie, dès 1922, pour triompher 11
ans plus tard en Allemagne. D'ordinaire
- et à tort- on assimile au fascisme tous
les courants de l'extrême-droite. Mais,
la nuit, tous les loups ne sont pas gris.
Rappelons la description qu'en fit
Daniel Guérin (en 1936, D. Guérin était militant
de la Gauche révolutionnaire du Parti
socialiste
), en 1936, dans son
ouvrage : " Fascisme et Grand
Capital " : " Bien qu'au service et à la
solde des capitalistes, il [le fascisme]
doit - et c'est ce qui le différencie des
partis bourgeois traditionnels -afficher
un anticapitalisme démagogique. [...] Le
fascisme fait ainsi d'une pierre, deux
coups : d'une part, il flatte les classes
moyennes en se faisant l'interprète fidèle
de leurs aspirations rétrogrades ;
d'autre part, il jette en pâture
aux masses ouvrières [...] un
anticapitalisme utopique et inoffensif
et il les détourne ainsi du
véritable socialisme. [...] Il s'emploie
tout d'abord à transmuer
l'anticapitalisme des masses en
nationalisme. [...]. Aussi, le fascisme
[...] détourne l'anticapitalisme
des masses vers la
" ploutocratie internationale "
Commentant le programme
défendu par les nazis en 1920,
Daniel Guérin écrivait : " Aussi,
le programme de 1920 réclamet-
il l'" étatisation de toutes les
entreprises déjà anonymisées
(trusts) ". Ici, l'anticapitalisme
fasciste semble atteindre la
lisière de l'anticapitalisme socialiste.
Mais les nazis s'empressent d'atténuer
leur formule [...] Elle serait la préface
d'un démembrement ". Autre aspect, et
non le moindre, du fascisme : le néocorporatisme
qui contient : " La promesse
faites aux ouvriers à mentalité
petite-bourgeoise de les " déprolétariser
" non pas certes en effaçant la scission
consommée entre Capital et Travail, mais en rapprochant, en
réconciliant les deux facteurs de la production
; l'assurance donnée à ces
ouvriers qu'au sein de " corporations "
mixtes ils pourront vivre en petits-bourgeois,
qu'ils recevront un " juste salaire
" ; et, surtout que les patrons les traiteront
sur un pied d'égalité, comme de
véritables " collaborateurs " de la productions[...]
la promesse faite que l'Etat
politique parlementaire, parasitaire et
incompétent, sera remplacé par un Etat
corporatif au sein duquel tous les producteurs
groupés en corps de métier
auront voie au chapitre et où tous les
intérêts se concilieront sous le signe de
l'intérêt général " . Pour Trotsky, le fascisme
se caractérise de la façon suivante
: " La victoire du fascisme aboutit à
ce que le capital financier saisit directement
dans ses tenailles d'acier tous les organes et instruments de domination,
de direction et d'éducation : l'appareil
d'Etat avec l'armée, les municipalités,
les universités, les écoles, la presse, les
organisations syndicales, les coopératives.
La fascisation de l'Etat [implique]
avant tout et surtout, l'écrasement des
organisations ouvrières : il faut réduire
le prolétariat à un état d'apathie complète
et créer un réseau d'institutions pénétrant profondément dans les masses,
pour faire obstacle à toute cristallisation
indépendante du prolétariat ". Ce n'est
donc pas par les méthodes du coup
d'Etat militaire que le fascisme procède
mais par les moyens de la guerre civile
" utilisant la petite-bourgeoisie comme
bélier " contre le prolétariat.

Le programme du FN est-il
un programme fasciste ?



A cette étape, le programme du FN
n'est pas (encore ?) fasciste. Ainsi, son
couplet sur les services publics propose
" un gel de l'application des directives
européennes relatives à la libéralisation
du service public " et des " ouvertures
de capital et privatisations d'entreprises
de service publics " et exige des " gains
de compétitivité ". Au moment de la privatisation
de France Télécom, le quotidien
pro-FN Présent s'en félicitait
tandis que Mégret, alors n°2
du FN distribuait à l'entrée d'un
centre Télécom un tract exigeant
l'arrêt des privatisations.

Existe-t-il un " vote
ouvrier " pour le
FN ?



Le propre des partis fascistes
est de tenir des discours anticapitalistes
pour concurrencer le
mouvement ouvrier. Le FN
recourt certes à la " démagogie
sociale " mais à doses homéopathiques,
ni plus ni moins que
les gaullistes dans le années 50.
Les medias qui, autrefois, parlaient
d'un transfert d'électeurs
du PC vers le FN, invoquent un " vote
ouvrier pour le FN " à coups de sondage.
Première indication du résultat des
cantonales : 2004 : 7,4 % des inscrits.
2011 : 6, 8 % des inscrits .Ce n'est donc
pas la " progression fulgurante "
annoncée mais " la stagnation à la
baisse ". Mais, au diable les chiffres.
l'augmentation en pourcentage des
électeurs exprimés en Seine Saint Denis semble étayer la thèse médiatique
du vote FN des ouvriers. Or, dans
ce département, le FN perd des voix et
une très large majorité de salariés s'abstient.
Dans quelques endroits, le FN
progresse en voix et en pourcentage. A
Alfortville (94), par exemple, le FN
gagne 500 voix et fait une percée, tandis
que l'UMP perd 500 voix.
Abstentions : 63,2%. En fait, le FN capture
un pan entier de l'électorat traditionnel
de la droite, il parasite la décomposition
de l'UMP et s'y adapte en
modulant et modérant son discours.
Donc, non, il n'y a pas à l'heure où ces
lignes sont écrites de vote ouvrier pour
le FN.

Comment les idées racistes
pénètrent-elles au
sein de la classe ouvrière
?



l'assise électorale du FN serait l'indice
d'une pénétration des idées racistes au
sein des classes laborieuses. Hélas, les
" idées racistes " n'ont pas attendu Le
Pen & Fille pour être véhiculées parmi
les salariés. Il convient de rappeler que
le PCF et son secrétaire général
Georges Marchais devancèrent le FN
sur ce terrain (à telle enseigne que Le
Pen, le Premier mai 2010, rendit un
hommage appuyé à feu-Marchais). Et,
en 1992 encore, le PCF revendiquait
ouvertement " l'arrêt de l'immigration ".
De nos jours, les discours de Guéant
ne sont pas moins viscéralement racistes
que les discours de Marine Le Pen.
Le consensus entre l'UMP et le PS sur
la question de l'immigration et de la
chasse aux sans-papiers n'est pas
moins raciste que les campagnes du FN
sur ce terrain. Après quoi, il est clair que
le racisme d'Etat fait le lit du fascisme.
Sans oublier l'islamophobie dont on sait
qu'elle n'est malheureusement pas l'exclusivité
de la droite et de l'extrême droite...

Quelle est la place et le
rôle du FN dans la situation
présente ?



En 1986, Pierre Pauty, ancien membre
fondateur du FN, expliquait : " le FN
n'est plus qu'une faction- conservatrice,
bigote et cocardière- parmi d'autres
factions politiciennes...Condamné par
sa faute à prospecter prioritairement
dans le milieu estimable mais minoritaire
qui regroupe chaisières de Romorantin, demi-soldes de l'OAS,
petits commerçants poujadistes en difficulté
et derniers vestiges de la droite
vichyssoise,... Le FN risque fort de plafonner
au score qui est présentement le
sien... De deux choses l'une: ou bien le
FN, pour des raisons qui nous échappent,
s'obstine dans ses choix rétrogrades
en matière d'économie, de social,
d'enseignement, de fonction publique,
d'Etat, etc. et il perd à jamais les chances
qu'il pouvait avoir de rassembler
les Français (...) ou alors, il se débarrasse
de ses tristes oripeaux reagano louis philippards, revient à des conceptions
raisonnables (...) et alors il peut
devenir cette grande force de salut
national que le pays, pour l'heure,
attend encore ". Ce type est un fasciste
avéré. Et, vingt-cinq ans plus tard, le
FN n'en finit pas de " plafonner ". A
grand peine, il réunit 4000 personnes
lors de son dernier rassemblement du 1
er Mai. Or, c'est dans la rue que se
mesure - plus qu'aux urnes - la force
de frappe de tout parti fasciste. La
médiatisation de l'effet Le Pen sert d'alibi
à la poursuite d'une politique
contraire aux besoins les plus essentiels
de la population qui, de cette
façon, pouvait être présentée comme
un " moindre mal ", elle sert de passedroit
à toutes les mesures anti-immigrés
sous prétexte de " couper l'herbe
sous le pied de Le Pen " et de fonds de
commerce à toutes les tentatives de
sceller un " front républicain " comme
palliatif à la crise du régime.

Quel est l'avenir politique
du FN ?



A cette étape il est hasardeux de parler
de montée du fascisme en France et de
caractériser le FN comme un parti fasciste.
Le FN est à la croisée des chemins
: ou bien, il s'intègre dans le jeu
politique normal se nourrissant de la
crise de l'UMP, ou alors, il se transforme
en un parti fasciste. Ce danger potentiel
existe et nous ne saurions attendre qu'il
devienne grave et imminent pour le
conjurer et le combattre avec la dernière
fermeté. Ce qu'il y a d'inquiétant dans
l'évolution du FN réside dans sa capacité
encore limitée à agréger en son sein
des militants issus de la gauche et du
mouvement ouvrier qui pourraient fournir
la marchandise idéologique à même
de fourbir un discours " anticapitaliste
". Une sorte de jonction pourrait s'opérer avec ces militants islamophobes
issus de la gauche dont par exemple
Pierre Cassen, l'un des fondateurs
d'ATTAC, qui a fait " front " avec le Bloc
identitaire sur le terrain abject des
" apéros géants pinard-saucisson " ou
des " assises contre l'islamisation ", le
tout au travers d'une laïcité frelatée.
Autre phénomène inquiétant : d' " honorables
" personnalités se laissent attirer
ces derniers temps dans le giron de ce
parti qui tente, lui-même, de se présenter
sous un jour respectable et respectueux,
en raison directe de la décomposition
de l'UMP et de l'appareil du PS.
C'est le cas, entre autres, de Maître
Gilbert Collard ou de Robert Menard, le
Président de Reporters sans frontières.


Comment combattre le
FN ?



En matière d'immigration, le FN est
depuis longtemps l'aiguillon des
gouvernements successifs. La politique
anti-immigré obéit aux besoins de
l'impérialisme français qui, depuis
Mitterrand, instrumentalise le FN à cette
fin. La politique anti-immigrés est un des
moyens pour mater la résistance de
tous les salariés et de réduire
l'ensemble des " coûts du travail " afin
de restaurer les taux de profits. S'y
greffe l'islamophobie qui vient, hélas,
de la gauche soi-disant " laïque ". Pour
le FN, comme pour Sarkozy, et Guéant,
c'est une divine surprise. A cette étape,
le combat contre le fascisme passe par
le combat contre l'islamophobie, un mal
qui parcourt la société tout entière, y
compris, répétons-le, une certaine
gauche bien pensante et néanmoins
très officielle, n'est-ce pas M. Gérin ? Le
combat pour prévenir toute montée du
fascisme commence par l'affirmation du
NPA, de son candidat et de son plan
d'urgence anticapitaliste, antiraciste et
anti xénophobe.

Daniel Petri, le 9 juillet 2011























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Contribution de Daniel Petri. Ci-dessous le sommaire et la préface. Vous pouvez retrouver l'intégralité de la contribution en PDF joint.

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