L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


CPE : Révolte contre le gouvernement

Publié le mercredi 05 avril 2006
Entretien avec deux lycéennes anti-CPEAnissa et Magali sont toutes deux élèves en Première Économique et Sociale au Lycée polyvalent Maximilien Perret d'Alfortville, qui compte près de 2000 élèves. Elles habitent dans la cité HLM Alouettes-Jardins proche de cet établissement scolaire. l'an dernier, elles avaient pris une part active à la mobilisation lycéenne contre la loi Fillon. Avec une autre élève, à trois, elles ont pris l'initiative de la mobilisation contre le CPE dans ce lycée. Elles nous livrent leur point de vue et leur témoignage. Un entretien réalisé quelques jours avant la victoire obtenue le lundi 10 avril. La Commune : Comment appréciez-vous l'intervention de Chirac, le 31 mars ?

Anissa : Le CPE est un contrat précaire pour que les jeunes de 18-26 ans puissent être licenciés sans motif, à tout moment. Le Conseil constitutionnel a validé la loi et Chirac dit que la loi va être modifiée. Dans la forme peut-être. Dans le fond, elle reste la même. Juste derrière, il y a le CNE qui permet de licencier les plus de 26 ans sans motif. Les modifications de Chirac ne changent rien sur le fond de la loi. Chirac reste sourd à la demande du peuple.

Magali : Il y a eu 3 millions de manifestants dans la rue et Chirac n'a rien fait, il s'est moqué de nous, il ne nous écoute pas. Le " dialogue " du gouvernement est à sens unique. Avec le CPE, tu vas vivre dans la crainte, tu vas être exploité. Quand le gouvernement va-t-il enfin nous écouter ? Nous, ce que nous voulons, c'est le retrait.


Le CPE, c'est la goutte d'eau


Anissa : C'est toute une poursuite de réformes qui est en cause depuis la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat), c'est l'ensemble de la loi " égalité des chances " avec l'apprentissage dès l'âge de 14 ans et le travail de nuit dès l'âge de 15 ans. Le CPE, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ce qui se passe, c'est une révolte contre le gouvernement. C'est comme une cocotte minute qui va lâcher.

Magali : ce qui se passe en ce moment favorise la gauche et les extrêmes.

La Commune : Comment s'est passée la mobilisation au Lycée Maximilien Perret ?

Anissa : Ça a commencé en province. À Paris, on s'est réveillé un peu plus tard.

Magali : on était trop seules mais dès qu'on a vu qu'on avait l'appui de nos camarades et que d'autres lycées bougeaient, nous avons commencé par faire un barrage filtrant, le vendredi 17 au matin.


La proviseur a mis la pression


Anissa : nous étions 300, mais tout de suite, la proviseur a réagi contre notre mouvement, en interdisant l'accès aux cours et à la cantine à tous les élèves qui avaient débrayé le matin. Même chose le lundi. La proviseur a fait placarder de affiches de compte-à-rebours indiquant le nombre de jours restant avant le bac pour frapper les esprits. Elle a mis la pression.

Magali : dans les manifestations qui ont suivi, les plus mobilisés et le plus motivés étaient les élèves des classes de CAP et BEP ; et ceux du CFA, qui ne pouvaient pas faire grève, nous ont beaucoup encouragés.

Anissa : les profs ont donné à tous leurs élèves des informations et des explications objectives sur le CPE.

La Commune : que pensez-vous des " casseurs " ?

Magali : les casseurs ne servent à rien ...

Anissa : ... quand ils tapent sur nous. Mais les média n'ont retenu que les casseurs.


Le gouvernement nous provoque


Magali : Les casseurs détériorent notre image. Mais il ne faudrait surtout pas oublier la police qui a tabassé des manifestants. Les policiers provoquent : nous, on a reçu de la " gazeuse " sans aucune raison. Le gouvernement nous provoque. Tout ce qui est passé en 1936 s'écroule. Le gouvernement veut saper tous nos droits. Les anciens les ont obtenus en se battant et, parmi eux, certains sont morts pour ces droits, ne l'oublions pas.

Anissa : Je ne vois pas de lien entre les émeutes de novembre dans les banlieues et la révolte contre le CPE. En fait, la légitimité du pouvoir est fortement compromise par les abstentions aux élections. Et, quand elle était au gouvernement, la gauche n'a pas fait que des bonnes choses. La réforme des retraites, à l'origine, c'est Jospin.


On ne veut pas s'adapter à la précarité


Magali : Le gouvernement veut qu'on s'adapte, nous, on préfère garder nos " vieilles habitudes ", comme ils disent. Nous, on ne veut pas s'adapter ; on ne veut pas s'adapter à la précarité. Quand le gouvernement va-t-il enfin nous écouter ?

La Commune : les directions syndicales ont accepté de discuter avec les parlementaires de l'UMP et, donc, avec Sarkozy. Qu'en pensez-vous ?

Anissa : Thibault et Chérèque sont toujours pour le dialogue social. On ne peut pas leur en vouloir. Mais, tout se contredit : Thibault et Chérèque disent qu'ils veulent le retrait du CPE et en même temps, ils veulent dialoguer.

Magali : Ces rencontres ne vont servir à rien. Il y a déjà assez de contrats précaires comme ça ! Thibault et Chérèque ont refusé la rencontre avec Villepin le 29 mars ...

Anissa : [...] Oui, ils ont commencé, ils doivent logiquement continuer à refuser tout dialogue jusqu'au retrait, il faut aller jusqu'au bout. De toute façon, le dialogue ne sert à rien dès l'instant où il y a eu le " 49-3 ".


Les syndicats se sont réveillés beaucoup trop tard


Anissa : N'oublions pas que Sarko l'a voté, le CPE ! Et pendant ce temps-là, il fait passer la loi sur les immigrés qui est beaucoup plus grave.

La Commune : Comment appréciez vous d'une manière plus générale l'attitude des dirigeants des syndicats de salariés ?

Anissa : Ils se sont réveillés beaucoup trop tard. Les partenaires sociaux ont fait passer le CNE et les Contrats d'Accompagnement dans l'Emploi (CAE), dont on parle beaucoup moins mais qui sont très précaires. Les CAE ont été discutés avec les partenaires sociaux.

Magali : Au niveau des enseignants et des cheminots, on ne s'est pas sentis soutenus. Les syndicats lycéens ont demandé la grève interprofessionnelle reconductible, ils n'ont pas été entendus.

Anissa et Magali : La grève générale jusqu'au retrait total, c'est ce qu'il faut.

Propos recueillis par Daniel Petri, le mercredi 5 avril 2006.

Voir aussi dans la catégorie France
La violence policière « en marche »La violence policière « en marche »

L’état d’urgence, reconduit à plusieurs reprises depuis deux ans, a jeté une lumière crue sur la violence policière de l’État. Les « bavures » sont nombreuses, de plus en plus graves,...

La bataille pour le droit à l’avortementLa bataille pour le droit à l’avortement

EPISODE 1Depuis des millénaires, le ventre des femmes est au cœur des préoccupations humaines. Ce pouvoir de reproduction que les femmes ont depuis la nuit des temps, il faut d'une manière ou...

Hommage à FrédériqueHommage à Frédérique

Début août, notre camarade et amie, Frédérique Mulot, sympathisante de la Commune, décédait à 52 ans, atrocement assassinée dans son sommeil par son mari. Nous souhaitons ici lui rendre...

 La contre-révolution sociale en marche La contre-révolution sociale en marche

Les fameuses ordonnances ont donc été rendues publiques. Nous ne prendrons pas ici la peine de les décortiquer. En pareil cas, la dissection sert souvent à ne pas aller à l’essentiel....

Mélenchon, ministre de la récupération Mélenchon, ministre de la récupération

Nous persistons, nous signons : Mélenchon - Corbières et leur équipe ne sont pas dans le camp des travailleurs, des jeunes, des chômeurs et leurs familles. Ils tentent de parasiter ce qu’il...

Le FN a-t-il un avenir ?Le FN a-t-il un avenir ?

Le FN n’avait pas l’intention de « gagner » l’élection présidentielle. La « victoire » de Marine Le Pen n’était pas totalement impossible, compte tenu de l’acuité de la crise...



HAUT