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Scènes de débâcle en France

Publié le dimanche 11 décembre 2016

Sommes-nous revenus au temps des Misérables de Victor Hugo ou de Sans Famille d’Hector Malot ? Lundi 21 novembre 2016, le tribunal correctionnel de Toulouse, a condamné un homme de 22 ans à trois mois de prison ferme après le vol d’une bûche de fromage de chèvre. Déjà, en mai, un SDF de 18 ans  avait été condamné pour avoir volé des pâtes, au domicile d’une personne à Figeac (Lot) 1. Ces hommes avaient tout simplement le ventre vide. Cela se passe en France, sous le règne finissant d’un président déchu avant terme.

Scènes de débâcle en France

Il règne, dans ce pays, comme une atmosphère de Restauration. Tous les signes des temps deviennent des signes d’explosion. La Justice en est réduite à punir de simples actes de survie, de simples actes syndicaux, de simples manifestants. Sans ciller, le nouveau Premier ministre, simple président d’un conseil d’administration temporaire, peut déclarer qu’il n’y aura aucune augmentation du SMIC en 2017. Et ce conseil d’administration, tout en expédiant les affaires courantes, annonce que l’état d’urgence sera prolongé jusqu’au 15 juillet 2016. Ces gens-là, décideurs d’aujourd’hui ou hommes de la relève, demain, tireront donc sur la corde jusqu’à ce qu’elle lâche.

La machinerie électorale

Les conséquences politiques de ces actes sont considérables : Sarkozy, Juppé puis Hollande sont d’ores et déjà déchus. La Belle alliance populaire annonce déjà la mort du PS et la France Insoumise préfigure celle du PCF dont la colonne vertébrale est brisée.

La Belle alliance populaire, inventée par le sieur Cambadélis, devait fondre en un seul « mouvement », le PS, le groupuscule « radical de gauche » et les Verts « gouvernementaux ». De fait, les « radicaux de gauche » s’en sont déjà détachés en annonçant la candidature de Sylvia Pinel aux présidentielles. Quant à Macron, il s’est éclipsé du gouvernement en septembre et a mis en route son écurie « En marche ».

Toute la machinerie électorale s’est déréglée. Le gouvernement Hollande-Valls s’est brisé sur le mur de la résistance à la loi Travail. Cette loi à laquelle ce gouvernement tenait plus qu’à la prunelle de ses yeux. Les conditions désastreuses qui ont présidé à l’adoption de cette loi a conduit à un bras de fer entre le chef de l’État et son Premier ministre. Et, pour la première fois dans La vie de la Ve république, le président en exercice ne briguera pas un nouveau mandat. Il devient ainsi une sorte de président par intérim, nanti d’un nouveau Premier ministre chargé d’expédier les affaires courantes avant « la relève ».

Des cliques et des claques

Quant à la pré-sélection de Fillon, elle n’était pas prévue au programme. Face à Sarkozy, Juppé incarnait l’union nationale, le consensus au sommet avec tout ou partie des restes de « la gauche » comme moyen de pousser les feux des réformes. Par médias interposés, les cercles dirigeants du capital financier misaient sur ce cheval de retour. La déchéance accélérée de Sarkozy, rattrapé à grande vitesse par les affaires, a donné prise à « l’ascension » rapide de Fillon. Et celui-là a promis d’en découdre en frappant vite et fort pour briser d’un coup sec et une bonne fois pour toutes qu’il est convenu d’appeler le modèle social, quitte à passer sur le corps des syndicats. Quel est la part de volonté politique ? Quelle est la part de bluff ? Nous verrons bien. Bien des commentateurs considèrent que la crise du clan Les républicains est circonscrite. Elle entre, au contraire, dans une nouvelle phase. Tout d’abord, élu grâce au désistement de Sarkozy, il doit composer avec sa clique. Écartant de son staff les soutiens de Juppé, ceux-ci risquent de se laisser dériver vers une candidature de la droite centriste ou vers Macron. LR sera désormais plus tiraillé que jamais entre le « centre-droit » et le FN. Fillon devra sans cesse tenter de rétablir un semblant d’équilibre au sein de sa formation politique.

Le front du refus

Les événements du printemps dernier leur inspire à tous une peur rétrospective, en ceci que les directions syndicales CGT et FO ont eu toutes les peines à contenir cette poussée des masses, tout comme elles peinent aujourd’hui à contenir les grèves qui éclatent en ce moment dans des sitesSNCF, dans des secteurs de la Poste, dans les hôpitaux. Ce front du refus pour défaire la loi El Khomri a empêché les chefs confédéraux CGT et FO de négocier les contours et les annexes de cette loi scélérate.

Les histrions, pré-candidats ou candidats croient tenir le devant de la scène. Certains, comme Macron multiplient les déclarations obscènes contre les conditions de travail et de vie. D’autres se dévoilent chaque jour un peu plus comme des bonimenteurs soudainement « anti-système ». Dans leur masse, les gens considèrent leur farce électorale d’un regard tout à la fois goguenard et révolté. Ils n’attendent pas le verdict faussé des urnes pour se regrouper et se défendre, avec leurs syndicats.

Daniel Petri,
10-12-2016

  1. http://www.normandie-actu.fr/homme-condamne-prison-ferme-pour-avoir-vole-fromage-parce-que-faim-toulouse_243850/


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